Accueil > monde | Par Mathilde Goanec | 4 février 2014

Luxembourg, la fin du paradis ?

Sous la pression internationale, le Luxembourg est désormais contraint à plus de transparence dans le domaine du secret bancaire. Mais il résiste... au nom de l’Europe.

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Pas à pas, le Luxembourg lève un coin du voile sur sa place financière. La faute à la crise de 2008, qui a secoué le monde jusque dans le Grand-duché, pays limitrophe de l’Allemagne, de la Belgique, et de la France. Quelques mois après le séisme des subprimes et la chute de géants tels que Lehman Brothers, le pays acceptait pour la première fois de revenir sur le sacro-saint principe du secret bancaire. Les banques luxembourgeoises sont désormais tenues de divulguer, à la demande d’autres États et dans le cadre de délits ou crimes fiscaux, des informations sur le montant des revenus d’épargne pour les personnes ayant des comptes domiciliés en dehors de leur pays de résidence fiscale. Et au premier janvier 2015, le Luxembourg sera également soumis à l’échange automatique d’informations avec les pays de l’Union européenne, dans le cadre de la directive européenne sur les revenus de l’épargne. Le pays met ainsi fin à un système dérogatoire qu’il avait obtenu avec l’Autriche en 2005.

Une petite révolution dans ce pays que certains n’hésitent pas à qualifier de paradis fiscal... Le Luxembourg, lopin de terre rurale et minière, a entamé sa conversion de la sidérurgie vers la finance au milieu des années 1970. Le secteur contribue aujourd’hui à un quart de son PIB et emploie directement 47 000 personnes. « Surdimensionnée », concède le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn, en déplacement à Paris la semaine dernière, la place financière luxembourgeoise n’en reste pas moins le joyau de la couronne ducale. Sa vitalité est longtemps restée l’objectif numéro un du gouvernement, dirigé pendant près de deux décennies par le chrétien démocrate Jean-Claude Junker, aux mains d’un coalition composée des libéraux, socialistes et Verts depuis novembre dernier.

« Avant 2008, le Luxembourg a tout fait pour la rentabilité de la finance, et le secret bancaire a joué un rôle là-dedans, c’est sûr, souligne Jean Asselborn. Mais même si cela aura des conséquences en termes d’emplois, nous devons aller vers une plus grande transparence. » En effet, un certain nombre de contribuables européens, en délicatesse avec leur administration fiscale et ayant ouvert un compte au Luxembourg, pourraient décider de retirer leurs avoirs du pays, entraînant une diminution de l’activité bancaire et donc la suppression de centaines d’emplois.

Quid des autres produits bancaires ?

Si le Luxembourg a accepté d’assouplir son secret bancaire, c’est clairement sous la pression des États-Unis, en pointe sur ces questions depuis l’adoption de la Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), l’un des outils déployé par Barack Obama pour lutter contre la fraude fiscale internationale. Le petit pays ne pouvait pas refuser à Bruxelles ce qu’il accorde à Washington. L’opinion internationale, secouée par les preuves manifestes de l’avidité et l’inconséquence de la finance, a aussi fortement joué dans cette remise en cause de l’un des fondements de la politique économique luxembourgeoise. Mais la Commission européenne veut aller plus loin et imposer l’échange automatique d’informations aux dividendes, plus-values, assurances-vies et toutes autres formes de revenus financiers, en élargissant nettement le champs d’application de la directive épargne, dans le cadre de sa lutte contre « la fraude fiscale, l’évasion fiscale et la planification fiscale agressive ».

Le Luxembourg est actuellement le deuxième centre pour les fonds d’investissements dans le monde, après les États-Unis, des investisseurs attirés par un régime d’imposition quasi-nul et une parfaite confidentialité. Rien d’étonnant à ce que le gouvernement trouve donc la pilule très amère. Les Suisses traînent aussi les pieds et la négociation peine donc à se mettre en place. « Nous sommes prêts à en discuter, mais seulement si des négociations se font en parallèle avec les pays de l’OCDE », met en garde le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn. Nous ne pouvons pas prendre le risque que les entreprises aillent s’installer ailleurs que dans l’UE. »

En brandissant la menace de la fuite des capitaux, le gouvernement luxembourgeois joue avec pertinence sur la corde européenne : si l’on prive le Luxembourg de sa manne, c’est toute l’UE que l’on pénalise. « Promis juré », dit le gouvernement, la discussion devrait reprendre en mars. Ce qui reporte les décisions bien après les élections européennes et sous la houlette d’un nouvel exécutif, la commission devant être renouvelée en octobre prochain. Pas le moindre des détails dans cette opération « transparence » du Grand-duché.

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  • du produit intérieur brut du pays proviennent des services financiers. On compte un peu moins de 150 banques sur le territoire du grand-duché. Lesecret bancaire est protégé par le code pénal du pays le premier ministre dit que le luxembourg ne depends pas du secteur bancaire c est faux le luxembourg importe plus que exporte on voit tres peut made in luxembourg dans les autres pays il faut investir plus dans le secteur de l indistrie et l agriculture je vais au cactus j arrive pas avoir des legumes luxembourgeois

    mixlux Le 27 août 2014 à 04:29
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