Accueil > Monde | Par Philippe Marlière | 5 février 2016

Jeremy Corbyn : premier bilan et perspectives

Élu à la tête du Parti travailliste après avoir fait le pari d’un positionnement clairement à gauche, Jeremy Corbyn reste isolé dans son propre camp. Mais un rapprochement avec la gauche anti-austéritaire pourrait amorcer une dynamique européenne.

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En devenant leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn a contredit l’idée selon laquelle les partis sociaux-démocrates européens ne peuvent être dirigés que par des centristes dont les politiques confortent le néolibéralisme et l’austérité. Corbyn est à la tête d’un des plus grands partis sociaux-démocrates européens (près de 400.000 adhérents directs ; 600.000 en comptant les adhésions indirectes des syndicats). Son élection laisse-t-elle entrevoir le retour d’une social-démocratie sociale ? Son leadership favorisera-t-il l’émergence d’une dynamique politique commune au sein de la gauche européenne ?

Retour à gauche

La victoire de Corbyn, en septembre 2015, est le fruit d’une conjoncture politique particulière. La base militante et les sympathisants (le Parti travailliste organisait sa première "primaire ouverte") se sont rebellés contre l’aile droite blairiste qui expliquait qu’Ed Miliband avait perdu l’élection pour avoir été "trop à gauche", notamment sur les questions économiques. Corbyn fut le seul candidat à affirmer que son parti avait été trop timoré, et n’avait proposé qu’une version light des politiques d’austérité conservatrices. Le SNP a en effet écrasé le Parti travailliste en Écosse car il a été le seul à défendre un programme qui s’écartait en partie de l’orthodoxie austéritaire.

Le mouvement citoyen qui a porté Jeremy Corbyn à la direction du Parti travailliste est officieusement né le 10 novembre 2010 : ce jour-là, des étudiants occupèrent le siège du Parti conservateur pour protester contre le triplement du montant des frais d’inscription. Cette jeunesse politisée et radicalisée – une anti-génération Thatcher des années 90 – s’est retrouvée cinq années plus tard derrière le candidat Corbyn.

Son discours contre l’austérité, pour le désarmement nucléaire, la renationalisation des chemins de fer, le contrôle démocratique des sources d’énergie, la santé publique, la formation continue, les soins de l’enfant, ont galvanisé des électeurs de gauche désorientés par des décennies de recentrage à droite.

Isolé dans son parti et dans l’opinion

Le premier bilan du "corbynisme" est contrasté : la base militante reste, dans une large majorité, satisfaite de son leader. En remettant au goût du jour un discours "socialiste", Corbyn a ragaillardi des militants désabusés par les années Blair-Brown. D’ex-militants qui avaient quitté le parti au moment de la guerre d’Irak sont revenus. La grande majorité des nouveaux adhérents sont des jeunes attirés, non par le parti, mais par Corbyn lui-même. Certains militent dans Momentum, un réseau hors-parti, qui a pour objectif de « continuer à faire vivre l’énergie et l’enthousiasme de la campagne de Jeremy Corbyn ».

Un sondage réalisé par YouGov, en novembre dernier, montre que 66% des adhérents estiment que Corbyn est un bon leader, mais seulement 30% des électeurs en général sont de cet avis. C’est là où le bât blesse. Plus impopulaire encore que Michael Foot dans les années 80, Jeremy Corbyn fait l’objet d’un rejet massif dans l’opinion, même si nombre de ses détracteurs reconnaissent qu’il a des "principes" et des "convictions".

Comment expliquer la contradiction entre le soutien public à un agenda de gauche anti-austéritaire et une cote de confiance aussi basse ? Le début de l’ère Corbyn a été chaotique. Ne s’attendant pas à être élu, le député d’Islington ne semblait pas prêt à assurer la fonction. Il doit certes faire face à des cadres hostiles et une presse de droite déchaînée. Mais cela n’explique pas tout : positionné sur la gauche de la soft left, Corbyn est isolé dans un parti dans lequel il avait jusqu’à présent joué un rôle marginal. Dans les premiers temps, Corbyn s’est égaré dans des combats symboliques et secondaires : refus de chanter l’hymne national dans une cérémonie officielle ; condamnation embrouillée des djihadistes de Daesh après la tuerie de Paris ; livre rouge de Mao brandi par John McDonnell au parlement (ministre des Finances dans le shadow cabinet et son plus proche allié) ou remaniement du shadow cabinet chaotique.

Une dynamique européenne ?

Jeremy Corbyn sera-t-il un allié utile aux sociaux-démocrates européens qui veulent rompre avec l’austérité ? Pour le moment, il semble privilégier le repli sur les questions nationales. Alors que la bataille sur le Brexit fait rage en Grande-Bretagne, Corbyn est resté jusqu’à présent en retrait. Comme l’aile gauche radicale du parti, il ne s’est rallié à l’idée d’intégration européenne que tardivement et par pragmatisme. Il s’opposera à la sortie de la Grande-Bretagne lors du référendum, mais la question européenne ne semble pas l’intéresser outre mesure.

