Accueil | Par Fabien Perrier | 15 avril 2018

Asaf Avidan : musique d’une intimité

Dans son dernier album, le chanteur et compositeur Asaf Avidan revient sur ses maladies d’amour avec sa voix androgyne mâtinée de folk. Un bijou musical.

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« The study on falling » (L’étude d’une chute) : tel est le titre de l’album d’Asaf Avidan, le troisième en solo de ce singer-songwriter (chanteur-compositeur) — également guitariste et harmoniciste — originaire d’Israël, le sixième album en comptant ceux produits avec le groupe les Mojos, une formation folk-rock avec son frère et ses amis d’enfance, dans lequel il jouait précédemment.

Ce qui frappe, d’abord, c’est la voix, au timbre particulier, qui semble transpercer toutes les classifications habituelles. Androgyne reste peut-être la seule façon de la qualifier.

Elle est savamment mise en valeur sur les onze morceaux de l’opus aux accents folk dépouillé, aux mélodies bien léchées. Ils sont été enregistrés en Californie, à Los Angeles, avec la complicité de Mark Howard (réalisateur, entre autres, d’albums de Bob Dylan ou de Tom Waits), celle de la crème des musiciens américains comme Jim Keltner qui a joué de la batterie John Lennon ou Elvis Presley, et Larry Taylor, bassiste de The Monkeys ou de Jerry Lee Louis.

Songwriter, Asaf Avidan l’est assurément. Il a composé ses chansons au gré de ses pérégrinations à Hawaii, Tel-Aviv, Los Angeles, Berlin....

Mais quels sont, en fait, les thèmes de cette chute étudiée en musique ? Le songwriter s’inspire des thèmes qui forment son quotidien. Aux premiers rangs desquels l’amour encore possible que chante Asaf Avidan. C’est d’ailleurs l’amour qui l’a décidé à se lancer dans la musique, il y a dix ans, après une rupture sentimentale.

Aujourd’hui, vainqueur d’un lymphome contracté à 21 ans, il continue à chanter l’amour, y compris sous des formes moins conventionnelles, allant jusqu’à évoquer la relation triangulaire qu’il a récemment vécue. Ainsi, dans les notes de pochette du disque, il remercie Green et Blue, noms de code donnés à ces deux femmes pour qui il a partagé son cœur dans cette période de sa vie où il s’est ouvert à une autre conception de l’amour et des relations sentimentales. Ça n’était pas lié à une quelconque forme de courage mais résultait plutôt de l’échec des autres options, confie-t-il.

« Quand ça a fonctionné, c’était paradisiaque, et lorsque ça ne l’a pas fait, on a eu l’impression d’être étouffés par nos propres démons ».

En matière de songwriter, c’est d’ailleurs là que s’arrête l’engagement de celui qui se dit inspiré par Bob Dylan et Leonard Cohen. Renvoyé de l’armée après dix mois de tentatives pour rentrer dans le moule, il ne veut plus, aujourd’hui, s’exprimer sur la politique de son pays natal. L’explication ? « Les gens réagissent aux émotions de la même façon. La nationalité, la religion, ce ne sont que des frontières imaginaires que nous avons construites pour se donner du sens. Moi, je m’efforce d’effacer ces frontières et d’atteindre ce qui constitue le cœur universel de l’humanité. »

A chacun, donc, de prendre dans les textes ce qui bon lui semble et de se forger ses convictions. Un point de vue qu’il a d’ailleurs longuement détaillé [au Monde, suite à une polémique déclenchée par ses propos->http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/03/17/asaf-avidan-je-ne-suis-pas-israelien-je-suis-d-israel_4595482_3218.html. Aujourd’hui, il ne vit d’ailleurs plus en Israël. Récemment, il s’est installé dans la campagne italienne, au vert, loin des grandes villes.

Histoire de guérir de ces maladies d’amour ? Son album montre en tout cas qu’il semble se relever des épreuves.

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