Anzoumane Sissoko © Mathilde Goanec
Accueil > politique | Par Mathilde Goanec | 18 mars 2014

Municipales : les "Sans voix" veulent la parole

Dans le 18e arrondissement, à Paris, ils ont mis sur pied une liste des "Sans voix", à l’occasion des élections de mars, qui rassemble des citoyens français et des étrangers extracommunautaires. Ils revendiquent le droit de participer à la vie de leur cité, et rappellent les promesses non tenues sur le droit de vote des étrangers.

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Leur liste a été, sans surprise, invalidée par la Préfecture, mais ils sont là quand même. Sadio, Thérèse, Aliou, Nancy ou encore Ghada, candidats aux municipales sur la liste des "Sans voix", ont fait entendre leurs revendications – comme tous les dimanches depuis quelques semaines – devant la mairie du 18e arrondissement de Paris. « Sans voix, prenons la parole », clame fièrement la banderole qui flotte à la sortie du métro Jules-Joffrin, entre le kiosque à journaux et le manège des enfants. Chants partisans, loukoums et pâtisseries maison à volonté, « C’est aussi une fête politique », s’enthousiasme Viktoria, l’une des organisatrices de l’événement.

Ignorés par la machine politique

Au micro, on se succède pour clamer des messages de lutte, qui vont de la défense de la culture pour tous au droit au logement, avec en permanence le rappel de cette promesse non tenue : le droit de vote pour les étrangers, proposé par François Hollande lors de sa campagne 2012 et zappée depuis. « C’était aussi au programme de François Mitterrand en 1981, souligne Anzoumane Sissoko, tête de liste des Sans voix. Cela fait plus de vingt ans que l’on attend. Le comble, c’est qu’on nous demande sans cesse de nous intégrer mais qu’on nous refuse ce simple droit ! C’est pour protester contre cet état de fait que nous avons créé cette liste, composée de 45 personnes dont 28 étrangers, de tous les continents, à l’image de l’arrondissement du 18e où cohabitent plus d’une centaine de nationalités ».

Il y a deux semaines, la préfecture de Paris a refusé d’enregistrer la liste pour la course aux municipales, au motif qu’elle comprend des ressortissants extra-européens. Pas de quoi décourager les candidats, qui continuent de faire campagne, malgré tout. Il faut dire qu’ils ont l’habitude d’être court-circuités par les milieux politiques : « Il y a eu deux débats organisés avant même le dépôt des listes, donc nous étions encore totalement légitimes, poursuit Azoumane Sissoko. Mais nous avons été disqualifié d’office, et il a fallu demander pour avoir la parole. Le thème portait sur les discriminations. C’est pourtant un sujet qui, évidemment, nous concerne en premier lieu. »

Certains militants à la gauche du PS font partie, à titre individuel, de la liste. Dimanche dernier, Olivier Besancenot, figure du NPA, est venu dire tout le bien qu’il pensait de l’initiative. Mais elles sont rares, les personnalités politiques qui soutiennent officiellement le mouvement. Françoise Carasse, également candidate pour les Sans voix, ne cache pas sa colère. « On vit ensemble, mais on exclut d’office les étrangers du jeu. C’est quoi la logique ? Le PS veut prendre des voix à la droite, mais c’est un combat perdu d’avance. Pourquoi François Hollande oublie t’il ceux qui ont voté pour lui ? ».

« Pour les sans-papiers aussi, la gauche fait pire que la droite »

Waffi Bamba, membre du collectif des sans-papiers d’Ile-de-France, collectionne les titres de séjour depuis qu’il est arrivé en France en 1992. Non-citoyen, il ne peut pas voter, mais tient à rappeler son engagement lors de la campagne présidentielle et sa joie lors de la victoire de l’actuel président : « Nous étions de tous les meetings et même à la Bastille, à grimper sur la colonne, pour fêter la victoire ! Mais finalement, pour les sans-papiers aussi, la gauche fait pour l’instant pire que la droite. » Le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections municipales n’a en réalité jamais fait partie du calendrier des réformes constitutionnelle engagées par le gouvernement Auyrault, alors même qu’une majorité de Français y serait favorable. Près de deux millions et demi d’étrangers extracommunautaires vivent et travaillent pourtant dans les communes françaises et participent à la vie locale, selon le collectif "Droit de vote pour tous les résidents étrangers dès 2014".

Derrière le droit de vote, c’est aussi un combat pour un accès au droit qui se joue. Anzoumane Sissoko est agent d’entretien pour la Ville de Paris. Douze ans qu’il travaille pour des sous-traitants, car il ne peut pas, en tant qu’étranger, postuler à ce poste sur concours réservé aux citoyens français. « On veut bien de nous pour cotiser aux caisses de retraites et payer des impôts, mais pas comme fonctionnaire, pas sur les listes électorales. » Avoir un emploi, c’est aussi la possibilité de se loger dignement, dans une capitale de plus en plus exigeante vis-à-vis des locataires modestes.

Pour dimanche prochain, ces militants ont déjà leur consigne de vote : ils demandent aux citoyens français de glisser un bulletin pour la liste des Sans voix dans les urnes. Et pour ceux qui ne peuvent pas voter, des urnes seront installées symboliquement près des stations de métro du nord du 18e arrondissement. « Il faut poursuivre ce combat à chaque échéance électorale », affirme désormais Waffi Bamba. Rendez-vous en 2017 pour élire un président qui leur rende enfin la voix ?

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