Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 7 janvier 2014

En Israël, clandos africains vs extrême-droite gouvernementale

Les migrants africains qui manifestent en Israël ont le soutien de certaines franges de la société. Mais bien peu de chances d’être entendus par le gouvernement extrême-droitier qui dirige le pays.

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Décidément, Israël a bien du mal avec « l’autre ». Quand ce ne sont pas ces maudits Palestiniens qui persistent à revendiquer leur droit à vivre et, pour les réfugiés, à retourner sur leur terre dans un Etat indépendant, ce sont les migrants africains qui refusent d’être traités comme du bétail.
Dimanche, ils étaient plus de 30 000 réunis dans les rues de Tel Aviv pour demander aux autorités israéliennes qu’elles accordent à leurs demandes d’asile la considération qui leur est dûe. Selon les autorités israéliennes, ils seraient près de 60.000 Africains à être entrés clandestinement en Israël – dont presque 4.000 auraient été expulsés en 2012. Il s’agit essentiellement de personnes en provenance d’Érythrée et du Soudan, arrivées par la péninsule du Sinaï et ayant fui « des persécutions, des dictatures, des guerres civiles, des génocides » selon les propos, rapportés par l’AFP, d’un manifestant qui a également indiqué à l’agence que « le gouvernement israélien doit (...) nous traiter comme des êtres humains ».

Détentions arbitraires et prolongées

Cela ne semble pas exactement être l’intention dudit gouvernement. Le 10 décembre dernier, une loi a été adoptée selon laquelle les clandestins peuvent être placés jusqu’à un an en rétention sans procès. Ce qui place quand même Tel Aviv assez loin du statut de « plus grande démocratie du Proche-Orient » qu’il prétend être. Ouvert en décembre dans le Sud du pays, le centre de rétention de Holot cristallise les critiques : bien qu’il soit ouvert durant la journée, les « retenus » clandestins doivent y pointer trois fois par jour et sont tenus d’y passer leurs nuits.
Signataire de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951, Israël ne dispose pas d’un corpus de loi satisfaisant pour régir le statut des réfugiés comme le rappelait le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies. Représentant du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés, Walpurga Englbrecht a critiqué la politique israélienne sur les migrants africains, s’en prenant notamment aux lois permettant des détentions arbitraires prolongées et pointant du doigt le centre d’Holot.

Les migrants en lutte peuvent compter sur le soutien d’organisations et associations israéliennes de défense des droits de la personne mais également sur celui de certains de leurs employeurs, notamment dans le secteur de la restauration. En revanche, les réactions du gouvernement israélien sont sans surprises : le premier ministre Benyamin Netanyahou a expliqué au cours d’une rencontre de son parti du Likoud que « les manifestations et les grèves ne changeront pas la politique du gouvernement » ; « De la même façon que nous avons été capables de stopper complètement l’immigration illégale, nous sommes déterminés à expulser d’ici tous ceux qui sont entrés avant que nous ayions fermé les frontières », a-t-il ajouté [1].

Tel-Aviv, « ville africaine »

En 2013, Israël a achevé la construction d’une clôture élec­trique qui court le long des 230 km de fron­tière avec l’Egypte. Ce qui, de fait, a permis de réduire drastiquement les entrées illégales sur le territoire. Pour le député et ex-ministre de l’Intérieur, Elie Yishaï, du parti ultraorthodoxe Shass, ces manifestations constituent un « signal d’alarme pour agir contre les clandestins ». Pour lui, Tel-Aviv est devenue une « ville africaine ».

Un type de rhétorique raciste bien connu en France et qui rappelle à ceux qui l’auraient oublié – tout occupés à faire du gouvernement israélien, quel qu’il soit, un partenaire adéquat pour la "relance des négociations" – que les dirigeants actuels d’Israël proviennent de la droite et de l’extrême-droite. Lorsque le FPÖ avait accédé au pouvoir en Autriche à la fin des années 90, l’Europe tout entière s’était indignée, y compris du côté des chefs d’État et de gouvernements dont la plupart avaient refusé de rencontrer Jorg Haider. Lorsqu’en novembre dernier, Avigdor Lieberman, le leader du parti ultranationaliste Israël Beitenou (Israël, notre maison) a repris les commandes du ministère des Affaires étrangères un an après avoir dû quitter son maroquin pour cause d’ennuis judiciaires, personne n’a rien trouvé à y redire. Histoire de ne pas importuner Bibi Netanyahou qui avait gardé la place au chaud à celui qui se fit, notamment, remarquer en prônant la création de deux États « ethniquement homogène » et en envisageant implicitement une intervention nucléaire à Gaza après l’opération Plomb durçi. Nul doute que, si on le sollicite, Lieberman aura de bonnes solutions à proposer aux migrants africains de Tel Aviv.

Notes

[1lire « Le gouvernement israélien inébranlable face aux protestations des réfugiés » sur le site de l’Alternative Information center (en anglais)

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  • Pourtant, si beaucoup de Juifs sont restés vivants, c’est parce que des pays, des peuples ont su les accueillir quand ils étaient persécutés.
    Les Israéliens passent leur temps à entretenir une mémoire, mais c’est très sélectif.

    Jac Le 13 janvier 2014 à 01:00
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