cc Photo Maya-Anaïs Yataghène
Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 27 février 2014

Le pouvoir algérien joue avec le feu

Très diminué par ses problèmes de santé, Abdelaziz Bouteflika concourra en avril à sa propre succession à la tête de l’État algérien. Sa candidature est annoncée au moment où des tensions se font jour au sein du pouvoir. Sur fond de légère baisse des recettes hydrocarbures, ce cocktail pourrait s’avérer explosif.

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Abdelaziz Bouteflika sera-t-il en état, le 18 avril au matin (lendemain du premier tour de l’élection présidentielle) de célébrer sa victoire ? On peut en douter si l’on s’en tient aux images diffusées lundi 24 à la télévision algérienne. On y voit le président en discussion avec un émissaire de l’émir du Koweït. Calé dans un grand fauteuil, agitant mollement le bras, semblant répondre un peu laborieusement à son invité, mais inaudible. Pas vraiment l’image d’un candidat en pleine possession de ses moyens.

Le tour de piste de trop

L’annonce samedi, par le premier ministre Abdelmalek Sellal, de la candidature du président sortant à un quatrième mandat consécutif a soulevé une légère vague d’indignation teintée d’ironie sinon d’amertume dans le pays. « Quatrième mandat : il a osé ! » titrait ainsi dimanche le quotidien El Watan, résumant un sentiment général. Clairement, Bouteflika qui aura soixante-dix-sept ans le 2 mars prochain semble cette fois embarqué sur le tour de piste de trop. Victime d’un grave AVC en avril dernier, soigné en France, il ne s’est quasiment plus adressé publiquement au peuple algérien depuis un an.

Pourquoi lui ? Les véritables patrons du pays, un cénacle de généraux et de cadres du FLN, n’ont-ils aucun poulain en réserve pour renouveler le visage incarnant le pouvoir central ? Cette candidature bancale doit d’abord être lue comme un marqueur de la crise qui semble secouer le sommet du pouvoir algérien depuis quelques semaines. Services secrets, familiers du président, militaires et civils, les règlements de compte sont sévères et chacun joue sa carte [1]. Et la reconduction de Bouteflika en est une qui ne plaît pas à tout le monde.

Un nouveau printemps ?

Si ces divisions internes ne sont pas nouvelles, leur affichage public témoigne, lui, d’une certaine nervosité. Est-elle aussi dûe au craquèlement d’un modèle, celui consistant à acheter la paix sociale en redistribuant des miettes de la rente des hydrocarbures ? « Le rapport de conjoncture 2013 confirme que la politique de redistribution de la rente menée depuis 2011 pour contrer la "contamination" du printemps arabe devenait "non soutenable" » note le journaliste Amir Akef [2] qui remarque que « même le très prudent gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, s’est fait alarmiste ». La production gazière et pétrolière décline lentement et les recettes des hydrocarbures ont chuté de 7 milliards de dollars entre 2012 et 2013 (passant de 70 à 63 milliards).

Pétrole + gaz = rente qui, redistribuée a minima, assure la paix sociale. Cette vieille potion simple, resservie par le pouvoir algérien depuis cinquante ans, semble donc commencer à donner des signes d’essoufflement. Et dans une région où quelques figures que l’on pensait indéboulonnables se sont avérées être des colosses aux pied d’argile, la quatrième candidature de Bouteflika est loin de donner tous les gages de stabilité pour l’avenir. Cela pourrait donner l’envie à certains de réactiver le printemps algérien. Il avait été morcelé puis contenu, il y a deux ans, par un appareil de répression vigilant à ne pas laisser gagner le pays par la contamination régionale. Mais avril est bientôt là...

Notes

[2lire "En Algérie, le déclin de la production de pétrole et de gaz met en lumière les failles d’une économie de rente", Le Monde du 26 février 2014

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