Accueil > Société | Par Marion Rousset | 17 février 2014

L’université Versailles Saint-Quentin ou l’échec de la loi LRU

Alors qu’un gel des dépenses ne suffira pas à sauver l’UVSQ, le ministère de l’Enseignement supérieur refuse de lever des fonds. Une situation dramatique dont la loi d’autonomie des universités est largement responsable. Et qui pourrait s’étendre.

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« Il faut y aller, sinon les universités vont crever. » L’ancienne présidente de l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) croyait dur comme fer à l’autonomie des facs. « Nous sommes parmi les rares universités françaises à ne pas avoir eu de difficultés à boucler notre budget 2012 et à ne pas geler de postes, nous en ouvrirons même plus de 60 cette année », se félicite Sylvie Faucheux en janvier 2012 lors de ses vœux. Deux ans plus tard, tout a changé.

Étudiants tirés au sort

L’établissement présenté comme un modèle de réussite est aujourd’hui montré du doigt pour l’ampleur de son déficit. Au point qu’en novembre dernier, l’actuel président Jean-Luc Vayssière annonce une situation de « quasi-cessation de paiement », affirmant ne pas disposer de la trésorerie suffisante pour payer les salaires des personnels en décembre. S’engage alors un bras de fer avec le ministère de l’Enseignement supérieur qui concède une avance de 800.000 euros. Le deal initialement négocié prévoyait, semble-t-il, une aide de 5 millions d’euros, assortie d’un effort demandé à l’UVSQ, soit 4 millions d’euros d’économie sur l’année. Mais finalement, « le ministère a dit niet. Il ne veut pas donner davantage d’argent, même si tout le monde sait que ce n’est pas tenable », affirme Jérôme Deauvieau, maître de conférence en sociologie à l’UVSQ et représentant du Snesup, à la tête d’une mobilisation qui ne faiblit pas. Lors du dernier Conseil d’administration, réuni vendredi 14 février, le président s’est refusé à voter un plan de retour à l’équilibre l’obligeant du coup à une économie de 9 millions d’euros…

Le rectorat se retrouve donc chargé d’arrêter un budget avant le 1er mars 2014 qui, dans tous les cas, exigera une réduction de la voilure très importante. « La capacité d’accueil en licence sera réduite, le nombre d’heures annuel de formation baissera, par exemple au lieu de proposer 350 heures de cours aux étudiants, ils n’en auraient plus que 300, des filières pourraient même être fermées », déplore Frédéric Lebaron, professeur de sociologie à l’UVSQ. On sait d’ores et déjà que la filière Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) sera sévèrement touchée : le nombre inscrits en première année passera à la rentrée 2014 de 168 à 45 étudiants… lesquels seront tirés au sort ! « Les effectifs des années L2 et L3 ne bougeront pas car les étudiants doivent terminer leur formation, sauf fermeture du département faute d’enseignants », précise Yves-André Féry, directeur l’UFR Staps. Selon lui, « cette réduction dramatique des capacités d’accueil tient au fait que notre département n’a pas les ressources suffisantes en enseignants. » Au cours de l’année 2013-2014, trois titulaires partis pour cause de retraite et mutations n’ont pas été remplacés. 

19 universités sur 76 en déficit

Comment cette université qui se félicitait de sa bonne santé en 2012 en est-elle arrivée là ? De son côté, le président relève une sous-dotation chronique du jeune établissement créé en 1991. Du côté de la Cour des comptes, un rapport d’observations provisoires pointe la responsabilité de la direction : « L’université est dans une situation financière difficile (…). Cette situation est essentiellement le résultat d’une absence d’anticipation et d’analyse des conséquences de décisions de gestion qui ont conduit à une augmentation de la masse salariale et des dépenses de fonctionnement. » Des embauches inconsidérées, des dépenses de fonctionnement exagérées, des partenariats public-privé (PPP) mal négociés (l’un renégocié depuis)…

