Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 3 septembre 2013

Syrie, le doute est permis

Y’aura-t-il une intervention occidentale armée en Syrie ? Si oui quand et avec quel mandat ? Le jeu de ces derniers jours entre Washington, Paris, Damas, Londres et Moscou a un air de déjà-vu. D’autant plus inquiétant que la complexité de la situation sur place rend difficile l’émergence d’un mouvement anti-guerre homogène.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Descendre dans la rue « contre une intervention étrangère » et s’y retrouver aux côtés des pro-Assad ? Descendre dans la rue « pour une intervention étrangère » et s’y retrouver avec BHL ? Pétitionner pour armer les rebelles, dont certains sont des salafistes radicaux et d’autres des pantins des grandes démocraties du Golfe dont l’agenda n’a rien de reluisant ? Laisser le peuple syrien se faire massacrer sans bouger d’un centimètre ? Que faut-il faire en Syrie ? « Je n’ai pas de solutions réelles à vous proposer dont vous pourriez vous emparer pour encourager les gens à les soutenir. (...) le fait que je ne possède pas de réponse sur ce qu’il faudrait faire est une lacune, mais quelquefois le meilleur moyen d’action est de seulement être en solidarité avec des personnes en lutte en le reconnaissant, tout simplement. » résume Ramah Kudaimi, universitaire syrien américain, dans ses « Dix remarques pour les progressistes qui discutent de la Syrie ».

La grande difficulté à construire un vaste mouvement anti-guerre - comme ce fut le cas au moment de l’Irak - dit bien toute la complexité du cas Syrien. Que faire aujourd’hui en Syrie ? Le doute est permis et même salutaire, comme le rappelle Jean-François Kahn à la directrice du Monde Nathalie Nougayrède dans un revigorant coup de gueule. Et douter notamment aujourd’hui de la pertinence, éthique mais aussi politique et stratégique, de s’en aller « punir » Assad à grand coups de missiles tomahawks pour son usage d’armes chimiques.

1 - Qui punit, depuis quel pupitre et avec quelle autorité légitime ? Ce monde en crise manque cruellement d’une organisation internationale forte, légitime et respectée. Ce que n’est plus l’Onu, toujours à la merci, qui plus est, d’un veto qui achève de la rendre complètement impuissante. Elargir le Conseil de sécurité et en finir avec les maroquins hérités du conflit de 39-45, changer les règles de fonctionnement, repenser le contenu des mandats d’intervention armée ou pas, tout reste à re-faire.

2 - En l’absence d’un mandat international incontestable, quelles seront les conséquences d’une intervention unilatérale en Syrie ? De l’Irak à la Libye en passant par l’Afghanistan, les dix années écoulées (pour ne s’en tenir qu’à elles) démontrent que chaque fois que des armées occidentales sont intervenues dans un pays du Maghreb-Machrek, la situation s’y est aggravée. Et que le ressentiment des populations arabes à l’égard des auto-proclamés gendarmes du monde s’est accru. C’est un fait. En l’occurrence, au vu des jeux d’alliances actuels et des tensions persistantes avec l’Iran, le risque d’une véritable déflagration régionale incontrôlée ne peut être écarté. Avec des conséquences tragiques pour toutes les populations civiles.

3 - La nécessité de « punir » un régime parce qu’il a recours à des armes chimiques n’est juste pas recevable de la part de pays alliés d’Israël qui a utilisé du phosphore blanc, notamment à Gaza, causant des dégâts sur les populations civiles et qui n’a jamais été sanctionné - et à peine inquiété - pour cela.

4 - Après le refus des députés Britanniques d’intervenir en Syrie (le 29 août, 285 députés s’y sont opposés contre 272) et le prudent repli d’Obama qui s’en remet au Congrès, la France apparaît désormais la plus belliqueuse. Avec une féroce envie d’en découdre dans un pays du Sud qui lui revient désormais chaque année comme le souligne Philippe Leymarie dans son blog. Après le Mali, la Syrie... De François Hollande, on attendait beaucoup mais pas autant : deux guerres proposées aux français en moins de deux ans. Presque de quoi faire regretter Galouzeau de Villepin. Son fameux discours pour expliquer au Conseil de sécurité de l’Onu que la France n’irait pas en Irak, c’était il y a dix ans.

5 - Comme à son habitude Rony Brauman a de véritables arguments pour défendre cette fois l’option d’une intervention militaire. Il faut les lire. Mais relire aussi ceux qu’il nous avait donné il y un an. Il se disait à l’époque contre une guerre en Syrie et donnait même à cette occasion quelques alternatives possible : « (...)la solution militaire, je l’ai dit, n’en est pas une (...). À partir de là, les recours, c’est utiliser l’ensemble des moyens non-militaires à notre disposition, étatiques et non-étatiques : embargo sur les armes, sanctions économiques, la CPI si c’est possible, les condamnations répétées. Et pour la société civile, l’éventail des manifestations, protestations, tribunes, pétitions, etc. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?