photo cc Leonid Mamchenkov
Accueil | Par Bernard Marx | 3 juillet 2015

ΌΧΙ

À la vieille du référendum grec de dimanche, chacun retient son souffle. Jusqu’au bout, Alexis Tsipras se sera battu pour que les Grecs en fassent un levier pour obtenir un accord viable, et non un référendum sur l’appartenance de la Grèce à l’euro.

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Alexis Tsipras a formulé, le 30 juin, au nom du gouvernement grec, de nouvelles et importantes propositions adressées aux dirigeants de la Troïka (BCE, Commission, FMI). Face à ces propositions, le front du refus des dirigeants européens s’est un peu fissuré. Les dirigeants allemands et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem ont rejeté leur discussion, disant attendre l’après referendum pour envisager une éventuelle réouverture de négociations. François Hollande a affiché une position inverse : « Il faut être clair : l’accord, c’est tout de suite, il ne peut pas être différé, il faut qu’il vienne. »

Le sens du référendum

Dans l’immédiat, la position allemande l’a, une fois de plus, emporté. Les négociations sont à nouveau interrompues. Alexis Tsipras a donc maintenu le référendum du 4 juillet. Il espère cependant que ces derniers évènements rendront sa signification et sa portée plus claires : les Grecs ne devraient pas se prononcer "pour ou contre l’euro" ou "pour ou contre rester dans l’Europe". Mais pour ou contre l’humiliation et le déni de démocratie que les Institutions européennes lui font subir, pour accepter le dictat de la Troïka, ou pour donner plus de force au gouvernement grec afin qu’il arrache un accord acceptable. La ténacité, la qualité des initiatives politiques de ce gouvernement, leur contenu pro-européen constamment réaffirmé, commencent à faire apparaitre quelques désaccords entre dirigeants européens. Les Grecs pourront y trouver des motifs supplémentaires de voter OXI, malgré les gigantesques difficultés quotidiennes maintenues ou aggravées depuis six mois, malgré la peur de l’inconnu et le climat de panique financière distillé par les décisions de la Troïka.

Ce qui se déroule, ici et maintenant, en Grèce et en Europe a une énorme portée. Les réponses qui seront finalement apportées à la crise grecque seront cruciales pour tous ceux qui se battent pour qu’une autre politique devienne possible en Europe. Les désaccords qui commencent à se manifester ne disent pas que cela va être facile, mais que des points peuvent être marqués et qu’une dynamique est possible.

Les nouvelles propositions du gouvernement grec font, une fois de plus, la démonstration que les propositions de la Troïka sont insoutenables. Elles ne peuvent pas résoudre la crise grecque et continue de s’inscrire dans le véritable coup d’État financier mené contre le gouvernement grec afin de faire barrage à tous les changements de gouvernement de même type, en Espagne ou ailleurs.

Une solution viable pour la Grèce doit comprendre trois volets : un programme pour le budget grec qui n’accroisse pas la dépression économique et qui ne consiste pas à condamner la Grèce à dégager des décennies durant un excédent prélevé sur les salaires et les retraites pour payer les créanciers ; une restructuration de la dette de toute évidence insoutenable (même le FMI vient de nouveau de le reconnaître) ; et un plan de rétablissement et de développement de l’économie grecque totalement déséquilibrée par l’oligarchie économico-politique qui la domine depuis des décennies, puis anéantie par la politique super-austéritaire subie depuis cinq ans, sans que rien n’ait été changé de ses structures.

Au lieu de quoi, les négociations avec le gouvernement Tsipras ont été conduites par les institutions européennes et les dirigeants des États européens sous la pression d’un étranglement financier progressif de la Grèce. Depuis août 2014, dans l’attente d’un accord, la Grèce doit payer ses créanciers sans avoir reçu un euro d’aide, et la BCE a restreint ses apports monétaires. Et au bout de cinq mois, l’accord "À prendre ou à laisser", selon la formule du président de l’Eurogroupe, ne concerne que le volet budget. C’est le même cadre et la même politique qu’en 2010 et il ne peut que conduire aux mêmes résultats catastrophiques. À peu près tous les économistes un tant soit peu censés l’admettent en silence ou le disent publiquement. « Aucun économiste sérieux ne peut avaliser ce plan mal fichu et très déraisonnable », a ainsi déclaré l’économiste Patrick Artus, peu suspect de sympathie avec les économistes de Syriza.

