Accueil > actu | Par Guillaume Liégard | 26 mai 2014

Européennes – Ni séisme, ni surprise : les résultats d’une politique

Le résultat des élections européennes s’annonçait désastreux en France, ce fut bien pire. Triomphe du FN et effondrement de la gauche gouvernementale sont les deux enseignements majeurs de ce scrutin. Dont il ne faut pas s’étonner tant ces résultats sont inscrits dans les coordonnées de la situation française depuis 2002.

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Les élections européennes de 2014 ont été marquées par une forte abstention, estimée à 57,5 %. Ce désenchantement vis à vis de l’Europe n’a rien de nouveau : 57,2% en 2004 et même 59,5% en 2009, il s’agit désormais d’une donnée structurelle de presque tous les scrutins.

Selon un sondage Ipsos, l’abstention apparaît très différenciée en fonction des revenus et des classes d’âge. Ainsi 70% des personnes vivant dans un foyer dont les revenus sont inférieurs à 20 000 euros ne se sont pas rendus aux urnes alors qu’ils sont « seulement » 50% dans les foyers de plus de 50 000 euros. De même, « la participation au scrutin n’a concerné qu’un quart des moins de 35 ans (27%) alors qu’elle a réuni 60% des personnes âgées de 60 ans et plus ».

La suite de cette analyse porte sur les résultats en France métropolitaine (hors Dom-Tom et Français de l’étranger).

Triomphe du FN

Avec 25,18%, le Front national de Marine Le Pen enregistre un succès historique. C’est quatre fois plus qu’en 2009, quand l’extrême droite, pour partie essorée par Nicolas Sarkozy, n’avait obtenu que 6,47%. Jamais le FN n’avait dépassé les 12% dans un scrutin européen. Avec 24 députés (+21), ce parti représente désormais un tiers de la représentation française au parlement européen.

Ce score est certes dans la fourchette haute des différentes estimations mais ne saurait en aucun cas représenter une surprise. Le résultat de Marine Le Pen, lors de la présidentielle de 2012 (17,9%), et la poussée de son parti lors des récentes municipales traduisent un enracinement profond du FN dans la société française.
Les savantes analyses, notamment au sein de la gauche radicale, qui depuis des années ont tenté de minorer cette progression font fausse route. Il est de même absurde de nier l’évolution du discours du Front national. Marine Le Pen n’incarne pas tout à fait la même chose que son père et affronter Florian Philippot suppose une autre argumentation que celle utilisée contre Bruno Gollnisch.

Signe du problème auquel la gauche est confrontée, le FN obtient ses meilleurs scores parmi les jeunes et au sein des couches populaires, selon le sondage Ipsos. Ainsi, 30% des 18/35 ans et 27% des 35/59 ans ayant participé aux élections ont voté FN. De même, le parti de Marine Le Pen obtient les suffrages de 43% des ouvriers, 38% des employés et 37% des chômeurs s’étant rendus aux urnes. Certes ces catégories sont surtout marquées par une très forte abstention (69% parmi les chômeurs) mais le problème reste entier. Le FN réussi à mobiliser son électorat quand l’électorat de gauche reste à la maison.

Une droite parlementaire en difficulté

Dans l’opposition depuis le 6 Mai 2012, la droite parlementaire devrait bénéficier des difficultés sociales et économiques du gouvernement. Il n’en est rien. En 2009, deux ans après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’UMP alors unifiée avait obtenu 27,84% des suffrages et le Modem 8,44% – soit un total de 36,28%. Cinq ans plus tard, l’UMP obtient 20,7% et l’alliance UDI-Modem 9,92% – soit un résultat global de 30,62% en recul de 5,66% par rapport à 2009.

