• | 23 octobre 2014 |
  • Contact
  • S'abonner aux flux RSS de Regards
  • Suivre Regards sur Twitter
  • S'abonner à la page Facebook de Regards

Trimestriel

Découvrez le sommaire du numéro d’Automne...  
Liste points de vente
Si vous avez choisi le prélèvement bancaire comme moyen de paiement, Regards vous informe que vos prélèvements seront effectués prochainement au format SEPA.
Regards - Automne 2014

 

Accueil du site > Culture

L’esprit de mai - Entretien avec Jean-Henri Roger

Par Juliette Cerf| 1er novembre 2005
 
  • Réagir
  • Version imprimable de cet article Version imprimable
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail

« Notre génération a très peu transmis, par méfiance des modèles »

Jean-Henri Roger a réalisé, il y a quelques mois, Code 68. Produit par Robert Guédiguian, le film raconte l’histoire d’une jeune femme de trente ans qui veut faire un film sur Mai 68. Un personnage campé par la réalisatrice Judith Cahen. Entretien.

Dans Code 68, c’est le rapport entre l’intime et le politique qui intéresse Anne Buridan. La force du film de Garrel réside aussi dans ce lien. Aimez-vous son dernier film ? Jean-Henri Roger. Oui, je le trouve très beau, poétique et non factuel. Ce grand poème mélancolique raconte l’histoire de Philippe Garrel. En 68, il avait déjà réalisé des films importants, il n’était pas vraiment du côté des militants. Les Amants réguliers parle du moment où la question semble résolue pour lui : il occupe une position d’artiste mais d’un artiste qui ne serait pas tout seul dans son camp. Cette vision générationnelle de 68, seuls Eustache et Garrel pouvaient la donner. Pour moi, La Maman et la Putain est l’un des plus beaux films sur 68 alors qu’il n’en parle jamais. C’est aussi une partie de mon vécu. A l’époque, j’étais assistant de Godard. Je n’ai pas vécu les choses comme Garrel, mais je ressens une grande proximité avec lui, ne serait-ce que dans l’envie, une fois la cinquantaine passée, de revenir sur son adolescence... Garrel parle de lui mais avec générosité. En parlant de lui, il parle des autres ; il n’a rien d’un cinéaste égocentrique.

Quel a été le point de départ de Code 68 ?

Jean-Henri Roger. La grande offensive contre Mai 68, censé avoir suscité tous les maux de la société, m’a mis très en colère. Je ne voulais pas faire un film du point de vue de ma génération mais poser la question de la transmission à partir d’un personnage de 30 ans dont l’imaginaire de l’époque était donc en partie façonné par le cinéma. Une des idées organiques du film était qu’il contienne des extraits d’autres films. J’ai hésité à utiliser des images documentaires mais j’ai vite opté pour des fictions car La Chinoise, Une chambre en ville, etc., racontent davantage ce qui se passait à l’époque que les images d’archives. Je suis sûr que le cinéma militant, auquel j’ai participé, dit aujourd’hui moins de choses sur Mai 68 que d’autres films qui n’étaient pas militants. La vraie image qui nous reste, c’est le plan-séquence de la reprise des usines Wonder qui a été retravaillé comme une fiction par Hervé Le Roux. Ce plan-séquence si particulier réunit toutes les contradictions qui ont agité Mai 68 : la révolte ouvrière, le PC, les patrons, les étudiants gauchistes, les contremaîtres.

Quel a été, selon vous, l’impact de Mai 68 sur le cinéma français ?

Jean-Henri Roger. Mai 68 a clivé le cinéma français : des débats intenses en sont sortis. Quels films faire ? Comment les produire ? L’exacerbation de la radicalité de Godard vient de là. Pour moi, Godard ressemble à l’ouvrière des usines Wonder : il décide de ne plus rentrer à l’usine, de ne plus faire de films comme avant. La grande idée de 68, c’est : du passé, faisons table rase. C’est le courage d’avoir remis en cause tout ce avec quoi on vivait : et souvent pas si mal. Il faut voir qui était alors Godard : un cinéaste de référence dans le monde entier. Juste avant 68, il réalise La Chinoise dans le cadre d’un système de production qui acceptait sa radicalité. Et là, il dit, « même ça, je ne le ferai plus ». Mai 68 a vraiment posé le problème de la représentation, d’où la référence au cinéaste Dziga Vertov : puisque la caméra reproduit la perspective du Quattrocento, elle reproduit la vision du monde de la bourgeoisie. Ça paraît dingue, mais de vraies questions sont nées de là. Ce n’est pas un hasard si c’est à ce moment-là que Godard et Truffaut s’engueulent. Le prétexte, c’est La Nuit américaine, mais le fond, c’est cette position différente par rapport aux questions posées par Mai à la représentation. Godard incarne le pôle radical, mais Doinel incarne aussi Mai 68. Léaud est l’acteur de notre génération. Le corps de Léaud, c’est 68.

Votre film est obsédé par la transmission ?

Jean-Henri Roger. Notre génération a très peu transmis mais pas pour de mauvaises raisons, je crois. Par méfiance des modèles, des héros, de la mythologie justement. 68, c’est toute une génération qui remet en cause les modèles qui l’ont précédée. Mais il y a une espèce de « lapsus » : notre imaginaire de militants était issu des révolutions du XIXe siècle (Commune, barricades, Jules Vallès, etc.) et, en réalité, on participait à foutre en l’air cette symbolique-là, à notre corps défendant, alors même qu’on pensait porter ces modèles au plus haut point. La fin du processus historique qui a commencé en mai 68, c’est la chute du mur de Berlin, la fin du lien social qui fonctionnait depuis le XIXe : le travail et le capital, chacun cogérant la société dans des affrontements. Que peut-on transmettre de cela ? L’idée que chaque génération avance en remettant en cause le modèle précédent. Le drame, c’est que ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu d’expérience générationnelle.

/*Ancien assistant de Godard, il a participé au groupe Dziga Vertov et été membre, entre 1970 et 1974, du collectif militant Cinélutte./


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

e-mensuel
Octobre
picto Abonnez-vous ! Soutenez-nous !

S’abonner pour faire vivre Regards

Regards, c’est un trimestriel papier, un e-mensuel et un site Internet.

En vous abonnant à Regards, vous recevez une revue de 150 pages, vous téléchargez notre mensuel numérique et vous accédez gratuitement aux archives du site.

Soutenez une autre vision de la politique et du débat d’idées, et rendez possible un média différent qui fait vivre des journalistes salariés, des pigistes, des photographes, des illustrateurs...

Qui sommes nous ?