Accueil | Editorial par Pierre Jacquemain | 23 septembre 2019

ÉDITO. Un Castaner, ça Trump énormément

Rien ne va dans ce pays. Alors que des millions de citoyens se mobilisent pour le climat partout dans le monde, en France, ils sont accueillis par un nuage de lacrymo. Et le ministre de l’Intérieur s’en réjouit.

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Alors que le week-end était chargé en mobilisations, entre la Marche pour le climat, la manifestation contre la réforme des retraites et le 45ème appel des gilets jaunes à occuper l’espace public, le ministre de l’Intérieur n’a pas tardé à dégainer sur Twitter :

« Gratitude aux forces de l’ordre déployées sur tout le territoire pour préserver l’ordre et garantir la libre expression. Des individus violents ont été interpellés et les exactions stoppées. Le ministère de l’Intérieur reste vigilant et mobilisé : force doit rester à la loi. »

Dans le fond, comme dans la forme, il y a du Trump là-dedans. Parce que rien ne va dans ce communiqué Twitter. Rien ne va parce que, comme le rappelle le journaliste Marc Endeweld dans un tweet publié samedi, les mots sont importants. Ils ont un sens. Et le terme « d’exaction » est parfaitement inapproprié. Définition d’exaction : « mauvais traitements, sévices ». À ce titre d’ailleurs, on parle « d’exaction d’un régime ». Peut-être faisait-il allusion à la répression policière contre les manifestants pacifistes, et parfois festifs, de la Marche pour le climat à Paris ? On en doute.

 

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Rien ne va non plus parce que l’on aimerait que les mêmes hommages soient rendus chaque jour aux enseignants qui enseignent, aux soignants qui soignent, aux juges qui jugent, aux milliers de fonctionnaires qui fonctionnent tant bien que mal. Il n’en est évidemment rien. Rien ne va non plus parce que si les forces de l’ordre font leur boulot et ne font rien de plus qu’exécuter les directives et les consignes de leur hiérarchie, l’ordre n’a pas été préservé. Pas plus que la liberté d’expression n’a été garantie. Il eut été bienvenu, notamment s’agissant de la Marche pour le climat, de dire sa gratitude aux milliers de militants qui se sont mobilisés pour la survie de la planète. Parce que l’urgence climatique est reconnue de tous et que même l’actuelle majorité en convient – même si ses choix politiques sont en contradictions, voire incompatibles, avec une politique écologique. Naturellement, il est illusoire d’imaginer Christophe Castaner soutenir et vanter les mérites de la traditionnelle marche qui s’est déroulée ce weekend. D’abord parce que le gouvernement est poursuivi pour inaction climatique – la pétition « L’affaire du siècle » a dépassé les deux millions de signataires. Enfin, parce qu’il déploie une énergie considérable à limiter et empêcher toutes manifestations publiques de se dérouler dans de bonnes conditions.

L’art de manifester à la française

Alors que partout dans le monde les manifestations suivies par plus de 150 pays débordaient à coup de « Le niveau des océans monte, notre colère aussi », la préfecture affichait quelque 16.000 participants à Paris. Et même si le chiffre a été largement minimisé (les organisateurs annoncent près de 40.000 personnes), nous étions loin, bien loin à Paris, du million de jeunes, d’étudiants, de lycéens et de familles qui s’étaient réunis en Allemagne ou à New-York ; et même des 300.000 personnes qui ont défilé dans les rues de Melbourne. Pour Emmanuel Macron, qui se pose en héros de la cause écolo mondiale au son de « Make our planet great again », ça la fout mal. Ça la fout mal aussi parce que les forces de l’ordre avaient donné le ton dès le départ de la manifestation à coup de gaz lacrymogène. On a connu meilleur accueil. Et puis il y a l’autre méthode plus sournoise, parce que plus discrète pour accueillir les manifestants.

Sous couvert de sécurisation des manifestants, les forces de l’ordre jouent de l’intimidation et déterminent des périmètres de sécurité sur plusieurs centaines de mètres à la ronde, avec de nombreuses rues fermées, transformant ainsi la ville en un véritable labyrinthe géant – hyper anxiogène – et qui finit généralement par décourager les militants. Sans parler de celles et ceux qui, après les violences exercées contre les gilets jaunes tout au long de ces derniers mois, au prix notamment de mains arrachées, ont d’ores et déjà déclaré forfait. Le bilan de ce weekend est donc extrêmement grave parce que la mobilisation pour l’environnement, l’écologie et le climat – désormais priorité des Français – a été mise à mal et prise à partie par les donneurs d’ordre : le gouvernement.

Et puis c’est à nouveau la liberté de circuler, de dire, de s’exprimer et de manifester qui a été sévèrement affaiblie. Une fois encore. Et c’est bien inquiétant. Alors s’il nous fallait encore un weekend pour s’en convaincre, hélas, les événements de ce samedi donnent raison à la colère qui monte partout : le pays va mal. Un triste constat qui résonne avec les mots de Tiken Jah Fakoly : « Mon pays va mal, de mal en mal ». Jusqu’où ? Et qui, quoi, quand, pour le relever ? Où est la gauche ?

 

Pierre Jacquemain

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