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Maggie cool

Par Thomas Bauder| 22 février 2012
 
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Alors que l’ultralibéralisation du monde de la finance ne cesse de ravager les économies nationales en Europe, le Royaume-Uni semble ces derniers temps succomber à une étrange « Margaretmania ». Une nostalgie oublieuse tant de la violence politique de l’unique femme Premier ministre en Grande-Bretagne que de la destruction de l’ensemble du modèle social d’après-guerre. Alors que le pays débat de la pertinence de lui accorder des funérailles nationales (ou pas), sort sur les écrans anglais, français et européens un biopic sur la Dame de fer.

« I want my money back ! » Tout le monde, de ce côté-ci du channel se souvient de cette formule, par laquelle Margaret Thatcher avait imposé à la communauté européenne un certain nombre de mesures budgétaires dérogatoires en faveur du Royaume-Uni.

Si l’expression reste autant attachée à l’ex-Premier ministre britannique, c’est aussi parce que, par-delà les considérations purement économiques, elle exprimait particulièrement bien le caractère de boutiquier autoritaire de son auteure… Que penser alors de l’absence de cette fameuse réplique thatchérienne au sein de The Iron Lady (La Dame de fer), film biographique sur la première femme occidentale chef de gouvernement, qui sort ce mois-ci ? Tout bonnement que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, The Iron Lady fait tout pour éviter de porter un regard critique et/ou politique sur son sujet !

À l’instar du Discours d’un roi, hagiographie monarchiste sortie l’an passé, mettant en scène l’incroyable pseudo-courage de Georges V à surmonter son bégaiement – et dont le propos sous-jacent consistait à faire croire que sans cela Hitler eut pu l’emporter – mais aussi à la façon de La Conquête, opus cinématographique, assez boulevardier finalement, reliant l’ascension présidentielle à la chute sentimentale de Nicolas Sarkozy, The Iron Lady prend le parti de la justification psychologique comme moyen d’éclaircissement, et donc malheureusement aussi de justification, des décisions politiques des uns et des autres. La brutalité avec laquelle Margaret Thatcher mît en œuvre sa politique apparaît dans ce film comme la conséquence simple d’un caractère un peu affirmé…

On comprend alors assez mal que les héritiers Thatcher se plaignent d’irrespect envers l’ex-boss de Grande-Bretagne, au point de crier au scandale, tant la réalisatrice Phyllidia Lloyd – responsable par ailleurs d’une mise à l’écran des aventures extraordinairement kitsch du groupe Abba – mais aussi la scénariste Abi Morgan, qu’on a connue récemment plus inspirée sur le script de Shame réalisé par le plasticien Steve Mac Queen, s’avèrent clémentes envers leur personnage principal.

Certes, Margaret Thatcher, MT comme l’appellent affectueusement ses proches à l’écran, 87 ans aux prunes, souffrant d’alzheimer, n’apparaît pas comme étant aussi « juicy » que par le passé. Tantôt Mamie Nova, victime d’hallucinations qui la font converser avec son mari décédé, tantôt Tatie Danielle tentant, tant bien que mal, de gérer son penchant certain pour la gnôle, la vieille, régulièrement en mode parano, débloque le plus clair du temps. Un choix de scénario qui la rend finalement plutôt sympa, et qui permet de justifier autant de fois que nécessaire les flashbacks des petits et grands événements de sa vie personnelle et politique… À cet égard, la présence aux côtés de Meryl Streep, tout de même scotchante en mode Thatcher, de la « funny face » de Jim Broadbent, rendrait cette miss Maggie-là un peu plus soft encore. Une Maggie cool, donc, malgré ce qui est présenté comme des dégâts collatéraux d’un choix de redressement économique et politique. Les mineurs en lutte contre les fermetures de puits ? Dix secondes d’archives accompagnées d’un titre punkrock  ! Bobby Sands et les grévistes de la faim irlandais ? Idem. Par contre l’attentat du Grand Hôtel de Brighton, dont Thatcher était la cible, bénéficie d’une reconstitution hyperréaliste.

Finalement, plus que nous éclairer sur le règne de Thatcher en Grande- Bretagne et les conséquences dramatiques de sa politique néoconservatrice, The Iron Lady nous offre un miroir dans lequel pourraient se refléter toutes les Dames de Fer politiques ! Car ce qui ressort du personnage du film, c’est sa capacité à utiliser systématiquement, sans craindre ni la mauvaise foi ni le cynisme, tant l’argument féministe face à tous ceux, masculins forcément, qui s’opposent aux décisions de la cheftaine, que du statut de mère courage compatissante, (comme lors de la guerre des Malouines), ou encore de la disqualification des états-majors politiques au motif de ne pas connaître le prix du beurre ou de la margarine…

Arrivé alors à ce point de notre réflexion, on songe avec frayeur à la possibilité, révélée par le film, que Margaret Thatcher ait pu avoir servi de modèle, non pas tant à Angela Merkel ou à Nadine Morano… qu’à Ségolène Royal, par exemple ! Il ne manquerait plus que ce The Iron Lady, très sentimental et bien peu politique, ne soit le déclencheur de quelques vocations pour qu’il faille le passer alors de la catégorie des biopics à celles des films d’épouvante.


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    en salles.