Ce positionnement insulaire pourrait cependant évoluer si Corbyn prend conscience qu’il a tout à gagner d’un rapprochement avec la social-démocratie européenne. Des partis sociaux-démocrates pourraient prochainement se réorienter à gauche (Espagne, Allemagne, France). Corbyn aurait également l’autorité pour s’adresser à une partie de la gauche radicale européenne (Front de gauche, Podemos, Syriza).

Un front paneuropéen contre l’austérité emporterait l’adhésion militante et populaire. Jeremy Corbyn, européen tiède, pourrait être la figure de proue d’une dynamique commune au sein des mouvements sociaux et de la gauche européenne. Ce rassemblement serait d’une grande portée politique, mais aussi symbolique, car il pourrait redonner confiance à une gauche qui en est dépourvue.

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Vos réactions

  • Pourquoi ne parlez-vous pas de l’arrivée au pouvoir au Portugal d’une coalition de gauche ? c’est un fait qui semblerait aller dans le sens de cet article sur Jeremy Corbyn.

    Ellilou Le 5 février à 14:03
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  • Des partis sociaux-démocrates pourraient prochainement se réorienter à gauche (Espagne, Allemagne, France).

    j’en doute pour ce qui concerne le pays que je connais le mieux !

    jean-louis S Le 5 février à 17:30
       
    • c’est curieux, moi c’est pareil

      pdef12 Le 5 février à 22:34
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    • Si on parle du même, je vois plutôt une droitisation accélérée !

      edrobal Le 13 février à 16:56
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  • Toujours les mêmes illusions, devenues mortifères (= qui laissent le chemin libre aux fascistes), sur un capitalisme plaçant "l’humain d’abord". "Has been", rêverie "trente glorieuses", obsolète devant la crise dont nous n’avons encore rien vu.

    Saul Le 5 février à 19:31
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  • Philippe Marlière fait preuve d un optimisme à toute épreuve,notamment quand il affirme que "des partis socio-démocrates européens pourraient se réorienter à gauche".Pour appuyer son propos,il cite...l Allemagne,avec un SPD allié de Merkel,pour humilier la Grèce et rester inflexible sur la politique libérale austéritaire.Il cite aussi la France,avec un PS à 70% derrière Hollande/Valls/Macron,et 30% de pseudo frondeurs en coma dépassé,qui râlent pour la forme,sans jamais s opposer RÉELLEMENT aux solfériniens.
    Mais cet optimisme hors de propos a le mérite d apporter un peu de fraîcheur dans le lourd quotidien politique actuel.
    C est déjà ça....

    HLB Le 5 février à 20:19
       
    • Philippe Marlière fait preuve d un optimisme à toute épreuve,notamment quand il affirme que "des partis socio-démocrates européens pourraient se réorienter à gauche".

      cet optimisme hors de propos a le mérite d apporter un peu de fraîcheur (...)

      Un peu de fraîcheur ou beaucoup de brouillard ?

      Citoyen74 Le 21 février à 12:46
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  • Bonjour,

    Je suis surpris de ne pas lire un mot, dans cet article, de l’attitude haineuse adoptée par la presse britannique contre Corbyn, dès la campagne pour le leadership du Labour, mais surtout depuis son élection.

    Au delà de la presse tabloïd, propriété de la grande bourgeoisie réactionnaire et toujours en tête pour diffuser les idées les plus rétrogrades dans la société britannique, ce sont aussi les journaux réputés plus sérieux qui adoptent une couverture extrêmement partiale de l’actualité du Labour depuis l’élection de Corbyn.

    Il suffit de s’intéresser un peu à la presse anglaise (sans parler de la télévision) pour être consterné par la partialité des journalistes et éditorialistes, qui annoncent quotidiennement l’échec de Corbyn tout en donnant une couverture démesurée aux blairistes désireux de mettre en échec le retour du Labour vers la gauche.

    Ainsi, accorder trop de crédit à des sondages téléguidés pour causer du tord au Labour et à son leader est problématique au vu de l’absence dans ce papier d’une critique argumentée de l’attitude des médias bourgeois. De même, il parait étonnant dans une publication liée à la gauche radicale de ne pas rappeler quels sont les combats politiques menés depuis l’élection de Corbyn (et donc, sur quels sujets la droite de ce parti tente de faire trébucher sa nouvelle direction) : combat contre la guerre impérialiste, contre le nucléaire militaire, contre la suppression des crédits d’impôts aux ménages modestes (avec une petite victoire à la clé).

