Accueil > politique | Par Laura Raim | 26 mars 2014

Le non-sens du "front républicain"

Les candidats qualifiés au second tour des élections municipales ont déposé leur nouvelle liste mardi à 18 heures. Alors que le PS a réitéré son appel à constituer un front commun avec l’UMP pour bloquer le FN, cette stratégie est de plus en plus remise en cause, à droite comme à gauche.

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Aussitôt les résultats du premier tour des municipales tombés dimanche soir, Jean-Marc Ayrault a entonné le vieux refrain du front républicain : « Là où le Front national est en situation de l’emporter au second tour, l’ensemble des forces démocratiques et républicaines ont la responsabilité de créer les conditions pour l’empêcher ». En clair, il faudrait se reporter sur le candidat non-frontiste le mieux placé pour battre celui du FN. Le premier secrétaire du PS Harlem Désir a emboîté le pas au Premier ministre, estimant que « le niveau élevé des scores du FN doit susciter une réaction claire et ferme de tous les républicains ». À Perpignan (Pyrénées-Orientales), Cogolin (Var) Brignoles (Var) et Saint-Gilles (Gard), la consigne est bien passée : les listes socialistes se sont retirées.

Une doctrine étiolée

Mais certains candidats socialistes rejettent cette injonction au "désistement républicain". À Marseille, où le candidat FN Stéphane Ravier est arrivé en deuxième position derrière l’UMP Richard Miron, le socialiste Patrick Mennucci, troisième, refuse de se retirer. À Avignon (Vaucluse), le Parti socialiste et le Front de gauche sont parvenus à un accord de fusion de leurs listes. À Béziers (Hérault), où Robert Ménard, soutenu par le FN, est arrivé en tête au premier tour, Jean-Michel du Plaa participera au second tour accompagné du Front de gauche. À Cavaillon (Vaucluse), la liste d’union de la gauche conduite par le vert Olivier Florens a également l’intention de concourir dimanche. Enfin à Beaucaire (Gard), les colistiers du candidat divers gauche Claude Dubois ont voté majoritairement en faveur du maintien de leur liste.

Il faut dire que la doctrine du front républicain, qui avait fonctionné à plein en 2002 avec la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face à Jacques Chirac, semble depuis s’être vidée de son sens. D’abord parce que pour faire un "front", il faut être au moins deux. Or le président de l’UMP, Jean-François Copé, a réaffirmé la ligne "ni ni" de son parti. Soit la position défendue par Nicolas Sarkozy aux cantonales de 2011, qui consiste à ne prendre parti ni pour le FN ni pour le front républicain. François Fillon a enfoncé le clou : « Aucun désistement et aucune alliance ne peuvent être envisagés » avec le FN, a déclaré l’ancien Premier ministre dimanche. Sur le terrain, non seulement aucun candidat de droite ne s’est désisté, mais dans les communes de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) et de L’Hôpital (Moselle), le candidat divers droite a même signé un accord avec le FN…

Le "barrage" a des fuites

Ensuite, il est de plus en plus difficile d’opérer une distinction "républicaine" nette entre le FN et l’UMP, la distance idéologique entre l’extrême droite et l’UMP version "décomplexée" ne cessant de se réduire, notamment sur les questions d’immigration. Quand Lina Delnott, la colistière UMP du maire réélu de la Grande-Motte Stéphane Rossignol poste sur Facebook une photo d’un gorille accompagné du commentaire : « Je suis ministre et suis une grosse menteuse… Je suis, je suis… », cela donne moyennement envie de faire front commun. De fait, on ne voit plus très bien en quoi le FN représenterait davantage une menace aux "valeurs de la République". C’est d’ailleurs pour cette raison que l’argument républicain est souvent inefficace : les électeurs de gauche préfèrent pour la plupart s’abstenir plutôt que de voter UMP au second tour, comme l’a illustré en octobre dernier la cantonale partielle de Brignoles. Eliminés au premier tour, le PS et le PCF avaient appelé en vain à faire "barrage" au Front national en votant UMP.

Si la rhétorique du "front républicain" n’était qu’inefficace, ce serait une chose. Mais il y a des raisons de croire qu’elle profite au FN, dans la mesure où elle donne raison au slogan frontiste de "l’UMPS". Marine Le Pen ne s’est en tout cas pas privée d’exprimer sa reconnaissance sur Twitter. « Merci à M. Ayrault qui admet que le seul adversaire du système c’est le #FN ».

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • arrêtez de me parler du fn, je ne suis pas rentré au parti de gauche pour n’entendre que ce refrain . Si l’un d’entre nous s’allient avec le ps ou un parti libéral ;, il doit en être exclu . Même le pc doit être sanctionné . Prenez exemple sur le fn , marine a réussi et seule contre tous elle vous fait peur . Comment a-t-elle réussi ?

    lineand Le 26 mars 2014 à 18:13
       
    • ça fait peur de lire cela....

      Didoune Le 27 mars 2014 à 10:40
  •  
  • Le PS a toujours su jouer avec le FN quand il n’arrive plus à convaincre par ses idées et propositions.

    Je me demande à quel point il n st pas complice, voire un réel acteur du fascisme n France et par ses choix de politique économique, et par ses pratiques politiques et électorales.

    Il devient, au moins, anti-républicain. la preuve ? il reçoit les gens dans des placards à balais !

    La Renaudie Le 30 mars 2014 à 08:39
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?