Accueil > politique | Par Paul-Emile Brissaud | 22 mai 2013

Municipales à Paris. Anne Hidalgo, une candidate consensuelle

Ce soir, Anne Hidalgo devrait être investie sans surprise par les militant-es socialistes. La participation à ce scrutin d’investiture sera observée de toute part. Pour passer de la candidate-héritière à la candidate-légitime, il faudra compter a minima sur une mobilisation forte des quelques 5 000 inscrits sur les 10 000 adhérent-es que compte la fédération PS de Paris.

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Pour l’heure, Anne Hidalgo vit des jours heureux. Partie très tôt en campagne – dès septembre 2012, celle que l’on surnomme « la dauphine » de l’actuel Maire de Paris, Bertrand Delanoë, peut s’enorgueillir d’avoir rassemblé toute la famille socialiste parisienne autour d’elle et rameuté quelques personnalités politiques de gauche – certes isolés, des communistes (les élus parisiens Pierre Mansat ou Alain Lhostis), des écolos-centristes (l’ex-ministre Corine Lepage) ou même des personnalités de droite (l’ex-ministre Dominique Versini). Hidalgo le revendique : « je veux rassembler largement ». Quitte à heurter certains de ses partenaires historiques.

Et c’est justement du côté de ses partenaires de la gauche que les incertitudes pèsent aujourd’hui. Le mouvement d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV) a déjà fait savoir qu’il mènerait la bataille seul, dès le premier tour. De son côté, la ministre du logement Cécile Duflot aurait vraisemblablement jeté l’éponge sur une candidature à Paris. C’est finalement une candidature très peu connue du grand public qui devrait conduire la liste écologiste. Pari risqué pour EELV qui ne devrait guère menacer la candidate socialiste – Eva Joly n’ayant recueilli qu’à peine 5% des suffrages à Paris, lors de la dernière élection présidentielle. Alors, PS et EELV se retrouveront assurément au second tour.

Côté Front de gauche, si Anne Hidalgo entend mener campagne dès le premier tour avec ses alliés communistes, le Parti de gauche quant à lui s’est déjà prononcé en faveur d’une liste autonome à Paris. Dans une interview pour Regards, Danielle Simonnet, élue du PG au Conseil de Paris, s’était même prononcée pour « un combat de femmes », tout en ajoutant qu’il « faut travailler en ce sens », avait-elle déclaré, laissant ainsi entendre qu’elle se verrait bien assurer la tête de liste face à Anne Hidalgo. La décision d’une liste autonome du Front de gauche au premier tour reste donc suspendue au vote des militants communistes. Verdict, fin juin.

Nul doute cela dit, que la politique nationale s’invitera dans la campagne municipale à Paris. Du côté d’Hidalgo, on veut pourtant croire que les effets [positifs] de la politique du gouvernement se feront sentir plus tôt que prévu. Ce que ne croient pas nombre de militants communistes qui pourraient recueillir une majorité avec eux, en faveur d’une liste autonome. D’autant que ces derniers temps, les désaccords au sein de la majorité municipale ont marqué un tournant dans les rapports entre socialistes et communistes parisiens : les orientations budgétaires, les rythmes scolaires, le logement social, la politique de santé – avec la disparation programmée de l’Hôtel-Dieu, mais aussi les personnels de la Ville, etc. les sujets de désaccords ne manquent pas. Et un doute plane sur le prochain débat budgétaire : Hidalgo redoute un rejet du budget par les élu-es du Front de Gauche.

Anne Hidalgo est connue par les élu-es parisiens pour sa culture du consensus. Pour Ian Brossat, Président du groupe FdG au Conseil de Paris : « j’ai toujours eu de bons rapports avec Anne Hidalgo. Il reste que nous avons entre nous des différences de fond. Il faut avoir le courage de mener le débat ». Même avec son concurrent de droite Pierre-Yves Bournazel – en course dans le primaire UMP à Paris – elle reconnait une proximité politique. Dans un débat face au challenger de Nathalie Kosciusko-Morizet, elle affirmait : « je me demande pourquoi il est vraiment de droite », rappelant qu’il avait « plutôt accompagné nos projets ». La stratégie est étonnante. Hidalgo n’aime pas le conflit.

Et pour cause. Hidalgo n’y a aucun intérêt. Un éclatement de la gauche sur la ligne de départ des municipales à Paris fragiliserait la candidate socialiste – là où Bertrand Delanoë avait réussi en deux mandatures à rassembler toute la gauche, rien que la gauche. Et du côté de l’opposition, si la campagne chaotique des primaires UMP ébranle actuellement la droite, la victoire prévisible et le rassemblement autour de Nathalie Kosciusko-Morizet, avec un probable accord des centristes, pourraient regonfler la droite parisienne et ainsi relancer la campagne municipale. Et contrairement à la plupart de ses concurrents, Hidalgo ne peut prétendre incarner le renouvellement. Elle est la Première adjointe de Bertrand Delanoë depuis… treize ans.

C’est donc sur le terrain des idées, projet contre projet, que la campagne, notamment à gauche, devrait se dessiner. Avec en toile de fond, la politique nationale. Et la rentrée de septembre, avec le débat sur les retraites – après les désaccords profonds [et majeurs] sur la réforme du travail (ANI) ou sur l’amnistie sociale, risque de renforcer les tensions entre Front de gauche et socialistes. A Paris, une gauche de gauche rassemblée, entrainée dans une dynamique nationale, pourrait séduire l’électorat socialiste, déçu des orientations du gouvernement. Un score à deux chiffres est donc à la portée du Front de gauche. Pour mémoire, Mélenchon avait recueilli un peu plus de 11% des suffrages dans la capitale.
Si Hidalgo n’envisage pas ce scénario pour le moment, il pourrait pourtant lui assurer un report de voix non négligeable dans le cadre d’un second tour face à la droite. Les accords programmatiques de second tour s’annonceraient dès lors, âpres mais passionnants.

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