Les déclarations, dimanche soir, de François Fillon, ne sont pas seulement le fruit d’une compétition acharnée à droite dans l’optique de 2017, elles traduisent aussi une profonde inquiétude : « L’UMP (...) est atteinte dans sa crédibilité et doit s’interroger sur les raisons de son échec. Elle n’a pas été en mesure de rassembler et son honneur est mis en cause ». Et l’ancien premier ministre d’ajouter : « À l’avenir, l’opposition devra y regarder à deux fois avant d’aller aux élections en ordre dispersé ». Face à la montée du FN, le spectre d’un 21 avril 2002 (l’absence au second tour de la présidentielle) hante la droite comme la gauche.

Un parti socialiste laminé, des Verts affaiblis

Auteur d’un déjà peu glorieux 16,40% en 2009, le Parti socialiste n’obtient que 13,90% et perd deux élus. Après la débâcle des élections municipales, c’est à nouveau un rude revers pour le parti du président de la République. 58% des électeurs de François Hollande en 2012, contre 48% pour ceux de Nicolas Sarkozy, ne se sont pas rendus aux urnes. Certes, il ne s’agit que d’élections européennes, mais la légitimité du PS, qui gouverne désormais seul depuis le départ des ministres écologistes, apparaît bien faible. Peut-on conduire la politique d’un pays avec moins de 14% ? La question mérite d’être posée.

Le gouvernement n’a pas ces interrogations et entend bien poursuivre sa politique suicidaire. Si Manuel Valls concède que « le moment que nous vivons est un moment très grave », c’est pour mieux appliquer son pacte d’irresponsabilité. Dimanche, le téléspectateur un peu médusé a pu entendre Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, dire qu’il est au travail et que des défaites électorales, il en a connu d’autres. On ne peut mieux résumer l’incapacité à comprendre les enjeux politiques et la gravité de la situation française.

En 2009, une partie significative de l’électorat socialiste s’était reporté sur les listes EELV emmenée par Daniel Cohn-Bendit qui avaient réalisé 16,28%. Avec 8,95%, les écologistes perdent 8 de leurs 14 députés. La chute est sévère. D’une élection à l’autre, la totalisation du PS et de EELV passe de 32,69% à 22,84%.

Front de gauche à la peine, extrême gauche disparue

Avec 6,44%, le Front de gauche stagne (6,18% en 2009) et perd même un élu, quand à l’extrême gauche, elle s’est volatilisée électoralement. Il y a cinq ans, le NPA avait obtenu 4,98% des suffrages, il n’atteint pas les 0,5% à cette élection.

La situation est donc difficile pour le Front de gauche. Il n’a su capter ni l’électorat de gauche déçu par la politique gouvernementale, ni celui plus radical de l’extrême gauche. C’est un sévère coup de semonce qui appelle un bilan sans concessions sur l’orientation et les pratiques de cette organisation si elle veut retrouver un second souffle.

Seules des élites vivant en vase clos peuvent être surpris par le scrutin des européennes. Tout simplement, les Français n’en peuvent plus. Ils l’expriment d’abord en refusant d’aller voter, convaincus que leur vote ne changera rien. Qui leur en fera grief ? Ce quinquennat Hollande est l’alternance-qui-ne-change-rien de trop. À mener les mêmes politiques que la droite, le PS insulte sa propre base sociale qui, massivement, se détourne de lui. Pire, face à l’austérité à perpétuité qui nous promet de mourir guéris, menée tant par les socialistes que l’UMP, une fraction croissante de l’électorat se tourne vers l’extrême droite.

Faire vivre et grandir un projet alternatif est plus que jamais décisif pour ouvrir une voie vers un nouveau projet d’émancipation. Les organisations à la gauche du PS seront-elles à la hauteur ? Il faut le souhaiter.

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  • Lors d’un débat organisé par « Médiapart », le 25/5/14,
    Stathis Kouvelakis, Maître de conférence en philosophie politique et membre de Syriza a été interrogé sur son analyse de la défaite du FdG aux Européenne. Pour lui, la manque de popularité du FdG provient de sa position floue vis-à-vis la social-démocratie (Ce flou a été accentué lors des élections municipale où une partie de ce mouvement s’est ralliée carrément avec le PS, et d’autres qui hésitaient, situations variables et cas par cas, votes au PS au deuxième tour, etc.). Cette ambiguïté et manque de cohérence s’est interprété par les électeurs comme de la magouille ou de double langage. Tout au contraire, le syriza a rejeté sans détours, toute alliance avec les sociaux-libéraux en Grèce.

    Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Il n’est pas difficile de deviner qui est le responsable principale de l’ambigüité dont Kouvelakis évoque, dans le cas du Front de Gauche.

    Combien temps prendra donc pour les dirigeants du FdG de comprendre que tant que le PCF imposera ses politiques basée sur des calculs d’épicier (traduites en listes commune avec les acteurs de l’austérité mais des discours anti-austérité) , tant que l’adhésion directe au FdG n’est pas mise en place, le FdG poursuivra son déclin ?

    A.

    Armand Le 26 mai 2014 à 16:33
       
    • Allons, Allons,....
      Une différence non négligeable avec les Grecs : Ceux-ci se souviennent encore du régime des colonels, ce qui fait défaut à la mémoire des Français, en particulier des jeunes . Des jeunes et des moins jeunes qui regardent de haut la politique y compris le Front de Gauche et le PG, qui ne s’investissent dans rien, à part passer beaucoup de temps dans la "lutte des Classes sur leur tablette" pour élever des poulets ou collectionner des bonbons. en dédaignant le militantisme
      Arrêtez de caricaturer la position du PCF, quand vous demandez , comme lui, l’élargissement à d’autres forces à gauche avec qui il faudra bien construire et porter un projet.
      L’anticommunisme dans son sein est largement contre productif pour le Front de Gauche, qui ne vous en déplaise, se fera avec le PCF ou n’existera pas .

      Arthurr Le 27 mai 2014 à 09:14
  •  
  • Le scrutin des européennes montre que l’opposition de gauche implique qu’elle soit totalement, frontalement, en France et en Europe, en opposition avec une politique , qui ne profite surtout qu’aux plus riches ! C’est actuellement la politique de Hollande et du Ps ! Ce sera demain la politique de l’UMP ou du FN ! Tout écart avec cette opposition totale, et radicale, est une faiblesse que l’on payera comptant lors des scrutins suivants.

    Les camarades communistes le comprendront, ou pas ? Nous le verrons rapidement. Il est évident qu’une opposition de gauche ne peut être un jour dans un camp, et le lendemain dans l’autre, ce serait suicidaire ! Ceux qui ne le comprendront pas resteront au bord de la route !

    Je ne crois pas que cela soit faire preuve d’anticommunisme que d’imposer une règle de conduite pour l’opposition de gauche, celle de ne pas traiter avec nos ennemis de classe ! (le Ps, l’UMP ou le FN). Car traiter avec eux, faire des compromis avec eux, sera toujours suicidaire pour nous, hier, comme demain !

    Il est difficile d’avoir le beurre, l’argent du beurre (et le sourire de la crémière) !

    Pierre Magne Le 27 mai 2014 à 10:29
       
    • Il n’y a pas que l’opposition à ces politiques (même s’il est essentiel de l’affirmer)...et lorsque l’on parle des communistes, il faut savoir si on parle de l’appareil (les élu-e-s) ou des militant-e-s, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Est-ce que l’appareil PCF compte encore ? Ici, à Rouen, la liste FdG aux municipales (soutenue par Ensemble ! et le PG, sans le PCF allié au PS au premier tour) a rassemblé 1544 voix. Jacky Hénin, PCF, tête de liste pour le FdG dans le circonscription Nord-Ouest a rassemblé 1616 voix...
      Marquer l’opposition à la politique d’austérité (gouvernement PS, UMP et troïka...) est aussi proposer des bases nouvelles de construction de cette alternative à gauche. Ceci étant posé, quelles sont nos convergences ? (elles sont nombreuses, mais encore faut-il en débattre et n’exclure personne de ce débat là...).

