Accueil > monde | Par Benoît Borrits | 28 novembre 2012

Grèce : impossible créance

Un nouvel accord est intervenu cette nuit entre la Grèce et la Troïka sur le report d’une échéance. Alors que le premier ministre grec se montre optimiste, tout indique au contraire que cette dette est, non seulement insupportable pour le peuple grec, mais de plus en plus irrécouvrable.

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Ce matin à trois heures, Antonis Samara, le premier ministre grec déclarait : « Tout s’est bien passé, demain, commence un nouveau jour pour tous les Grecs ». Dès le 13 décembre, la Grèce va recevoir de la Troïka 34 milliards d’euros de la tranche de 44 milliards qui étaient promis initialement. Voilà neuf mois que tout le monde savait qu’il serait impossible d’atteindre un endettement de 120% du PIB à l’horizon de 2020 et qu’il fallait repousser de deux ans cette échéance. Sauf que reporter cette échéance signifiait des coûts supplémentaires en termes d’intérêts de l’ordre de 20 milliards d’euros avec comme question à la clé : où trouver une telle somme dans un plan de financement déjà bien tendu ?

La réponse est venue cette nuit d’un accord « patchwork » dans lequel les créanciers publics ont fait des concessions sans donner l’impression de céder sur l’essentiel, à savoir la crédibilité de leurs créances. Abaissement de 1% de taux sur le premier plan de sauvetage ; le FESF réduit de 0,1% ses commissions sur les prêts ; maturité des prêts bilatéraux et du FESF prolongée de 15 ans ; aucun intérêt payé pendant 10 ans sur les prêts du FESF ; la BCE reversera à la Grèce ses profits réalisés sur les obligations grecques à partir de 2013.

Pendant ce temps, la Grèce tentera de racheter les 62 milliards d’obligations grecques encore cotées sur les marchés et détenues par des agents privés de façon à réduire son endettement nominal. Mais est-ce que cela sera possible ? Beaucoup de commentateurs restent perplexes sur une telle option. Si une obligation cote 30% de sa valeur, il n’en reste pas moins vrai que l’Etat devra rembourser à 100% à son échéance... sauf si l’Etat a la possibilité de la racheter sur le marché, faisant ainsi disparaître de son endettement 70% de sa valeur. Si l’Etat rachète massivement sur le marché, cela fera alors remonter le cours de l’obligation ce qui diminuera l’intérêt de l’opération... à moins d’un accord global sur une valeur supérieure. A suivre...

Si Antonis Samaras semble triompher, il convient de rappeler que cet accord a été obtenu suite au vote du Parlement grec, dans la nuit du 7 au 8 novembre, d’un nouveau programme d’austérité de 18 milliards d’euros d’économies jusqu’en 2016 : baisse des salaires des employés publics, recul du départ à la retraite de 65 à 67ans, nouvelles coupes dans les retraites des fonctionnaires (jusqu’à 15% pour les pensions supérieures à 2 000 euros)... le tout dans un projet de loi unique de 400 pages !

Pendant ce temps, la majorité pro-austérité se disloque au Parlement comme dans les sondages. Le Pasok vient d’expulser de son groupe parlementaire 6 des 33 députés sociaux-démocrates qui ont voté contre les nouvelles mesures d’austérité. Un septième élu, Mimis Androulakis, a donné sa démission dans la foulée, réduisant la majorité parlementaire à 18 sièges. Un récent sondage sorti lundi 26 novembre donne Syriza comme premier parti du pays avec 26% des intentions de vote, laNouvelle Démocratie avec 21,5% en baisse de 8,1%. Le parti néo-nazi, Aube dorée, s’inscrit hélas dans la durée et apparaît comme le troisième parti avec 13,5%. La coalition au pouvoir apparaît comme de plus en plus illégitime. Syriza appelle dès aujourd’hui à de nouvelles élections pour amener au pouvoir un « gouvernement de salut social pour sauver le pays de la destruction et du chaos ». Contrairement à ce qui est annoncé aujourd’hui dans les médias, cette dette grecque est non seulement insupportable pour le peuple mais sera aussi politiquement irrécouvrable.

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