Accueil | Par Fabien Perrier | 8 avril 2018

Sofiane Saïdi, le raï et ses 1001 sonorités

Il n’y a pas que le rail qui vaille ! Parce que le raï a aussi son mot à dire... Genre musical souvent considéré à tort comme dépassé, il semble aujourd’hui retrouver un peu de sa superbe. En témoigne le dernier album de Sofiane Saïdi, véritable bijou de mélanges d’histoires politiques et mélodiques.

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Au pays des 1001 voluptés, Sofiane Saïdi, accompagné du groupe Mazalda, bande de musiciens lyonnais, trace sa voix. Lactée selon son titre, « El Ndjoum » (Les étoiles). Elle est plutôt du genre grave, âpre, qui en impose aux oreilles et qui laisse percevoir que le bonhomme a carburé aux cigarettes et boissons alcoolisées plus qu’il n’a biberonné. Ce genre de voix qui contribue à ce que, quand les neuf morceaux de l’opus se sont déroulés, une évidence apparaît : le raï est ressuscité.

Depuis les années 2000, le style musical venu d’Algérie, semblait avoir disparu des platines tournant le dos aux années 90. A cette époque, Khaled, Cheb Mami, Cheb Hasni ou encore Rachid Taha, conquièrent les ondes et les salles de concert de l’Hexagone. En 1992, quand « Didi » se hisse au sommet du « Top 50 », l’Algérie sombre dans la violence islamiste ; en France, le raï résiste même si, avec l’assassinat de Cheb Hasni en 1994, les terroristes démontrent une fois de plus qu’ils ont la culture comme cible. Malgré tout, « pendant la décennie noire, des chanteurs ont osé ; ils ont continué à se produire de façon underground dans des cabarets », se souvient Sofiane Saïdi.

Pas étonnant, alors que le chanteur confie, à Regards : « Ce n’est pas moi qui ai choisi le raï, c’est lui qui m’a choisi ! » Underground : l’image semble convenir à celui qui est arrivé de Sidi Bel Abbès à Paris pendant les années noires algériennes.

Le raï est de retour

Sur Gasbah Trinsiti (La Gasbah et l’électricité), il chante :

J’attends ton retour je ne dors pas,
Je picole je me drogue jusqu’au petit matin
Je deviens fou
Je veux partir à Sidi bel Abbès voir ma mère
Chauffeur de Taxi, parle-moi de l’Algérie
Mets-moi de la Gasbah !

Dans La classe Fi Las Vegas (La classe à Las Vegas), il dépeint un chauffeur de taxi « clandestin, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas de licence de taxi mais qui véhicule quand même des clients », souligne-t-il. Il poursuit : « je l’ai rencontré à Sidi bel Abbès, c’est un personnage attachant et drôle. Dans sa voiture, avec la moumoute sur le volant, on a l’impression d’être à Las Vegas ».

Ou encore, dans la chanson à 3 voix, façon groove, intitulée Yadra ? (Quoi de neuf ?), il évoque l’exil des jeunes :

Chez moi, je suis exilé.
Ils mentent.
Ils se sont acharnés sur leur pays.
La beauté leur fait peur.
Es-tu mariée ?
M’as-tu oublié ?
Ils ont empêché notre amour, pardonne-moi.

« C’est la seule chanson dont le texte est véritablement engagé », livre le chanteur qui est aussi l’auteur des paroles. Et d’ajouter : « j’y parle de ceux qui se sont exilés par la force des choses, de ces gens qui se sont perdus, de ces grands professeurs algériens qui sont devenus surveillants. D’un pays qui s’est vidé de sa matière grise.... »

Le raï comme fusion des genres et des récits

Sa musique est-elle, alors, une description de l’Algérie d’aujourd’hui ? « Ma source d’inspiration s’est déplacée, répond Sofiane Saidi. Elle puise dans ma mémoire, dans ce que j’ai en tête, dans ce que j’ai vécu en Algérie jusqu’à mes 17 ans. » Le sourire point sur ses lèvres. « A l’époque où j’ai commencé à chanter, le raï n’était pas encore très connu en Algérie. Cette musique et ses paroles sans frontières circulaient moins que les musiques officielles comme le chaâbi », poursuit l’artiste, se souvenant que cette musique n’abordait jamais « l’amour, l’alcool, le sexe, la vie. »

Jusqu’à ce que, dans les années 70, différents artistes mêlent ces thèmes jusqu’alors non abordés en musique, aux airs judéo-arabes, à la chanson bédouine. De cette fusion est né le raï ; de cette vie naissent les chansons du nouveau disque de Sofiane Saidi. Aux côtés de Mazalda, son raï côtoie le hip hop, l’électro, le jazz, le funk, le Mbalax sénégalais.

L’amour, le quotidien, les rencontres, le sexe, l’alcool... Avec Sofiane Saidi, tous ces thèmes sont mêlés, mélangés, fusionnés. Bref, le raï renait avec ses 1001 sonorités.

Retrouvez Sofiane Saïdi sur http://sofianesaidi.com
Et le groupe Mazalda sur www.mazalda.net

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