Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 16 janvier 2013

Lance Armstrong s’est dopé : qui sont les vrais coupables ?

Lance Armstrong aurait fini par reconnaître s’être dopé. Confirmation jeudi soir sur CBS. Mais l’essentiel se cache ailleurs : la lutte antidopage ne sert-elle pas, en sanctionnant les dopés, à oublier les vrais coupables ? Ceux à qui profite ce « crime » contre les belles valeurs du sport. Autopsie d’une faux-culterie.

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Les amoureux de la petite reine n’en seront même pas surpris. Pour le coup et sans mauvais jeu de mots, le cycle est habituel. Un coureur est soupçonné de dopage, il nie, se défend, parfois devant les tribunaux, puis, à l’instar de Richard Virenque, finit par avouer, quelquefois il doit rendre des comptes à la justice. Et au suivant, en priant pour que le prochain tour soit « propre ». Le cas Amstrong s’avère juste exceptionnel, au vue de son palmarès, de son histoire (son cancer, etc.), de la durée de la polémique. Il n’empêche. Il y a fort à parier qu’il ne dérogera guère aux règles de base de cet exercice de style qu’est devenue la confession du dopé. L’ancien sextuple vainqueur de la grande boucle prendra ainsi sur lui et ses épaules, d’un ton larmoyant, la culpabilité de ses actions. Il a été méchant. Il a fait du mal aux gens qu’il aime et à ceux (ou celles) qui l’admiraient ou l’admirent encore. Il a aussi et surtout fait beaucoup de bien aux sponsors, aux droits télé (un champion américain suscite de l’audience aux USA et donc des gros réseaux qui mettent la main à la poche), sans oublier ses amis politiques (Georges Bush ou Nicolas Sarkozy). Car Lance Armstrong ne s’est pas shooté par plaisir. Il l’a fait dans son intérêt certes, et aussi, voire d’abord, dans celui de son sport. Et de ses propriétaires, de l’UCI à Coca-Cola...

Sincèrement, peut-on continuer à regarder grimper les chronos et les performances, à voir s’accélérer les cadences d’entraînement et grossir les calendriers des compétitions et autres galas, en s’étonnant ensuite que les athlètes concernés ne tournent pas seulement aux boissons énergisantes ? Se frotte-t-on les yeux devant les workaholics de la haute-finance, eux aussi gros compétiteurs carnassiers (élevés pour cela), comprimés entre le stress de la chasse aux primes et les 20 heures de taff quotidien, qui plongent le nez dans la cocaïne ? Pour combattre le dopage, il faudrait d’abord imposer la fin de cette spirale, transformer le mode de fonctionnement du sport. Au lieu de laisser par exemple entre un tiers et un quart (selon des chiffres officieux) des jeunes sportives basculer dans l’anorexie, sans songer à les préserver en mettant un terme, même provisoire, à leur pratique mortifère. La seule, la vraie question que (nous) pose l’affaire Armstrong reste de savoir si nous allons continuer à regarder le CIO sortir de son chapeau de temps en temps des victimes expiatoires de la lutte antidopage. Avec ses dérives liberticides comme la géolocalisation. Car pendant ce temps, sur le fond, rien ne change ni ne bouge. Pire, l’usage de ces produits se systématise de plus en plus dans le sport amateur ! Légaliser le dopage, tout comme légaliser le cannabis, loin de témoigner d’une complaisance envers les mauvais penchants de nos congénères, placerait enfin les tenants de l’ordre sportif (et moral) face à leur hypocrisie économique.

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