Accueil | Par Catherine Tricot | 3 novembre 2018

Il n’est pas encore trop tard pour aller voir « Un peuple et son roi »

Vous ne savez pas comment occuper votre weekend ? Il n’est pas encore tout à fait trop tard, alors courez voir "Un peuple et son roi" en salle. Ou comment un peuple se défait de sa dévotion pour son roi.

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Le film s’ouvre par une scène magnifique : chaque jeudi saint, le roi lave les pieds d’enfants pauvres. Une dizaine d’entre eux, en robe rouge (pieds pas trop sales), sont présentés au roi qui les asperge d’eau tout en répétant qu’il n’est pas là pour « être servi mais pour servir ». Un des enfants dira « un jour j’aurai des sabots », laissant le roi totalement incrédule. L’histoire commence.

 

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Elle se situe principalement au cœur d’une famille du faubourg Saint-Antoine, au pied de la Bastille. La communauté est organisée autour de l’oncle, artisan souffleur de verre. Tous vont prendre part à la Révolution. Dans la suite haletante d’événements et de combats, une conscience va naître. C’est elle que le réalisateur Pierre Schoeller - qui a également réalisé "L’Exercice de l’Etat" - va saisir. On voit les femmes aller chercher la protection du roi à Versailles, puis vouloir le préserver de cette cour ignoble et le ramener à Paris. On ne croit pas à sa trahison jusqu’à sa fuite. On se demande s’il ne faudrait pas alors se choisir un autre roi. Françoise a beau être parmi les plus radicales en faveur de la liberté et de la Révolution, elle cache précieusement un mouchoir abandonné par la Reine. Son Basil aussi est courageux dans le combat mais il est bouleversé que le roi ait apposé sa main sur sa tête. La famille pétitionnera pour la République et la mort du roi… sauf une femme qui posera cette question angoissée « qui lavera les pieds des pauvres le jeudi saint ? ». Ensemble ils vont inventer, pas à pas, un monde sans roi.

L’ouvrier souffleur et sa famille vont assister avec passion aux débats de l’Assemblée constituante. Comment ne pas reproduire un pouvoir de tyran ? Les arguments échangés sont de haute volée, aujourd’hui encore. Le citoyen Marat (magnifiquement interprété par Denis Lavant) tient ici une place de premier plan. Il plaide pour le despote républicain qui maîtrisera la foule et sa violence. « Il est fou mais sans lui, la révolution manquerait de sel », dira l’oncle. L’autre figure qui émerge progressivement de cette assemblée est celle de Robespierre. A l’inverse de Marat, il est posé et n’enflamme pas les foules. Sa raison est contre le vote censitaire et contre la peine de mort. Il votera la mort du roi.

Pour qui aime la politique ce film est un puits de réflexion. Pour qui aime l’histoire aussi. On y voit enfin les femmes actives, jouant le premiers rôles… mais privées de paroles dans l’assemblée. Si elles sont accueillies dans le club des cordeliers c’est surtout parce qu’elles sont de "jolies femmes". On y voit une vie de promiscuité, un Paris avant les berges empierrées de la Seine. On y voit la dureté des métiers, celui des lavandières, des souffleurs de verre, des faucheurs de blé. On y voit l’accouchement debout et la mort des nourrissons. Le film raconte la grande histoire mais ne se moque pas de l’histoire quotidienne.

Enfin, ce film vaut pour ses acteurs, vraiment tous formidables. Olivier Gourmet plante un superbe souffleur de verre, aristocratie populaire de ce temps. Adèle Haenel est une Françoise obstinée et intelligente. Louis XVI est remarquablement interprétée par Laurent Lafitte. Le film parvient à tous les faire vivre dans le tumulte, derrière une caméra qui reste posée sauf quand elle ose de courtes mais frappantes scènes oniriques.

Il reste encore des salles qui projette "Un peuple et son roi". Allez-y !

 

Catherine Tricot

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