Ces motifs repris par le ministère de Geneviève Fioraso n’expliquent pas tout. Loin de là. Car même si l’UVSQ se trouve aujourd’hui dans une situation inédite, ne possédant plus de fonds de roulement dans lequel puiser, elle n’est cependant pas un cas isolé : 19 universités sur 76 étaient en déficit en 2013. Et d’autres pourraient atteindre la même extrémité. Le 24 octobre dernier, des présidents d’université lançaient un cri d’alarme : « La situation sera bientôt intenable pour la majorité de nos établissements, nous risquons à court terme de ne plus pouvoir assurer nos missions. » De quoi s’interroger sur les causes structurelles nées du passage à l’autonomie en 2010. « Le ministère de l’Enseignement supérieur fait reposer la responsabilité entièrement sur l’équipe de direction, c’est grotesque ! », s’emporte Frédéric Lebaron. « Le problème, c’est qu’avec la pression que Bercy exerce sur lui, il est dans l’impossibilité de faire les avances nécessaires. Il ne peut même pas lâcher du lest dans un contexte où le budget alloué pour les missions est pourtant structurellement insuffisant », estime-t-il.

Les mirages de la loi LRU

C’est que le fiasco de l’UVSQ signe aussi l’échec de la loi LRU votée en 2007. Cette réforme-phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy a transféré aux présidents d’universités la gestion du budget global – dépenses de personnel et de fonctionnement comprises – jusqu’alors assurée par l’État. Sylvie Faucheux, qui se voyait pionnière en la matière, lance par exemple les premiers partenariats public-privé. Un dispositif supposé peu risqué financièrement qui permet à l’État de confier des chantiers, moyennant un loyer, à des entreprises privées chargées de la conception, de la réalisation et de la maintenance sur deux ou trois dizaines d’années.

En 2013, un rapport sénatorial évoque aussi, entre autres problèmes, le manque de formation des nouveaux "gestionnaires" et des dotations de l’État qui ne couvrent pas l’augmentation mécanique des dépenses, telle la hausse des salaires liée à l’ancienneté des fonctionnaires. Mais implicitement, les auteurs semblent imputer l’échec de la loi sur l’autonomie à la lenteur d’établissements qui rechignent à s’adapter. Ils soulignent notamment l’existence d’un « bureau d’aide à l’insertion professionnelle (…) insuffisamment connecté avec le monde des entreprises ». Pourtant à Versailles, tout a été très vite. Aujourd’hui, Frédéric Lebaron craint que la situation ne serve « les intérêts de courants qui préconisent d’augmenter les droits d’inscription et de renforcer la sélection des candidats à l’entrée ». À moins qu’elle ne provoque un sursaut. Nous sommes au milieu du gué.

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  • Enfin, on en parle. Je suis étudiant et voit mon université se serrer la ceinture tout les jours. La réforme qui est passé par l’ancienne majorité est une véritable catastrophe. Sa se présente de la façon suivante ; des cours trop charger du fait du manque de professeur, des amphithéâtres trop plein, des heures de cours supprimées... Je sais très bien que le nouveau gouvernement cherche à faire des économies et que pour cette raison il se garde de faire une réforme qui pourrait lui coûté de nouveaux euros en finançant les universités... Mais là se n’est pas acceptable !! Si se président a été élu c’est aussi parce qu’il avait dit que la jeunesse serais un de ses points centraux. Or à ce jour la jeunesse n’a vue que les emplois d’avenir, qui sont peut-être une bonne idée je n’en sait rien, mais la jeunesse est aussi dans les F.A.C et ON ATTEND TOUJOURS QUE QUELQUE CHOSE SOIT FAIT. On ne peut pas garder la situation comme elle est. Un tirage au sort, il n’y a rien de plus injuste... Ou est l’égalité des chances ? La fameuse méritocratie, si elle existe et a existé, ou est-elle ?

    ieclosse Le 19 février 2014 à 10:44
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