Accueil > monde | Entretien par Emmanuel Riondé | 7 mai 2013

Fabrice Balanche : « En Syrie, offensive pour en finir avec le régime syrien et le Hezbollah »

Les opérations menées vendredi et dimanche par l’aviation israélienne en Syrie font craindre un embrasement régional. Quatre questions à Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO).

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Regards.fr : Quel était l’objectif des raids israéliens sur Damas ?

Fabrice Balanche  : Officiellement, il s’est agit de détruire des armes en provenance d’Iran destinées au Hezbollah. Mais il faut bien regarder ce qui a été frappé : des stocks de munitions de la garde républicaine, des batteries antiaériennes et des canons de l’armée syrienne qui avaient vocation à combattre les quartiers rebelles. On peut donc considérer que ces frappes permettent surtout d’affaiblir les défenses du régime et de tâter le terrain avant l’éventuel établissement d’une zone d’exclusion aérienne. Et on ne peut que constater qu’elles servent la stratégie américaine puisque en ce moment les Etats-Unis entraînent des rebelles en Jordanie destinés à s’attaquer à Damas par le Sud.

Le régime d’Assad peut-il rester sans réaction après avoir été frappé de la sorte ?

Non. L’axe Téhéran/Damas/Hezbollah a été attaqué violemment ce week-end et il se doit de réagir, sinon il va apparaître comme faible. On sait qu’une riposte se prépare, c’est certain, reste à savoir laquelle. A priori, le régime syrien peut difficilement se battre sur deux fronts : celui qui perdure contre les rebelles à l’intérieur du pays et celui qui s’ouvrirait contre Israël. Comme cela semble compliqué pour Damas de riposter directement, l’Iran pourrait donc le faire via le Hezbollah en tirant des roquettes sur le Nord d’Israël. Mais le Hezbollah est-il prêt aujourd’hui à entraîner le Liban dans la guerre simplement pour répondre à des frappes sur la Syrie ? L’opinion libanaise ne va pas suivre... A ce jour, ce sont donc bien les israéliens qui déterminent l’agenda. Et on sait qu’ils rêvent toujours de prendre leur revanche sur l’été 2006.

Une explosion régionale est-elle envisageable ?

Oui, la situation est sérieuse, c’est évident. Car derrière tout ça, c’est la question du nucléaire iranien qui resurgit. Les israéliens veulent repousser l’Iran le plus loin possible de leurs frontières. Or, contrairement à ce qui était attendu, le régime syrien n’est pas tombé : cela fait deux ans qu’il tient tête aux divers groupes rebelles et il ne semble pas prêt à s’effondrer dans les mois qui viennent. Par ailleurs, le Hezbollah est de plus en plus présent en Syrie. Et l’Iran qui intervient déjà avec des conseillers militaires va plutôt dans le sens d’un renforcement de son engagement. Du coup, le sentiment s’installe que l’Iran pourrait parvenir à sauver le régime syrien et s’installer durablement en Syrie où risque, en plus, de s’enraciner un nouveau "djihadistan" dans le Nord du pays. Face à cela, Israël veut agir. Une hypothèse est donc que l’on est en fait en train d’assister au début d’une offensive visant à en finir avec le régime syrien et le Hezbollah pour isoler Téhéran une bonne fois pour toutes.

Pourquoi cette offensive ne prend-t-elle pas la forme d’une intervention au grand jour telle que celle menée par les forces occidentales en Libye au printemps 2011 ?

Parce qu’au niveau du Conseil de sécurité, les Russes et les Chinois bloquent. Et que Obama n’a pas envie d’intervenir. Même s’il a donné son accord à cette intervention israélienne, il veut calmer le jeu, ne pas engager les Etats-Unis dans un conflit sur place. Il sait que les Russes et Chinois le lui feraient payer en poussant leur avantage sur d’autres dossiers : dans le Caucase, avec la Corée du Nord, etc. Mais en interne, il doit composer avec des lobbys qui font pression pour une intervention américaine. Le président démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat a déposé hier lundi une proposition de loi permettant d’armer les rebelles syriens ; des responsables politiques de tout bord demandent l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne. Des pressions s’exercent et on cherche des justifications pour intervenir sur place. L’intervention de la magistrate suisse Carla del Ponte est d’ailleurs un vrai pavé dans la mare. En déclarant, au lendemain des raids israéliens que les armes chimiques sont surtout utilisés par les troupes rebelles en Syrie, elle a provoqué un tollé. On lui reproche de ne pas avoir de preuves. En fait ce qu’elle affirme et les réactions que cela provoque démontre bien que ça bouge en ce moment du côté de l’Onu et des chancelleries.

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