Accueil > Nos sélections | Par Emmanuel Riondé | 5 septembre 2013

En finir avec le « modèle » allemand

Bruno Odent

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C’est d’abord l’histoire de la fin d’un modèle, celui du capitalisme rhénan, « cet alliage de développement industriel intense et de forte cohésion sociale débouchant sur des productions de grande qualité ». Enraciné dans le XIXe siècle, fondé sur un rapprochement entre la banque et l’industrie, ce système fera de la République fédérale allemande, le « pays d’Europe occidentale le plus égalitaire, aux écarts de rémunération les plus resserrés et où la grande pauvreté avait quasiment disparu ». Mais à la fin des années 80, la réunification de l’Allemagne engage ce système dans une mutation sans retour. Une holding prend les commandes de l’économie de l’ex-Allemagne de l’Est et se livre à un pillage en règle. Les Konzerne, groupes géants notamment industriels, vont se « servir sur la bête en raflant les perles de l’économie est-allemandes ». Ils défendent des restructurations libérales : les coûts salariaux sont très élevés, il faut se donner les moyens d’être compétitif, etc. En 1998, un fringant social-démocrate « moderne et libéral », entouré de fins connaisseurs de la Troisième voie de Tony Blair accède à la Chancellerie, Gerhard Schröder.

Là commence l’autre histoire, celle de l’émergence d’un nouveau modèle, dont les maîtres à penser du libéralisme continuent encore aujourd’hui de vanter les mérites (pour combien de temps ?, c’est une autre histoire) et qui va s’incarner dans « l’agenda 2010 » et les lois Hartz : 4 lois promulguées entre 2003 et 2005 issues d’une commission qui n’avait qu’un seul fil conducteur : « l’obsession de la recherche de la flexibilité et de la baisse du “coût du travail” ». Le patronat est là, ultra présent, les Konzerne aussi et au premier rang d’entre eux le groupe Bertelsmann qui jouera un grand rôle dans la « mutation du système rhénan orchestrée par les gouvernements Schröder et Merkel (...) dévouée aux intérêts des grands groupes germaniques ». Car après Schröder, vient la Merkel. Lorsqu’elle lui succède en en 2005, elle le remercie pour avoir « ouvert une porte de façon courageuse et déterminée, pour adapter nos systèmes sociaux aux temps nouveaux » et s’engage résolument dans la même voie.

L’auteur, journaliste spécialiste de l’économie allemande à l’Humanité où il dirige le service Monde se livre à un bilan détaillé de la décennie écoulée. Et montre comment, malgré les « souffrance sociales » désormais bien réelles en Allemagne, le « modèle allemand » continue de séduire. Bruxelles a « épousé les principes de l’ordo-libéralisme allemand » et en France, l’ANI signé en janvier qui permet entre autre de faciliter les licenciements en est un enfant légitime. Les années 2012-2013 semblent cependant marquer un coup d’arrêt, prévient-il. Mais pas sûr que cela se traduise dès septembre dans les urnes : l’ensemble du système politique allemand a lui aussi été ébranlé par cette décennie et ne se montre pas toujours à la hauteur des attentes des foyers de résistances, nombreux dans la société.

Un livre efficace pour prendre la mesure des évolutions survenues chez notre voisin, l’autre réacteur du fameux « moteur franco-allemand » de l’Europe.

Modèle allemand, une imposture L’Europe en danger

de Bruno Odent

éd. Le temps des cerises, Paris 2013, 200 p. 15 €.

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