    Bref, même si ce papier contient des informations intéressantes et qu’il ne s’agit pas de dresser un panégyrique de Corbyn et de son entourage, je regrette qu’il reste finalement aussi loin des sujets politiques de fond d’une part et qu’il esquive la question de la violence politique que la bourgeoisie anglaise exerce pour tenter de retourner dans la situation de confort où le Labour défend ses intérêts au même titre que les conservateurs.

    Bastien MARCHINA Le 9 février à 13:57
       
    • La critique ne me parait pas meritee. Je dis les choses succintement (c’est un article court), mais tres clairement : " Il doit certes faire face à des cadres hostiles et une presse de droite déchaînée." Ceci dit, je souligne aussi que Corbyn a commis des erreurs strategiques et de fond sur le plan des combats a mener, comment les presenter au public et dans quel ordre de priorite. Corbyn a ete, jusqu’a present, un pietre stratege et, a certains moments, il a ete amateur aussi dans sa facon de gerer son leadership. Son opposition a Cameron est assez faible aussi. Il doit passer la vitesse superieure et vite. Cela n’enleve en rien le fait qu’on essaye de le faire trebucher par tous les moyens. Raison de plus pour ne pas preter le flanc a la critique inutilement. Sur les questions economiques et sociales essentielles, Corbyn commence a peine a articuler des propositions. Il n’a toujours rien a dire sur l’Europe ! S’il veut etre pris au serieux, ce devrait pourtant etre sa priorite. S’il rassure et convainc sur ces questions, il pourra en parallele developper un agenda societal plus "gauche radicale". Mais s’il se contente de faire cela, il va etre broye tres vite.

      Philippe Marliere Le 9 février à 16:14
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    • Ma critique a pour motif le fait que je ne pense pas que l’attitude qu’a adopté la presse et les médias britanniques à l’encontre de Corbyn soit marginale ou secondaire. Je pense qu’il faudrait mettre au centre des enseignements que nous apporte les premiers mois du nouveau leadership le fait que la bourgeoisie et ses médias sont prêts à faire preuve d’un esprit brutalement antidémocratique pour faire échouer quiconque s’oppose au compromis libéral et autoritaire en vigueur. Nous le constatons en France. C’est encore plus grossier au RU, surtout depuis l’élection de Corbyn.

      Le problème, en outre, est que la presse de droite n’est pas seule à l’assaut. Même la presse de gauche a adopté une attitude remarquablement hostile. La télévision a également adopté une couverture assez odieuse de la politique du Labour. Ainsi, la BBC, pourtant réputée plus impartiale que la plupart des télés d’État européennes, a t’elle mis en scène des oppositions internes au Labour dans le but de nuire à son leadership. (Tout ceci est similaire à l’hostilité à laquelle le FdG à toujours du faire face dans toute la presse, hormis dans l’Huma. Cette hostilité pèse lourd dans nos échecs. L’oublier nous amène souvent à des jugements trop sévères sur les uns et les autres)

      Je trouve de coup dommage d’accorder plus de place à des sondages d’opinion, dont nous devrions toujours prendre les affirmations avec beaucoup de prudence, qu’a l’attitude de la presse qui va jusqu’à inventer des problèmes lorsqu’elle n’en trouve pas (la polémique absurde pour savoir si Corbyn s’était suffisamment incliné devant la stèle en hommage aux vétérans, ou encore la polémique sur sa carte de vœux).

      De même, le contenu politique porté par la nouvelle direction Labour est largement inconnu en France. En particulier, les positions de la nouvelle direction du Labour sur les questions sécuritaires et sur la politique internationale ont un intérêt particulier pour nous en France. La controverse qu’elles suscitent au Royaume Uni est également très intéressante.

      Ces points ne constituent pas uniquement des éléments appartenant à la campagne qu’a mené Corbyn pour le leadership, mais sont au coeur du débat politique actuel, ce qui n’est pas négligeable, surtout vu depuis la France, où règne une atmosphère détestable de racisme et de bellicisme (pour des raisons bien compréhensibles, mais un mouvement anti-guerre conséquent pourrait nous faire un bien considérable dans le contexte)

      Pour les "erreurs stratégiques", je ne conteste pas qu’il y en ai eu, mais elles n’ont pas eu lieu hors-contexte. Lorsque des gens (journalistes, éditorialistes, ...) sont payés pour faire trébucher un homme politique, ils finissent toujours par déraper.

      On a vu le même genre de choses avec Mélenchon en France : sans l’exonérer de ses propres erreurs politiques (que je trouve de surcroit plus graves que celles de Corbyn à bien des égards), elles ne sont pas compréhensibles sans mettre en avant le traitement odieux que la presse, la radio et la télé ont réservé au Front de Gauche dans sont ensemble, donnant table ouverte à quiconque voulait critiquer, surtout si ce n’était pas constructif, tout en organisant le silence sur les questions que nous aurions collectivement voulu voir mettre en avant.