C’est économiquement et socialement inepte, comme le dit lui-même l’ancien directeur du FMI, qui appelle à tenir compte des échecs passés. Ce serait effectivement la moindre des exigences s’il s’agissait d’essayer de trouver des solutions et non pas de mener une politique de la force avec l’objectif de faire tomber le gouvernement choisi par le peuple grec. Pour faire bonne mesure, la Troïka a donc ajouté une dimension politiquement odieuse en s’ingérant dans le choix des mesures ayant un même impact budgétaire, refusant, par exemple, une hausse des impôts sur les profits des grandes entreprises et exigeant des hausses de TVA et des baisses de retraites.

Dans leur offre, histoire de la rendre plus présentable, les créanciers ont affiché le versement de 15,5 milliards d’euros d’ici novembre, avec à chaque étape des conditions précises à remplir du coté grec. Mais il n’y a en réalité aucun apport financier supplémentaire à ce qui était prévu dans les plans précédents. L’argent ne servira qu’à payer les échéances d’ici la fin de l’année. Il n’y a pas d’argent frais pour la Grèce. Aucun rééchelonnement ultérieur n’est prévu alors que 14 milliards d’euros figurent au calendrier des remboursements pour 2016. C’est le régime de la négociation et de l’étranglement perpétuels qui se poursuivrait.

De façon très raisonnable, et même peut être de façon trop modeste, les dernières propositions du gouvernement Tsipras visent à trouver un accord autour d’une solution viable, c’est-à-dire comprenant des propositions sur la restructuration de la dette et pour la reprise. À cette condition, « nous sommes prêts à accepter des mesures difficiles », a réaffirmé le ministre des Finances grec Yanis Varoukakis. Ces propositions visent en fait à obtenir le temps (deux ans) permettant au gouvernement de travailler enfin à l’application de son programme économique de réformes pour relancer l’économie.

Pourquoi ces fissures ?

L’alternative n’est pas que l’on ira ou non à une sortie de la Grèce de l’euro selon que les Grecs voteront oui ou non, mais selon que les Grecs arriveront ou non à arracher un accord viable. C’est le rejet des propositions telles qu’Alexis Tsipras les a formulées le 30 juin qui y conduira. Le refus opposé par le gouvernement allemand, par le président de l’Eurogroupe et par le FMI, d’aller vite à un accord sur cette base, indique clairement qu’ils veulent aller à un Grexit.

Placés devant cette évidence qui pourtant de date pas d’aujourd’hui, François Hollande et les dirigeants socialistes français qui nous gouvernent semblent donc commencer à s’en inquiéter. Il y a de quoi, et il y aurait de quoi en faire la base d’une action durable et déterminée. Mais on peut craindre, au vu de l’expérience des années écoulées, et déjà de premières reculades, une simple manœuvre pour essayer d’échapper à ses responsabilités, tout en laissant les choses se faire.

Bien entendu, les dirigeants politiques n’ont pas le pouvoir de décider une sortie de la Grèce de l’euro si celle-ci ne le décide pas elle-même. Mais la BCE, elle, pourra le faire en coupant les crédits et les liquidités à la Grèce, provoquant la faillite bancaire et l’asphyxie totale de la circulation des euros en Grèce. Et même, a dit le ministre Schäuble, elle devra le faire, face au défaut de paiement de la Grèce sur sa dette qui sera dument enregistré, si rien ne se passe d’ici le 20 juillet.

Les cadavres d’un Grexit

Quant aux raisons qu’auraient les dirigeants socialistes français de s’en inquiéter, elles sont multiples. L’euro ne serait plus une monnaie irrévocable. Même pas peur que cela déclenche une crise financière, ont cependant dit les dirigeants français comme les autres dirigeants européens.

