Accueil > Résistances | Par Raphaël Bonneau | 25 juin 2013

Maternité des Lilas « On va vers une standardisation de la naissance »

Réputée pour développer une approche « humaine » dans le suivi des grossesses, la maternité des Lilas, qui affiche un déficit de 2 millions d’euros en 2012 alors qu’elle était à l’équilibre les années précédentes, se bat pour sa survie. Engagée dans un bras de fer contre l’ARS, elle réclame les fonds promis pour sa reconstruction, condition nécessaire de sa « rentabilité ». Entretien avec Marie-Laure Brival, gynécologue obstétricienne, chef de service à la maternité des Lilas.

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Regards.fr. En lutte depuis plusieurs semaines pour obtenir les fonds promis par l’ARS pour la reconstruction de la maternité, vous étiez reçue hier par la direction l’ARS. Que s’est-il dit ?

Marie-Laure Brival. Le résultat est très simple, on peut le résumer en peu de mots. Malgré les promesses faites et les engagements, tant de la part de ministres en fonction que de l’ARS en janvier 2012 sur la reconstruction de la maternité, ils nous a été opposés une fin de non recevoir, dont l’unique raison est la suivante : ils ne peuvent plus financer cette construction.
 

Selon l’ARS, la maternité des Lilas affiche un déficit structurel de 2 millions d’euros - ce qui justifie son refus de financer la reconstruction de l’établissement. Quelles solutions proposez-vous pour sortir de cette situation ?
 
Nous ne pouvons pas accepter cet argument. Actuellement, nous travaillons dans des conditions totalement inhumaines, dans un bâtiment vieux de 50 ans qui n’a jamais été réhabilité, qui est beaucoup trop étroit et qui nous contraint sur le plan budgétaire. Cela fait maintenant quatre ans que les travaux auraient dû commencer et à l’heure actuelle nous devrions être en pleine activité. Notre équilibre budgétaire dépend du niveau de notre activité, or nous ne pouvons exercer dans de telles conditions : nous ne pouvons augmenter notre rentabilité puisque nous sommes actuellement à 1650 naissances et que le nouveau bâtiment était prévu pour 2700 naissances. Le déficit budgétaire de 2 millions d’euros en 2012 était totalement prévisible et attendu compte tenu de ces raisons et des exigences de l’ARS sur les anesthésistes notamment. L’ARS est totalement responsable de ce cumul, car il faut analyser l’ensemble des comptes de 2007, 2008, 2009, 2010, 2011. Dans l’urgence de la demande, nous avons du engager des frais de personnels - notamment des anesthésistes - à hauteur de 1 million d’euros, ce qui n’était pas prévu initialement dans notre budget.
 
Lors de vos récentes manifestations, vous comptiez dans vos rangs des usagers. Comment expliquez vous cette implication d’une partie de la population ? Est ce lié à l’histoire, aux pratiques de votre établissement ?
 
Absolument. Nous sommes deux collectifs, celui du personnel et celui des usagers. Ces deux collectifs travaillent en synergie et en complémentarité. La maternité des Lilas, c’est tout une histoire, un engagement autour de la naissance, un engagement pour le droit des femmes, notamment autour de la question de l’avortement. De plus, nous sommes dans un département, la Seine-Saint-Denis, sinistré au niveau sanitaire et la qualité de prise en charge que nous offrons est totalement nécessaire. Nos usagers ont bien conscience de la façon dont ils sont traités, de l’accompagnement qu’on leur propose.
 

La maternité des Bluets, qui propose elle aussi des méthodes d’accouchement alternatives, est en lutte car également menacée de fermeture pour cause de faillite. Selon vous, y aurait-il une volonté de l’État de cibler ce type de maternité ?
 

Il n’y a rien d’alternatif dans ce que nous proposons ! L’accompagnement que nous pratiquons devrait être partout le même, tant il est essentiel qu’une femme ou qu’un couple soit pris en charge à ce moment absolument unique de son histoire ! En France, plus de 80 % des naissances ne posent aucun problème. L’essentiel de notre activité consiste donc à mettre en place un accompagnement humain, qui s’effectue dans le temps, et qui n’est pas rentable car non comptabilisé comme un acte technique.

Par ailleurs, je pense qu’il y a une réelle volonté d’en finir avec ce type de maternité, même si l’ARS dira exactement le contraire. On va vers une standardisation de la naissance : accoucher, rester en surveillance pendant 48 heures et sortir.

Honnêtement, avec le passage de la gauche au pouvoir, on s’attendait à une meilleure considération de notre travail mais force est de constater qu’on est dans la continuité de ce qui a été mis en place par le gouvernement précédent. À ce jour, nous avons sollicité François Hollande, la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, et la ministre de la Santé, Marisol Touraine, mais nous n’avons toujours pas de réponse…

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