Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 5 septembre 2019

Pour les décrocheurs de portraits de Macron, « la répression renforce notre détermination »

Marion Esnault est activiste ANV-COP21. Le 11 septembre prochain, elle sera devant un juge pour avoir décroché des portraits d’Emmanuel Macron dans des mairies. Une nouvelle étape dans la répression du mouvement pour le climat.

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Regards. Vous êtes une « décrocheuse ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Marion Esnault. Ça veut dire que j’ai participé au décrochage de deux portraits présidentiels, dans le cadre de la campagne « Décrochons Macron », le 28 février dernier dans les mairies des 3ème et 4ème arrondissements de Paris. Ça s’est passé comme prévu, dans un cadre non-violent, avec le calme qui caractérise nos modes d’action. On agit sans violence physique ou verbale, sans dégrader de matériel. L’objectif, c’est de dénoncer le vide de la politique climatique et sociale d’Emmanuel Macron. Décrocher son portrait symbolise aussi le décrochage de la France des accords de Paris. [1]

 

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Pour avoir décroché des portraits d’Emmanuel Macron, combien de personnes se retrouvent mise en examen ? De quoi vous accuse-t-on ? Que risquez-vous ? Quelles condamnations ont déjà été prononcées ?

Plus de 1000 activistes ont participé au décrochage des 128 portraits qui sont entre nos mains depuis le 21 février dernier. On est à 95 gardes à vue – à peu près 900 heures de garde à vue cumulées – et 57 personnes poursuivies dans 17 procès. C’est la première fois qu’on subit une telle répression. Et il n’y a pas eu de flagrant délit, à chaque fois on a été convoqué au commissariat et on s’y est présenté, car on assume ce que l’on fait. Le motif retenu contre nous, c’est vol en réunion. Pour certains, il y a des circonstances ajoutées, par exemple « vol en réunion avec ruse », puisque parfois pour pouvoir accéder à la salle des mariages il fallait imaginer un « tour de passe-passe ». Le vol en réunion, c’est maximum cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Il y a déjà eu trois procès à ce jour. Deux dont on connaît déjà le jugement et un qui a eu lieu le 2 septembre. Pour le premier à Bourg-en-Bresse, six prévenus accusés de vol en réunion avec ruse ont été condamnés à 500 euros d’amende avec sursis. Ça a été renvoyé devant la Cour d’appel puisque le procureur de la République ne se satisfaisait pas de ce jugement. Il s’acharne un peu. Il demandait 1000 euros d’amende. À Strasbourg, le procès concernait trois prévenus, et là c’est la relaxe.

« Ces dernières années, des écologistes qui ont été assignés à résidence pendant la COP21, il y a eu beaucoup de répression à Bure, la mort de Rémi Fraisse à Sivens. Mais pour ce qui est de la désobéissance civile, le mouvement climat n’a jamais été attaqué avec une telle ampleur. »

Personnellement, vous êtes convoquée le 11 septembre prochain, au Tribunal de Grande Instance de Paris, devant la 16ème chambre, celle qui traite, entre autres, des affaires terroristes. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Il y a un petit hasard du calendrier… Personnellement, ça fait cinq ans que je suis activiste dans le mouvement pour le climat. Après avoir participé à plusieurs actions de désobéissance civile, je savais que j’allais finir par être mise en garde à vue et convoquée devant un tribunal. Ces dernières années, il y a des écologistes qui ont été assignés à résidence pendant la COP21, il y a eu beaucoup de répression à Bure, la mort de Rémi Fraisse à Sivens. Mais pour ce qui est de la désobéissance civile, de mémoire, le mouvement climat n’a jamais été attaqué avec une telle ampleur. Mais cette répression renforce notre détermination.

Que pensez-vous du fait que le Bureau de lutte antiterroriste ait été saisi pour « s’occuper » de vous ?

On agit à visage découverts, on médiatise nos actions sur les réseaux sociaux, nos noms sont dans la presse…Donc que le Bureau de lutte antiterroriste soit saisi a été pour nous une surprise, mais c’est surtout une disproportion par rapport aux faits. Notre interprétation, c’est qu’en visant le gouvernement, on est devenu des opposants politiques, et donc de grands moyens ont été employés pour nous rechercher et nous poursuivre. Et puis quand nos actions ont démarré, en février, on se situait dans le contexte particulier du mouvement des gilets jaunes. La figure présidentielle était déstabilisée par ce soulèvement populaire. Donc on se dit qu’il y a eu peut-être un petit vent de panique au sommet de l’Etat. Mais nous considérer comme des terroristes, c’est complètement absurde. On est dans un Etat qui ne sait plus que gouverner par la police, qui a peur d’un soulèvement de la société civile et qui met tout en œuvre pour faire taire la moindre opposition. Notre démocratie est malade. Si on agit de cette manière, c’est parce qu’on est en colère contre ce gouvernement qui se félicite de voir les jeunes marcher pour le climat mais qui ne comprend pas qu’il y a une colère profonde contre leurs discours qui ne sont jamais suivis d’actes. On leur demande de prendre leurs responsabilités. Mais il ne faut pas être dupe, quand Macron affirme que le CETA est compatible avec l’écologie, il ment. Les dirigeants économiques et politiques de ce monde ne sont pas près d’engager un changement de société où ils perdraient leurs privilèges. Ils nous emmènent dans le mur.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Notes

[1En 2017, la France a émis 6,7% de gaz à effets de serre en trop par rapport à ses objectifs.

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