A Marseille, c'est la plus jeune des candidats, une femme issue de l'immigration et des quartiers nords qui arrive en tête de la primaire (photo: E.R.)
Accueil > actu | Par Emmanuel Riondé | 14 octobre 2013

Ghali-Mennucci en finale

Le second tour de la primaire socialiste à Marseille opposera Samia Ghali, arrivée en tête, avec 25 % des voix, à Patrick Mennucci. La ministre Carlotti, candidate de l’Elysée, est éliminée.

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La surprise dont Marseille bruissait depuis plusieurs semaines a finalement bien eu lieu. En parvenant nettement en tête du premier tour de la primaire socialiste, Samia Ghali a fait voler en éclat le scénario qui demeurait le plus attendu et probablement espéré par la rue de Solférino : un match qui aurait opposé la ministre Marie-Arlette Carlotti au député Patrick Mennucci.
Mais seul le second est parvenu à franchir le cap du 1er tour. Patrick Mennucci, 58 ans, maire du 1er secteur de Marseille (1er et 7ème arrondissement) qui a recuellli 4212 voix (20,65 %) affrontera donc dimanche prochain la sénatrice-maire du 7ème secteur (15 et 16ème arrondissement) Samia Ghali qui elle a rassemblé 5151 voix (25,25).
Dès l’annonce des résultats et sans attendre la confirmation de la Haute autorité des primaires (qui, à 0h00, n’avait toujours pas fait d’annonce officielle), Marie-Arlette Carlotti a appelé à voter pour Patrick Mennucci. Henri Jibrayel, l’un des trois autres perdants en a fait de même dans la soirée. Eugène Caselli, président de la Communauté urbaine de Marseille Provence métropole a, lui, fait savoir qu’il se donnait quelques jours avant de se prononcer. Et Christophe Masse est resté silencieux à l’issue d’une journée qui a vu environ 20 000 marseillais se rendre aux urnes.

Premier enseignement : le résultat de cette primaire constitue un camouflet pour François Hollande et le gouvernement actuel. Ministre surprise du gouvernement Ayrault en juin 2012, Marie-Arlette Carlotti était censée incarner le renouveau d’un PS local profondément miné par l’affaire Guérini. Manquant de réseau, de base et de relais sur le terrain, elle a mené sa campagne en s’appuyant sur son statut de ministre pour prendre un peu de hauteur. « On peut attirer l’argent de l’Etat et je ne suis pas la plus mal placée pour le faire » avait-elle ainsi glissé lors du débat télévisé du 12 septembre dernier. A l’heure où le pouvoir central n’apparaît pas particulièrement serein, ces promesses de mettre son activité nationale au service de sa ville n’auront pas servi à grand chose. Avant de reconnaître sa défaite, la ministre s’était signalée, alors que le dépouillement battait son plein, par une sortie au lance-flamme contre la future gagnante : « le clientélisme a fonctionné à plein régime. On a mis en place des bus, des échanges d’argent, des intimidations. C’est une organisation que je qualifierais de paramilitaire » avait-elle indiqué faisant référence aux « co-voiturages » observés notamment dans les quartiers Nords. Une attaque qui n’a pas eu l’air d’inquiéter Samia Ghali, invitant sa concurrente à accepter sa défaite et à « respecter la démocratie ».

Le second c’est que cette primaire accouche d’un duel inédit : d’un côté, la plus jeune des candidats en lice, une femme de 45 ans, issue de l’immigration maghrebine et grandit à Bassens, dans l’un des quartiers les plus défavorisés des Quartiers Nords. Des quartiers où elle ne réside plus et à propos desquels, au plus fort des règlements de compte, elle n’avait pas hésité à demander une intervention de l’armée pour ramener le calme. Une sortie très critiquée et/ou partagée mais qui a lui a conféré en quelques heures une forte visibilité médiatique à l’échelle nationale. Mais des quartiers où, les résultats d’hier soir le montrent clairement, elle conserve un ancrage réel et une légitimité forte.

L’état-major du PS aurait pu se féliciter du fait que la candidate arrivée en tête du scrutin soit une femme ayant conservé une relation solide avec l’électorat des quartiers populaires, ce graal convoité de la rue de Solférino. Visiblement ce n’est pas le cas, on devine plutôt la déception d’avoir vu une ministre chuter...

Les espoirs parisiens devraient donc se reporter sur cet encore jeune vieux routier de la politique marseillaise qu’est Patrick Mennucci, chef de file de l’opposition socialiste au Conseil municipal. Avec sa carrure de fort des halles, il a lui aussi mené une campagne de terrain. Et porté, tous les militants socialistes le reconnaissent, le programme le plus abouti. Il s’est distingué en ne versant pas exagérément dans la surenchère sécuritaire et, surtout, en s’attaquant bille en tête à un élément structurant de la vie politique marseillaise : la présence importante dans la conduite des affaires municipales du syndicat FO ; Une « cogestion » qu’il n’a eu de cesse de dénoncer et à laquelle il entend mettre fin s’il conquiert la mairie.

Ce qui n’est pas acquis loin de là. Car avant de s’affronter à l’ogre Gaudin (depuis 18 ans à l’Hotel de Ville), il lui faudra écarter de sa route une Samia Ghali galvanisée hier soir par sa victoire et qui a démontré que, minibus et co-voiturages compris, elle savait rassembler...

Les résultats de la primaire marseillaise, ici

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