Accueil > Nos coups de coeur | Par Emmanuel Riondé | 22 juillet 2013

Gilbert Achcar et les racines du soulèvement arabe

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« Il s’agit d’une exploration radicale du soulèvement arabe dans les deux sens de la radicalité : une exploration qui se propose de repérer les racines profondes du phénomène et qui partage la conviction qu’il n’y a de solution durable à la crise qu’il manifeste que par leur transformation ». Faite par l’auteur dès l’introduction, la promesse est tenue tout au long de cet ouvrage. Premier objet de Gilbert Achcar, titulaire d’une chaire à la School of Oriental and African Studies de Londres : soumettre les soulèvements arabes de 2011 à la grille de lecture d’une analyse du capitalisme dans la région. Son point de départ : « la thèse de Marx selon laquelle la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports de production existants génère les révolutions ».

S’appuyant sur des chiffres et statistiques délivrés par les institutions internationales au cours des dernières décennies, il éclaire le blocage du développement dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Mettant l’accent sur le sous-emploi des jeunes et des femmes, les inégalités de revenus et la précarité. Sur cette base, Achcar éclaire « les modalités spécifiques du mode de production capitaliste dominant dans la région arabe » : caractérisée par le caractère rentier (hydrocarbures) et patrimonial de nombre des Etats qui s’y trouvent, la zone est en proie à un népotisme mortifère.

Se greffent des « facteurs politiques régionaux » déterminants : l’auteur analyse notamment les relations entre les Frères musulmans, les Etats-Unis et les puissances sunnites du Golfe. Dans son chapitre consacré aux « acteurs et paramètres de la révolution », il rappelle que de nombreux évènement survenus dans les années 2000 (en Tunisie, en Egypte...), couplés à un usage exponentiel des nouvelles technologies de communication, ont pavé la voie des explosions que les acteurs politiques n’avaient pas vu venir et auxquelles ils ont eu bien du mal à répondre : « En somme, aucun courant parmi les forces politiques organisées dans la région ne semblait susceptible de donner l’impulsion à une transformation révolutionnaire fondamentalement provoquée par les contradictions socioéconomiques. Et cela d’autant moins que le courant le plus fort, la mouvance intégriste, ne s’oppose en aucune manière à la logique économique du néolibéralisme, se contentant de dénoncer la corruption dans une perspective moralisante et de prôner la charité comme substitut à un programme de réformes sociales profondes répondant aux aspirations à la justice sociale ».

Arrêtés en octobre 2012 au moment de l’achèvement de l’ouvrage, les « bilans d’étape du soulèvement arabe », sont bien sûr dépassés aujourd’hui. Malgré ça, Le peuple veut de Gilbert Achcar (« Pour le moment, la principale réalisation du soulèvement arabe, c’est que les peuples de la région ont appris à vouloir. Et c’est déjà considérable. », souligne-t-il dans sa conclusion) apparaît d’ores et déjà, en ce qu’il est le premier à pousser aussi loin le repérage des « racines profondes » des « processus révolutionnaires prolongés ou à long termes » de 2011, comme une contribution majeure à la compréhension et à l’analyse de ces soulèvements.

Le peuple veut - Une exploration radicale du soulèvement arabe , Gilbert Achcar, éd. Sindbad / Actes Sud, 304 pages, 24,80 euros.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?