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Accueil > Monde | Par Bernard Marx | 21 mai 2015

Grèce : le 6 juin, il sera trop tard !

Le gouvernement d’Alexis Tsipras vient, officiellement, d’avertir qu’il n’honorerait pas son échéance du 5 juin au FMI s’il n’y avait pas d’accord avec les créanciers d’ici-là. Chacun est donc placé devant ses responsabilités.

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Le gouvernement grec vient d’avertir qu’il n’honorerait pas son échéance du 5 juin de 302 millions d’euros, au FMI, s’il n’y avait pas d’accord avec les créanciers d’ici là, puisque l’existence d’un tel accord a été la condition mise pour le versement des 7,2 milliards d’euros, correspondant à la dernière tranche du plan d’aide financière appliqué depuis 2010/2011

Engrenage fatal

L’engrenage serait en effet le suivant : du fait du défaut de l’État grec vis-à-vis de l’un de ses créanciers, la Banque centrale européenne n’acceptera plus les garanties de l’État grec en contrepartie des liquidités qu’elle accorde aux banques grecques. La fuite des capitaux repartira de plus belle. La Grèce asphyxiée financièrement pourrait essayer d’émettre des bons servant de monnaie intérieure parallèlement à l’euro. Mais, « la mauvaise monnaie chassant la bonne », la sortie de la Grèce de l’euro deviendrait vite inévitable et, avec elle, le non-paiement de sa dette qui serait mécaniquement réévaluée à proportion de la dévaluation de la nouvelle monnaie. Les européens se retrouveraient comme Gribouille puisque c’est au nom du paiement par la Grèce de sa dette qu’ils prétendent agir comme ils le font !

Je sais qu’il y a des économistes et des responsables politiques de gauche, de droite et d’extrême droite en France, en Allemagne, en Grèce, qui sont favorables à cette évolution. Je reste au contraire convaincu que ce serait une catastrophe pour la Grèce mais aussi pour l’Europe et ses peuples.

Pour la Grèce : elle n’a pas l’appareil productif nécessaire pour tirer bénéfice d’une dévaluation de sa monnaie. Pour équilibrer sa balance extérieure, et pour essayer d’attirer des capitaux alors même qu’elle aurait fait défaut, elle serait sans doute contrainte à des contreparties que ses dirigeants refusent aujourd’hui, à raison, de mettre en œuvre. Car évidemment, ayant fait défaut sur une dette détenue ou garantie maintenant essentiellement par des États (La France, l’Allemagne notamment) et par d’autres acteurs publics (BCE, FMI), la Grèce de Syriza ne devra espérer aucune aide de ce côté-là. Pas plus demain en dehors de l’euro qu’aujourd’hui.

Pour l’Europe et pour ses peuples : au plan économique, l’appartenance à la zone euro ne sera donc plus irréversible. Pour essayer d’éviter que les taux d’intérêt sur le financement de la dette publique des autres pays européens, plus ou moins fragiles, ne remontent compte tenu de ce précédent, la BCE accroîtra encore plus sa politique de facilité financière, comme elle vient du reste de le faire par prévention ce mois-ci. Mais nul ne sait, en fait, ce qui peut advenir au plan financier et au plan économique. Quant au plan politique, il sera surtout évident que le débat et le combat pour un changement d’orientation de l’Europe en général, et de la zone euro en particulier, seront durablement et profondément affaiblis.

Une étude de l’OFCE

Est-ce aux Grecs et à eux seuls de faire preuve de « responsabilité » ? C’est jusqu’ici ce qu’ont martelé les dirigeants européens et que martèle encore par exemple le commissaire Moscovici. La Grèce doit se soumettre. « Dis le mot qui te délivre... », enjoignent-ils à l’unisson. Le gouvernement grec serait en réalité irresponsable de le faire. Une nouvelle étude de l’OFCE publiée le 18 mai en fournit une énième démonstration.

Les auteurs ont testé les trois façons qu’a la Grèce de rester dans la zone euro. Poursuivre l’austérité selon les demandes de l’Eurogroupe. Mettre en cause l’austérité (ce que les auteurs appellent mener une politique de relance), sans restructurer la dette publique. Ou, troisième solution, assumer dès maintenant « une restructuration de la dette qui « assure sa soutenabilité, fixe le niveau des pertes et lève les incertitudes ». Ce troisième scénario est non seulement celui qui est le plus favorable pour la Grèce, mais aussi celui qui correspond à l’intérêt général des Européens. Car les deux autres, et en particulier le premier, celui de la mise en œuvre des demandes de l’Eurogroupe, continuent d’enfoncer la Grèce et n’évitent pas, à terme, l’insolvabilité de celle-ci et la sortie de l’euro.

Les évaluations des économistes de l’OFCE montrent, selon leurs auteurs, que « le remboursement intégral de la dette grecque repose sur la fiction d’un excédent budgétaire maintenu pendant plusieurs décennies. Se résoudre à la sortie de la Grèce de la zone euro induirait une perte significative de la créance que le monde (principalement l’Europe) détient à la fois sur le secteur public grec (250 milliards d’euros) et sur le secteur privé (également de l’ordre de 250 milliards d’euros). À cette perte facile à quantifier s’ajouteraient les conséquences financières, économiques, politiques et géopolitiques de la sortie de la Grèce de la zone euro ou de l’Union européenne ». A contrario, selon ces mêmes évaluations, « un abandon de 200 milliards d’euros de créances sur l’État grec permettrait de sortir une bonne fois pour toute du psychodrame ».

Un débat au parlement

Il est clair que la raison ne l’emportera pas facilement. Car cela inciterait tous les peuples européens – et notamment ceux qui sont soumis à des plans d’aides peu ou prou comparables à celui imposé à la Grèce – à demander des réponses équivalentes. Les gouvernements au pouvoir dans ces pays, qui appliquent ces politiques, auraient bien du mal à survivre. Une conférence européenne sur la dette (et pas seulement la dette grecque) deviendrait certainement indispensable. Et au-delà, c’est la porte à une profonde évolution de l’Europe qui serait ouverte. Mais le blocage actuel est un risque majeur de déchirement de l’Europe.

La responsabilité de tous les dirigeants européens est donc considérable. C’est peu dire qu’ils sont à la hauteur de l’enjeu, gouvernement français en tête. Le minimum serait d’obtenir que les enjeux soient clairement et publiquement posés et débattus devant notre peuple. Et qu’un débat ait lieu d’urgence au Parlement.

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Vos réactions

  • La Grèce est le cobaye expérimental des ultra orthodoxes européens, aussi stéréotypés que des séminaristes, insensibles aux souffrances infligées à un nombre toujours croissant de laissés-pour-compte.
    Pas d’autre voie, pour ces imbéciles, entre capitalisme et système coréen, plébiscités par des électeurs sous influence des lobbies politico-financiers.
    Ainsi va notre pauvre monde. Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?

    Jean-Marie Le 21 mai 2015 à 23:09
       
    • trop tard pour qui ?
      pour les banques qui regorgent de fric ou pour ces oligarques qui sont manipulés par les lobbies.
      les peuples membres de l’UE, qui ont l’euro, doivent retrouver leur souveraineté en sortant de ce piège à souffrance et à misère qu’est l’UE !
      c’est bien ce que compte faire l’Angleterre non ? sortir !
      "l’UE est un cauchemar pour les peuples " ce titre serait plus adapté.

      une citoyenne Le 23 mai 2015 à 07:47
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