      Madouc Le 27 mai 2014 à 12:43
    •  
    • Cher Madouc,
      .
      Je crois que ceux qui sont allés voter FN avaient une cible simple : l’Europe. C’est à elle, qu’ils reprochent, à tort ou à raison, tous les malheurs qui tombent sur eux ! Et donc ils votent FN ! Le seul parti qui tire abondamment sur l’Europe, et ne promet pas de la reconduire même en modifiant son organisation ! Même s’il tire sur les immigrés et d’autres cibles injustement !
      .
      Dans ma commune, le FN a multiplié son score par 5 (de 6,95% en 2009, à 37% en 2014). Ceci me semble prouver qu’il a compris la demande de beaucoup d’électeurs.
      .
      L’austérité pour eux, c’est un symptôme, ce n’est pas la cause de la maladie ! Et ils n’ont pas tort ! Pour eux la maladie, c’est l’Europe ! Et ils veulent éradiquer la maladie.
      .
      Certains veulent devenir majoritaire à l’Assemblée Nationale pour passer à la 6ème, ou au moins mettre un referendum révocatoire, et le non cumul dans le temps et l’espace... (PG, Ensemble...).
      .
      D’autres (le PCF) semblent vouloir influer sur les objectifs du Ps (ils essaient sans succès depuis 40 ans) pour obtenir des avantages pour les moins riches (et des postes d’élus (pour eux même) comme aux dernières municipales ! C’est la politique du gagnant-gagnant, qu’ils disent depuis 40 ans, avec le succès que l’on constate !
      .
      Inutile de dire que ces deux objectifs sont absolument inconciliables !
      .
      Le programme"L’humain d’abord" ainsi que les textes votés sur l’Europe et l’Euro par le Congrès du PG donnent déjà beaucoup de précision sur l’objectif général après être devenu majoritaire.
      .
      Il est difficile donc de dire que le carnet de route du PG ne soit pas précis. Même si certaines modalités, pour l’Euro par exemple, dépendent beaucoup des réactions de l’Allemagne. Il faut aussi remarquer que tout n’a pas le même poids et que ceux qui participeront à l’opposition de gauche, ne partageront évidemment tous les objectifs du PG.
      .
      La maison brûle, il faut donc faire la part du feu ! Mais pour moi, faire une politique de droite en soutenant un parti de droite, le Ps, l’UMP, l’UDI-Modem ou le FN, jamais. Je viens du Ps, ce n’est pas pour soutenir aujourd’hui la politique du Ps ! On ne baise pas la main qui vous frappe !

      Pierre Magne Le 27 mai 2014 à 15:31
    •  
    • Personne n’est exclu de l’opposition de gauche. Il faut évidemment être de gauche. Croire que la lutte de classes existe. Et être en accord avec les points principaux du programme "L’humain d’abord" : la relance de l’activité, l’indépendance de la France, la souveraineté totale de l’Assemblée nationale, l’éco-socialisme ...
      .
      Peuvent venir tous ceux qui sont de gauche, qui veulent restaurer ou conserver les acquis du Conseil national de la Résistance (CNR). Tous peuvent venir, ND, NPA, les Ps , les verts, et d’autres, qui s’engagent par écrit, à soutenir le programme l’Humain d’abord, et donc à ne plus soutenir les partis de droite (Ps, UDI-Modem, UMP, FN).
      .
      Que cela ne plaise pas à beaucoup est prévisible ! Mais 2013 doit servir de leçon ! A quoi servirait de s’unir pour se séparer, à la première difficulté, au premier chantage, à la première surenchère du Ps (comme aux municipales). Ou d’un autre parti de droite, tant certains partis sont inclassables !
      .
      Je donne mon point de vue personnel. Je n’ai aucune gène à tenir ces propos car ancien élu, mon âge m’exclut de postuler à une élection où j’aurais quelques chances d’être élu. J’ai encore le sens du ridicule. Mais j’ai mené une liste aux municipales 2014 (PG+PC) et je suis fier du résultat. Nous n’étions que 2 listes PG+PCF (ou PCF+PG, sans le Ps) dans le département, et nos scores n’ont pas été ridicules !

      Pierre Magne Le 27 mai 2014 à 15:59
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