Accueil > Société | Par Jérôme Latta | 7 mai 2014

Violences conjugales : les données flatteuses des ministères

En présentant une baisse des meurtres de femmes par leur conjoint seulement pour l’année 2013, Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve s’en attribuent implicitement le mérite. Le sujet méritait mieux.

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C’est une des informations du jour. Moins la publication des chiffres elle-même que ce qui est présenté comme leur principal enseignement : une baisse sensible du nombre de femmes tuées par leur conjoint en 2013 (121) par rapport à 2012 (148), annoncée par les ministères de l’Intérieur et des Droits des femmes. Dans leur très grande majorité, les reprises médiatiques s’en sont tenues aux données fournies par le communiqué signé par Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve.

Toutefois, en ces temps de fact checking, ces informations paraissent à la fois lacunaires et un peu hâtivement utilisées pour conclure, comme les ministres, à une « tendance à la baisse ». Le nombre de faits enregistrés est en effet trop faible pour constituer une série statistique suffisante : il ne s’agit pas de phénomènes massifs, aussi tragiques soient-ils, et leur variation d’une année à l’autre ne peut être significative d’une "tendance". On peut même ajouter que si la période de l’année calendaire nous semble naturelle, elle peut masquer des variations différentes sur douze mois calés autrement. Il n’est ainsi légitime de diagnostiquer une tendance à la baisse que sur une période plus longue. Or, les données antérieures sont disponibles puisque l’étude existe depuis 2007…

Reportées sur le graphique ci-dessus, elles vont plutôt dans le sens de cette diminution régulière des meurtres de femmes par leur conjoint, malgré un comportement en dents de scie (voir la courbe de tendance en noir) – là où, en revanche, le nombre d’hommes tués par leur conjointe connaît très peu de variations.

Le choix du gouvernement de ne pas remonter au-delà de 2012 peut s’expliquer, d’une part, par le fait que le chiffre de 2013 est le même que celui de 2011, d’autre part par la volonté de s’attribuer le mérite de cette baisse.

Au lieu de quoi, le communiqué insiste sur le quatrième Plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes lancé le 22 novembre dernier. Si ce plan est bien inspiré de « doubler les moyens spécifiques consacrés aux violences faites aux femmes (66 millions d’euros de 2014 à 2016) », il est dommage que, pour répondre à ce qui apparaît comme des objectifs de communication visant à valoriser l’action ministérielle, les informations sur un sujet aussi grave soient présentées de façon parcellaire, voire partiale. En mettant une certaine mauvaise foi méthodologique au service de la com’ gouvernementale.

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  • Petit complément d’information qui me paraît important : la grande majorité des hommes tués par leur conjointe le sont dans une situation ou celle-ci est en état de légitime défense.

    Lucie Le 8 mai 2014 à 14:29
       
    • oui et ce n’est pas anodin, il faudrait séparer les cas de légitime défense des cas d’agressions relevant de violences caractérisées de femmes envers leurs conjoints pour pouvoir donner une réelle signification aux "statistiques".

      bibiane Le 10 mai 2014 à 16:53
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