      Dans cette perspective, on peut aussi, je pense, mieux faire comprendre l’intérêt d’une campagne comme celle de Momentum - et plus largement, du travail mené par les soutiens du nouveau-nouveau Labour pour populariser leurs options politiques malgré des médias au service de la propagande pro-bourgeoisie.

      Bastien MARCHINA Le 9 février à 16:52
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  • Avec un article plus long, j’aurais pu detailler ces aspects, en dire plus, faire mieux, etc. OK. Mais tous ces elements soit-disant "manquants", sont, sans exception, mentionnes dans mon article, ne ce serait-ce que succintement. Dans une contribution tres courte, j’ai voulu montrer que Corbyn etait arme de bonnes intentions, qu’il devait faire face a l’hostilite des medias et de la plupart des cadres de son parti, mais qu’il avait aussi commis des erreurs de fond et de forme prejudiciables a son image et la portee de son action. C’est un article d’analyse critique et realiste, pas un panegyrique.

    Philippe Marliere Le 9 février à 17:05
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  • Au coeur mêmes de la bête (USA), les choses bouge, change, la jeunesse , les femmes et les minorité petit , petit commence a se détourner , non seulement des ces partis dit réformiste ou de gauche (parti démocrate, travailliste...), mais des idées, qui faisait la force du capitalisme. Ils sont dégouté , écoeuré, par ce capitalisme ou la plus grande majorité galère, et ou une minorité s’enrichit, s’empiffre. la dite "gauche", encore moins la vrai droite, ne remarque le déplacement tectonique des plaques en profondeur (ou ne veut pas le voir). les idées socialistes sont redécouverte, la religion critiqué, les combat pour les minorités, ou sociétaux , passe au second plan (racisme, féminisme, homo), la lutte de classe revient.
    Mais cela prendra du temps, et particulièrement , viré la fausse gauche du camp progressiste, la gauche dites réformiste néolibérale.
    Que cela soit en GB USA, France ou ailleurs, la vrai gauche est pour l’instant trop marginalisé, mais cela change, petit a petit.
    l’aggravation de la crise pour la majorité, des gens, va les obliger à bouger, se radicaliser. C’est ce qui fait le phénomène Sanders, ou Corbyn ....peut être mêmes que ces leaders seront déborder, par une base qui voudras aller plus loin. On en est pas encore là.

    bob Le 17 février à 12:08
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  • Suite...mon intervention est peut être un peu maladroite, rapide, mais il ne faut rien attendre , des médias(pour la quasi totalité aux mains des capitalistes), qui reflètent l’idéologie dominante ambiante ;ils font parti de l’élite, l’éthablissement. ils taperont a boulet rouges sur les candidats trop a " gauche", selon leur convenance. j’imagine , qu’il y a des anarchistes, communiste, trotkystes,écologistes...je pense qu’il n’attende rien de la presse.
    De plus qu’en on connait le vrai niveau de la presse en GB ; presse people en grande majorité , a part the guardian qui sauve l’honneur.Ils on le mêmes problème que nous, le 20 h, les médias visuel dominant, et j’en passe.

    bob Le 17 février à 14:01
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  • "Des partis sociaux-démocrates pourraient prochainement se réorienter à gauche (Espagne, Allemagne, France)".
    Derrière ce beau constat optimiste à souhait voir quelque peu lunaire , notre ami MARLIERE a peut être comme arrière pensée de justifier la position et celle des dirigeants d’ENSEMBLE d’aller avec le PS en suivant les apparatchiks du PC ?

    centuri Le 29 février à 15:34
       
    • "notre ami MARLIERE a peut être comme arrière pensée de justifier la position et celle des dirigeants d’ENSEMBLE d’aller avec le PS en suivant les apparatchiks du PC ?"
      Là, vous vous égarez : Ensemble ! était observateur dans ce rassemblement et vient de s’en retirer et lance un appel à tous les regroupements qui rejettent la direction du PS et son gouvernement pour se rencontrer.

      Papy Georges Le 18 mars à 18:26
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  • il en aura fallu du temps à C AUTAIN et aux dirigeants d’ENSEMBLE pour se retirer des primaire sentant enfin le fiasco venir et se retirer piteusement et observant surtout peut être à regret la dynamique qui pour me moment s’enclenche autour de la campagne JLM 2017 . Mieux vaut tard que jamais ; reste quand même à s’interroger sur ce type de pratique un peu opportuniste de ces représentants d’un mouvement qui mérite beaucoup mieux que les mouvements de crabe de ces porte-paroles

    centuri Le 18 mars à 20:15
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