Les pare-feux ont été mis ; la dette grecque est détenue par des autorités publiques ; les pertes ne seront pas pour les financiers privés et il n’y a pas de risque de diffusion par les dérivés et la spéculation. À voir. Personne en réalité ne le sait exactement. Mais de toute façon, comme vient de le dire, le secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert, « l’un des plus gros risques, c’est que les observateurs, et surtout les investisseurs internationaux, ne regardent plus l’Europe de la même façon, ne considèrent plus la zone euro comme une zone stable, parce que celle-ci aurait été incapable de régler le problème d’un pays qui représente à peine 2 % de son PIB ». L’enjeu, ici, c’est la remontée des taux d’intérêt sur la dette des pays le plus fragiles (Italie, Espagne, Portugal...) et au contraire un nouvel afflux de capitaux sur les pays jugés les moins risqués, l’Allemagne au premier rang, avec pour elle le bénéfice de nouvelles baisses de taux d’intérêt.

Dans le climat d’incertitude ainsi créé, le risque est grand de devoir dire adieu aux germes de reprise économique si faiblement semés, mais sur lesquels compte tant les dirigeants socialistes français pour enfin "inverser la courbe" du chômage. Pour éviter que les différentiels d’intérêt se creusent entre les pays de l’euro et pour rassurer les sacro-saints marchés, la BCE interviendra certainement en rachetant la dette de ces pays à tour de bras, ce qui a terme aura pour effet d’amplifier la bulle obligataire jusqu’à son éclatement dans une nouvelle crise financière de grande ampleur.

Mais ce qui inquiète peut être le plus François Hollande et ses collègues socialistes français – en tout cas ce qui devrait le plus les inquiéter –, c’est que l’euro s’identifiera plus que jamais totalement à l’austérité, à la déréglementation sociale et économique et à la mainmise d’institutions européennes absolument non démocratiques pour en définir le contenu. On se rappelle qu’en avril 2015, le ministre Schäuble, avait provoqué des protestations timides de Michel Sapin lorsqu’il avait déclaré que la France « serait contente que quelqu’un force le Parlement » pour réformer le pays. Le Grexit confirmerait que c’est pourtant cela la règle au sein de l’euro, et sans contestation possible. En avril, le ministre allemand a clairement mis la France sur sa short-list.

Bref, si le Grexit se fait, François Hollande peut dire dès maintenant adieu à 2017. Et avec lui, les socialistes confirmeront aussi leur naufrage. On pourra vérifier rapidement, dès le lendemain du référendum grec de quelle consistance est faite l’attitude française.

On peut en tout cas mesurer que si l’éventualité d’un succès du coup d’État financier contre Alexis Tsipras et contre les Grecs (plan de la Troïka ou Grexit) réjouit vivement Nicolas Sarkozy et quelques-uns de ses épigones comme le journaliste de propagande Arnaud Leparmentier, elle mobilise contre elle largement, au-delà même de certains clivages.

Mais l’avenir n’est pas encore écrit.

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  • « Alexis Tsipras a formulé, le 30 juin, au nom du gouvernement grec, de nouvelles et importantes propositions adressées aux dirigeants de la Troïka (BCE, Commission, FMI) »

