Accueil > Culture | Par Thomas Bauder | 20 mars 2013

Queen of Montreuil et Les Coquillettes, Meufs Movies

Petits plaisirs de la semaine cinéma, deux drôles de comédies, Queen of Montreuil de Solveig Anspach et Les Coquillettes de Sophie Letourneur, mettent en scène les tribulations névrosées, déjantées et bariolées de leurs héroïnes respectives. Par delà leurs singularités narratives, ces deux meufs movies partagent une même démarche, à la fois sincère, libérée des conventions, pleine d’autodérision, joyeuses de vivre finalement. Deux bonnes lampées d’air frais.

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C’est l’histoire d’une femme qui rentre de voyage, chez elle, à Montreuil, avec son mari sous le bras… et dans une urne funéraire. Une veuve pas très joyeuse donc qui recueille deux islandais azimutés que la faillite de leur pays, et celle de la compagnie aérienne nationale, a laissé sur le carreau parisien. C’est aussi l’histoire de trois copines célibataires qui se racontent et se baratinent leur dernière virée estivale, un peu perdues, dans un festival de cinéma des bords de lacs suisses. Trois filles potes dans un buddy movie intello décalé. Et au final, deux films pas vraiment normés, réalisés, très consciencieusement avec les moyens du bord et la participation amicale des copains-copines de passage, scénarisés juste ce qu’il faut pour laisser à l’imprévu la possibilité de survenir.

Le premier est signé Solveig Anspach, cinéaste dont on se souvient encore de l’entrée dans la carrière avec Haut Les Cœurs, film à la limite de l’autofiction sur la vie vraie d’une jeune femme atteinte d’un cancer. Solveig Anspach metteur en scène pugnace autant que discrète, attachée aux personnages de femmes fortes en dedans, comme Louise Michel la rebelle à qui elle consacra un film. Solveig Anspach enfin qui, ayant « pris goût à faire sourire les gens », eu la bonne idée de faire de nouveau appel à Didda Jonsdottir, hippie islandaise de caractère, actrice et personnage principal de Back Soon l’un de ses précédents films, pour la transplanter dans un Montreuil d’une bienheureuse tolérance. Le résultat c’est donc ce Queen Of Montreuil, comédie douce, en lévitation légère, comme si tout le monde était un peu, non pas à côté de ses baskets, mais légèrement au dessus, prenant une petite hauteur pour aborder un quotidien un peu grisouille - veuvage, éloignement forcé, chômage – avec le sourire quand même. De ce film où rien n’est a proprement parler extraordinaire, se dégage pourtant une poésie minuscule, faite de petits riens, d’idées de mise en scène ou de scénario un peu saugrenues. Une poésie en image et en sons qui finalement nous emporte.

D’autres « petits riens » sont aussi à l’œuvre dans Les Coquillettes de Sophie Letourneur, remarquée avec la Vie au Ranch, dans lequel déjà elle donnait à voir une sorte de « réalisme de la vie des filles » bien loin des canons de la féminité du cinéma majoritaire. Ici encore Letourneur et ses copines jouent sans y toucher des clichés « girly », pour finalement s’asseoir dessus. Par exemple en mangeant des « cup cake », nouvelles pâtisseries « trop tendance » des filles du Elle, tout en foutant des miettes partout, un peu comme des bonhommes boufferaient des chips… Et oui ces meufs là, lestées d’une grosse préoccupation mecs quand même, nous entretiennent de leurs règles, de leurs envies de faire caca, et mélangent à plaisir les genres en se mettant à chialer en regardant, au cinéma, une scène de baise un peu hardcore. Puisqu’il s’agit de retournement de situations, ici les types ont pris la place des potiches habituelles. Un peu poseurs, un peu mutiques, un peu passifs, ces joyeuses caricatures de la petite faune des festivaliers de cinéma, cette jet-set de la middle class parisienne, ressortent un peu débraillés des sollicitations contradictoires des personnages incarnés par Sophie Letourneur, Carole Le Page et Camille Genaud themselves. Un joyeux trio de nanas pour un film à leur image.

Ici et là, et par delà leurs diversités, ce que donnent finalmement à voir Les Coquillettes et Queen of Montreuil c’est l’émergence de nouvelles figures du féminin. Des figures échappant tant à la pulsion scopique masculine qu’aux impératifs militants des représentations féministes. De chouettes figures, loin de toute normalité, de toute banalité. Des figures véritablement singulières et qui nous font du bien.

Queen of Montreuil de Solveig Anspach. Avec Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir, Úlfur Ægisson. En salles le 20 mars.

Les Coquillettes de Sophie Letourneur. Avec Camille Genaud, Sophie Letourneur, Carole Le Page. En salles le 20 mars.

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