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Accueil | Par Nathanaël Uhl | 4 août 2013

Retraites : dossier piégeux pour le gouvernement

Pressé par la Commission européenne, le gouvernement
lance en avance sa réforme des retraites. Les
propositions connues la situent dans la continuité des
réformes précédentes entre allongement de la durée de
cotisation et baisse du niveau des pensions. Le dossier est
si sensible qu’il divise même la majorité actuelle. Mais il
divise aussi les syndicats.

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Attention, dossier explosif
 ! Le gouvernement
lance sa réforme des
retraites à l’occasion
d’une nouvelle conférence
sociale les 20 et 21 juin prochains.
Le Premier ministre et la ministre
en charge du dossier, Marisol
Touraine, observent un silence prudent
sur le dossier, renvoyant aux discussions
à venir et aux pistes dévoilées
par le rapport de la conseillère d’État
Yannick Moreau, remis le 14 juin dernier.
Pour la majorité en place, il s’agit
de « sauver notre régime de retraite
par répartition »
, rien moins. Dans ce
dossier hautement politique, les syndicats
avancent déjà en ordre dispersé
sous le regard attentif de la
Commission européenne.

Ce sont en effet les commissaires européens
qui sont à l’origine d’un bouleversement
du calendrier. Initialement, le
gouvernement avait annoncé un débat
au début de l’année 2014 avec prise de
décisions après les élections municipales.
La sensibilité du dossier justifiait
d’éviter de froisser une partie de l’électorat
du Parti socialiste à l’approche
d’un scrutin à hauts risques pour la majorité.
Las, si François Hollande a bien
obtenu que le déficit public français soit
ramené en dessous de la barre des 3 %
du produit intérieur brut en 2014, la
commission a exigé des contreparties.
La réforme des retraites avant fin 2013
figure donc dans les « préconisations »
de Bruxelles pour la France.

Le débat sera donc raccourci. Dans un
entretien accordé à L’Express, le patron de la CFDT, Laurent Berger, annonce
qu’il sera mené en trois mois, donc
pendant l’été (lire notre article). Autant
dire en catimini. Cette perspective
provoque déjà la colère d’un Front de
gauche très uni sur ce dossier. «  Nous
n’accepterons pas une réforme à
marche forcée »
, a ainsi prévenu Pierre
Laurent, secrétaire national du PCF. De
leurs côtés, une partie des syndicats
appelle déjà à la mobilisation, avant
même la tenue de la conférence sociale,
espérant placer la rencontre « sous
la pression des salariés »
.

La CGT estime en effet que les propositions
du rapport Moreau « font la part
belle au MEDEF ».
Allongement de la durée
de cotisation jusqu’à 44 ans (contre
42 annuités aujourd’hui), recul de l’âge
de départ en retraite, désindexation de
l’évolution du montant des pensions sur
le coût de la vie font en effet partie des
pistes que l’ex-présidente du Comité
d’orientation des retraites (COR) propose
d’explorer. La droite ne s’y trompe
pas qui réclame, par la voix de Christian
Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée
nationale, le départ à la retraite à
65 ans. Pour les spécialistes du dossier,
comme Bernard Teper (lire notre entretien),
il n’y a pas là de rupture avec les
précédentes réformes, au nombre de cinq
en 20 ans. Un point de vue partagé par le
Parti de gauche qui précise dans un communiqué
 : « Comme Sarkozy, Hollande
veut qu’on “travaille plus longtemps” et
veut baisser les pensions. Il est d’accord
avec le MEDEF pour que les retraites
complémentaires soient augmentées
moins vite que les prix ! Et il veut étendre
cette régression aux pensions de base. »

Même au sein de la majorité, le dossier
est sensible. Au sein d’Europe Écologie-
Les Verts, où il fait débat, le conseil fédéral
(le « parlement » du parti) réuni le 25 mai
dernier a demandé au gouvernement de
veiller à ce que la réforme se fasse « dans
la justice »
. La gauche du Parti socialiste,
dopée par sa victoire relative à l’occasion
de la Convention sur l’Europe, affûte déjà
ses armes. Gérard Filoche, un de ses
porte-parole, a déjà dégainé sur son blog
sur le thème « pour vivre plus longtemps,
retraite à 60 ans »
. Le défenseur des 37,5
annuités de cotisation pour une retraite à
taux plein explique : « La retraite ne pèse
guère dans la “dette”. En fait la retraite
c’est du salaire ! »

La future réforme des retraites va donc
constituer le point de clivage entre les
tenants de la ligne « austéritaire » et
l’autre gauche. Si chacun passe des
mots aux actes, ce dossier pourrait voir
le premier recul du gouvernement depuis
juin 2012 malgré des lignes de faille
bien trop apparentes.

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Vos réactions

  • c’est là, que l’on verra nos convergences ou non, pour les futurs listes électorales à venir ...

    GUENOT MICHEL Le 6 août 2013 à 04:13
  •  
  • Tout à fait d’accord avec Guenot Michel.
    Cet article date (déja !) du mois de mai dernier.
    Depuis, les (més)alliances entre les membres du FdG sont légions, et on peut sentir une désaffection du FdG : pas clair, pas lisible.
    Quand les copains du PC lient les "souverainistes" aux passéistes, on comprend qu’ils ne souhaitent pas entamer le débat sur l’euro et l’europe (pour ne pas heurter les solfériniens ?).
    Encore une fois, c’est le FN qui va tirer les marrons du feu et nous serons gros jean comme devant.

    Totor Le 15 août 2013 à 01:51
  •  
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