    Votre papier commence bien mal : nouvelles et importantes propositions. Il s’agit ni plus ni moins d’un programme d’austérité. Je vous résume les principales « nouvelles et importantes propositions » :
     Une hausse importante de la TVA évaluée à 0,74% du PIB en 2016
     Retraites : suppression des retraites anticipées ; report de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans en 2025 ; hausse massive des cotisations des salariés ; tout cela est chiffré (en termes d’économies budgétaires) à 1,05% du PIB en 2016
     Mise en place d’un Conseil fiscal indépendant du gouvernement pour superviser la mise en œuvre de l’austérité
     Flexibilisation du marché du travail, mise en place des "bonnes pratiques" définies par les institutions internationales
     Libéralisation des marchés des biens et services, notamment du transport maritime et du gaz ; ouverture des professions réglementées pour imposer les lois de la concurrence
     Mise en place d’un programme de privatisation "ambitieux" qui devrait rapporter 1,4 milliards en 2015 et 3,7 milliards en 2016. Dans la liste des privatisations : aéroports régionaux, ports du Pirée et Thessalonique ; rail ; élargissement de la concession de l’aéroport international d’Athènes
     Fonctionnaires : "décompression de la distribution salariale" (traduire : renforcement des différences de salaires) ; diminution de la masse salariale rapportée au PIB ; renforcement de l’évaluation des fonctionnaires ; recrutement de managers pour imposer la culture de l’évaluation dans la fonction publique
     Renforcement de "l’indépendance" de l’institut de statistiques : cela veut dire en fait la soumission de l’institut de statistiques aux institutions internationales

    Tsipras propose non seulement de mettre au placard son programme anti-austérité (programme de Thessalonique) mais il propose d’aller encore plus loin dans les attaques contre les travailleurs.

    Il propage l’illusion que le système capitaliste est acceptable (ou réformable) pour les masses populaires pourvu qu’il soit géré selon des valeurs humanistes.

    Depuis 6 mois que négocie Tsipras, d’ailleurs ? La qualité du chanvre de la corde pour pendre le peuple grec ?

    « Dès le début, nous avons clairement dit que la décision de tenir un référendum n’était pas la fin, mais la continuation des négociations pour de meilleures conditions pour le peuple grec. » a déclaré le gouvernement Syriza dans un communiqué. « Le gouvernement grec cherchera jusqu’à la fin un accord viable au sein de l’euro. » Tout est dit. Dès lundi 06/07, Tsipras reprendra-t-il sa sébile de mendiant et cherchera-t-il à négocier de nouveaux prêts avec l’UE en échange de mesures austéritaires rejetées par le peuple grec, la veille ? Il a échoué hier, il échouera demain.

    Il est temps d’envisager le plan B, la sortie de la zone-euro, en se tournant vers d’autres horizons (les BRICS).

    La moitié des députés de Syriza souhaite que cesse la comédie des négociations avec la Troïka. Et parmi ceux-ci certains demandent ouvertement la sortie de l’Euro.

    arnold Le 3 juillet 2015 à 17:55
       
    • « nouvelles et importantes propositions » de Tsipras nous dit Bernard Marx. Il s’avère qu’un comparatif a été réalisé entre le mémorandum de la Troïka et celui de Tsipras.

      Ce comparatif a été réalisé par le PAME (affilié à la FSM). Il est assez éloquent, je vous laisse le découvrir ici :

      http://www.rougemidi.org/IMG/pdf/position_pame.pdf

      Bernard Marx reprenez vite votre plume et commentez-nous les identiques « nouvelles et importantes propositions » de la Troïka et de Tsipras.

      arnold Le 4 juillet 2015 à 15:55
  •  
  • ’il ne vous aura pas échappé que ni la Roumaine ni la Bulgarie ne sont membres de la zone Euro. Ce qui explique que malgré la faible productivité, malgré la faiblesse de leur Etat, ils ne sont pas aussi « mal en point ». Pour la Roumanie la dette publique représentait en 2013 à peine 38% du PIB, pour la Bulgarie 19% à la même date (source Eurostat). Et ne croyez pas que c’est parce que son des pays peux développés. La République Tchèque, pourtant un pays industrialisé, a une dette publique qui représente 46% de son PIB. Moitié moins que les pays les mieux lotis de la zone Euro…

    Comment cela s’explique ? Lorsque ces pays sont en déficit extérieur, ils ne peuvent pas emprunter sans limite : ils sont obligés de couvrir leurs dépenses en émettant de la monnaie. Du coup, celle-ci se dévalue, ce qui a son tour renchérit les produits importés et réduit donc le déficit. Ce « stabilisateur automatique » empêche la dette de se creuser sans limite. La Grèce, elle, n’a pas cette corde de rappel’.
    Texte copié avec l’autorisation de l’auteur:Blog Descartes cf
    http://descartes.over-blog.fr/2015/06/tsipras-melenchon-ou-tsipras-de-gaulle.html#comments

