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Accueil > politique | Entretien par Rosa Lafleur | 13 février 2014

Élise Lowy et Gilles Lemaire : « Entraîner EELV dans une rupture avec la politique libérale du gouvernement »

Animateurs du courant La Motion participative, Élise Lowy et Gilles Lemaire réagissent à notre interview d’Emmanuelle Cosse et font part des critiques de plus en plus vives – mais insuffisamment entendues selon eux – qui s’expriment au sein d’Europe Écologie Les Verts à l’égard de la politique gouvernementale.

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Au dernier Conseil fédéral d’EELV, le 8 février, une motion affirmant l’opposition à l’orientation gouvernementale a largement été adoptée. Le parti écologiste semble en ébullition, la désapprobation des orientations du pouvoir y enfle, mais pour Élise Lowy et Gilles Lemaire, respectivement membre du Bureau exécutif et conseiller fédéral, cette contestation est passée sous silence.

Regards. Que pensez-vous de la « participation combative » au gouvernement d’EELV prônée par votre secrétaire nationale, Emmanuelle Cosse ?

Élise Lowy  : La participation dite "combative" ne peut se lire qu’à partir de la politique menée sur le fond. Or, ce que nous observons, c’est un cap gouvernemental libéral et productiviste, avec l’ANI, le CICE, le "Pacte de responsabilité"… Sur le plan écolo, on est proche de zéro. Comment ne pas s’interroger sur une participation à laquelle on ne gagne rien ? C’est notre constat : le combat tel qu’il est mené actuellement ne donne pas de résultats. Quelques maigres avancées, comme la loi sur les ondes électromagnétiques, ne font pas une politique écolo ! Aujourd’hui, nous avons les plus grandes craintes sur la transition énergétique, le nucléaire, les gaz de schiste, le développement des énergies renouvelables. Au sein d’EELV, les lignes bougent : l’opposition s’exprime de plus en plus. Au Conseil fédéral des 8 et 9 février dernier, à l’unanimité moins un blanc, une motion a été adoptée, disant ceci : « EELV exprime une opposition ferme à l’orientation économique environnementale et sociale de la politique gouvernementale telle qu’elle a été exprimée par François Hollande lors de sa conférence de presse de janvier ». Il faut prendre la mesure du changement de ton dans nos textes, de cette contestation grandissante de la politique gouvernementale. Or, cette position n’est malheureusement pas celle que l’on entend aujourd’hui venant des grandes figures d’EELV.

Gilles Lemaire : Il y a eu deux Conseils fédéraux depuis le 2e Congrès d’EELV, à la mi-décembre et le week-end dernier. Au premier, nous avions déposé une motion qui demandait que les parlementaires ne soutiennent pas les orientations budgétaires. Elle a été adoptée majoritairement mais n’a pas été respectée par les députés. Au second, ces 8 et 9 février, le Conseil fédéral a voté à l’unanimité que « le soutien d’EELV au Pacte de responsabilité n’était pas acquis ». Notre objectif n’est pas de gagner une courte majorité au sein d’EELV, mais d’entraîner l’ensemble du mouvement vers une orientation de rupture avec la politique libérale du gouvernement. Pour cela, nous travaillons à la fois avec les différentes motions minoritaires issues du dernier Congrès et avec des conseillers fédéraux issus d’une majorité d’EELV à Caen en voie de dispersion. Nous voulons créer les conditions d’une autre majorité qui fasse bien sûr entrer le Front de gauche tout en maintenant le PS ou une partie du PS. Nous nous exprimons aujourd’hui parce que l’expression publique de la secrétaire nationale et d’un certain nombre d’élus connus d’EELV ne correspond pas à l’orientation du Conseil fédéral. Or, c’est cette instance qui est la direction politique d’EELV. Nous soulevons ici un dysfonctionnement démocratique. Emmanuelle Cosse se moque des motions votées au Conseil fédéral et des bougés dans les rapports de force internes. Ce n’est pas acceptable.

Jean-Luc Mélenchon vous a tendu la main pour les élections européennes en invitant Éva Joly et Noël Mamère à rejoindre des listes d’opposition de gauche. Que vous inspire cet appel ?

Gilles Lemaire : Les choses ne sont pas mûres de ce point de vue. Il y a beaucoup de débats à renouer, à mener, avant de considérer comme possible une liste commune nationalement. Pour autant, nous voulons prendre des positions communes et mener la réflexion ensemble, avec la gauche du PS et le Front de gauche, pour bâtir les bases d’un nouveau rassemblement majoritaire.

Élise Lowy : Sur la question européenne, nous gardons une spécificité qui n’est pas soluble dans celle posée aujourd’hui par Jean-Luc Mélenchon. Sur le régionalisme par exemple, les divergences sont réelles. Nous défendons une Europe fédérale, des régions, ce qui n’est pas le cas du Front de gauche. Mais localement, nous avons beaucoup d’accords pour les élections municipales. On se retrouvera aussi, par exemple, à Notre-Dame-des-Landes. À l’échelon national, le Conseil fédéral d’EELV a demandé la mise en place de comités de liaison entre l’ensemble de la gauche et les écologistes. Pour ne pas rester attentiste, il est nécessaire de prendre un maximum de contacts, notamment avec Ensemble ! et le Parti de gauche, pour faire avancer des luttes locales qui nous tiennent à cœur et pour travailler une unité nouvelle à vocation majoritaire. Notre capacité d’action en lien avec les mouvements sociaux peut créer les conditions d’une alternative.

 Lire aussi : Emma Cosse : « Nous assumons l’idée que ce gouvernement doit réussir »

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  • nous ne sommes que deux parmi les nombreux animateurs de LMP

    gilles lemaire Le 14 février 2014 à 07:27
       
    • Oui merci Gilles de l’avoir rappelé. Il y a en effet de nombreux animateurs à LMP. Et nous portons avant toute chose le projet d’autonomie de l’écologie politique, qui n’est soluble dans aucun productivisme, de droite comme de gauche, social-démocrate ou jacobino-gauchiste, et surtout pas soluble dans la 5e république, sa dictature majoritaire et ses logiques d’alliance contre nature.

      Benjamin Joyeux Le 15 février 2014 à 15:35
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