Accueil > Résistances | Par Benoît Borrits | 30 mai 2014

UPM : le cynisme d’un géant

À la suite du refus du groupe UPM de céder aux salariés la papeterie de Docelles dans les Vosges, ceux-ci organisaient ce samedi 24 mai une journée portes ouvertes pour populariser leur projet de SCOP. À la clé, plus d’une centaine d’emplois dans une région industriellement sinistrée.

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Samedi 24 mai 2014, les salariés de la papeterie de Docelles dans les Vosges organisaient une journée portes ouvertes afin de protester contre la fin de non-recevoir opposée par le groupe finlandais UPM à leur volonté de racheter le site pour un montant raisonnable. Dès 9 heures, de nombreuses personnes se présentaient à l’entrée de l’usine, beaucoup de maires des environs qui portaient ostensiblement leur écharpe tricolore. Les salariés, gilets de sécurité fluorescents avec le logo UPM soigneusement barré d’un ruban adhésif, emmenaient les visiteurs par groupe de vingt pour faire un tour complet de l’usine. Deux objectifs : faire connaître leur métier et surtout engager la discussion avec la population autour de leur projet de SCOP.

160 emplois dans le projet de SCOP

Pour mémoire, le groupe UPM avait annoncé en décembre 2013 sa volonté de fermer l’usine détruisant ainsi 161 emplois. Les salariés ont alors développé un projet de maintien de l’entreprise avec reprise sous forme de SCOP. Ce projet se concentrait sur la fabrication de papiers d’emballage alimentaire et de papiers spéciaux destinés à la digigraphie, marchés qu’UPM avait choisi de ne pas aborder (lire "Papeterie de Docelles : le capital contre la SCOP et les emplois"). Ce groupe abandonne progressivement le papier, marché globalement déclinant, pour se repositionner sur l’énergie en provenance du bois.

Tout semble aller pour le mieux pour le projet de SCOP : celui-ci est soutenu par les pouvoirs publics ainsi que le mouvement coopératif. Il prévoyait 110 emplois au démarrage, qui devaient évoluer vers 160 à l’horizon de deux ans. L’énorme fonds de roulement de 12 millions d’euros nécessaire au démarrage du projet est financé par des banques. Il suffisait qu’UPM cède le site. Au départ, le groupe laisse entendre qu’il est prêt à laisser le site à la SCOP pour l’euro symbolique, se ravise ensuite en demandant une offre aux salariés. Ceux-ci en proposent 3 millions, dont ils ont trouvé le financement. UPM annonce qu’il en attend 12 millions. Le projet semble bloqué.

« Nous avons eu affaire à un mur »

Le 12 mai 2014, Nicolas Prévot, délégué syndical CFE-CGC et Richard Jeanpierre, salarié de la R&D, se rendent à Munich pour rencontrer le numéro deux du groupe, Kari Stahlberg. Les salariés font savoir qu’en cas de refus de cession du site, ils s’estimeront floués et entendent contester leurs licenciements aux prud’hommes. L’équation semble simple. Ou le groupe encaisse trois millions et la séparation est actée, ou il s’entête et ce seront probablement quelques dizaines de millions d’euros qu’il va falloir verser en dédommagement. « Nous avons eu affaire à un mur, indique Richard Jeanpierre. Ils se sont même offert le luxe de nous dire que le prix était de douze millions et que, parce que c’était nous, ils nous le laisseraient à dix ».

Officiellement, cela faisait plusieurs années que le groupe cherchait à vendre le site. Une offre s’est présentée dans le passé, très largement inférieure au prix de trois millions. Le groupe avait déjà refusé. Il semblerait que la seule motivation du groupe soit de ne pas maintenir de capacités de production excédentaires en Europe, quitte à laisser un désert industriel et même perdre quelques dizaines de millions d’euros – ce qui reste une paille pour une société qui a généré 683 millions d’euros de bénéfices, en hausse de 23% sur 2013 alors que son chiffre d’affaires baissait de 4% sur la même période.

Vers l’abandon de l’usine

Parmi les participants de cette journée, le maire de Docelles, Christian Tarantola était présent. « Tous les maires de notre canton – Bruyères – et nombre de ceux des cantons voisins de Brouvailles et Remiremont ont fait le déplacement en solidarité avec les salariés. Je représente aussi le président Poncelet du Conseil général des Vosges qui nous soutient et n’a pu venir », explique-t-il. Ceci nous montre à quel point ce projet est consensuel et soutenu par l’ensemble de la population locale. La seule chose qui empêche que celui-ci se réalise : l’impossibilité pour les salariés d’acquérir l’usine alors même que celle-ci sera abandonnée.

Nous sommes là au cœur de la problématique de la défunte loi Florange : l’obligation pour les entreprises désirant fermer un site industriel de rechercher un repreneur afin de préserver les emplois. Sans loi Florange, que faire ? Nous laisserons le mot de la fin à Chistian Tarantola, le maire de Docelles : « L’État devrait réquisitionner le site pour préserver l’emploi. Franchement, que risque-t-on à le faire ? »

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