    Maurice Le 3 juillet 2015 à 18:53
  •  
  • Discours prononcé par le Premier ministre grec Alexis Tsipras à Athènes, sur la place de la Constitution, lors du rassemblement en faveur du « non » au référendum du 5 juillet 2015. Traduction Dimitris Alexakis.
    Citoyens d’Athènes, peuple grec,
    Aujourd’hui nous ne protestons pas, nous ne manifestons pas ; aujourd’hui est un jour de fête. Ce jour est une fête de la démocratie.
    La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue.
    Et nous célébrons aujourd’hui la victoire de la démocratie. Nous sommes déjà victorieux, quelle que soit l’issue du scrutin de dimanche, car la Grèce a envoyé un message de dignité, un message de fierté.
    Personne ne peut ignorer cette passion, cet anxieux désir de vie, cet anxieux désir d’espoir, cet anxieux désir d’optimisme.
    Nous célébrons aujourd’hui l’audace et la détermination qui nous ont conduits à prendre notre destin en mains, à rendre la parole au peuple grec.
    Aujourd’hui, nous faisons la fête et nous chantons. Nous faisons la fête et chantons pour supplanter le chantage et la peur.
    L’Europe telle que nous la connaissions, l’Europe telle qu’elle apparaît au miroir de ses principes fondateurs n’a pas le moindre rapport avec les menaces et les ultimatums.
    Et aujourd’hui, en ce moment même, l’Europe entière a les yeux tournés vers nous, vers le peuple grec, vers ses 3 millions de pauvres et son million et demi de chômeurs.
    Aujourd’hui la planète entière a les yeux rivés sur la Place de la Constitution et sur toutes les places, petites ou grandes, de notre patrie.
    Dans ce lieu qui a vu naître la démocratie, nous donnons à la démocratie une chance de revenir.
    De revenir en Europe, car nous voulons que l’Europe revienne à ses principes fondateurs.
    À ces principes qu’elle a si longtemps balayés pour appliquer des programmes d’austérité sans issue, violant la volonté des peuples.

    Citoyens d’Athènes, peuple grec,
    Dimanche, nous adresserons tous ensemble un message de démocratie et de dignité à l’Europe et au monde.
    Nous enverrons aux peuples un nouveau message d’espoir.
    Car nous ne déciderons pas seulement, ce dimanche, de demeurer en Europe.
    Nous déciderons de vivre avec dignité en Europe, de travailler et de prospérer en Europe.
    D’être égaux en Europe, à égalité avec tous.
    Et, croyez-moi, nul n’a le droit de menacer de couper la Grèce de son espace géographique naturel.
    Nul n’a le droit de menacer de diviser l’Europe.
    La Grèce, notre patrie, était, est et demeurera le berceau de la civilisation européenne.
    C’est en ce lieu, dit la mythologie, que Zeus, en l’enlevant, a conduit la princesse Europe.
    Et c’est de ce lieu que les technocrates de l’austérité souhaitent à présent l’enlever.
    Mais cela ne sera pas. Car, dimanche, nous leur dirons « non ».
    Nous ne laisserons pas l’Europe entre les mains de ceux qui souhaitent soustraire l’Europe à sa tradition démocratique, à ses conquêtes démocratiques, à ses principes fondateurs, aux principes de démocratie, de solidarité et de respect mutuel.

    Citoyens d’Athènes, hommes et femmes de tous âges qui vous trouvez ici,
    aujourd’hui, qui submergez la Place de la Constitution, les rues d’Athènes et des autres grandes villes en bravant la montée de la peur orchestrée, la rhétorique de la terreur propagée tous ces derniers jours,
    Citoyens d’Athènes,
    Le peuple grec a maintes fois démontré au cours de son histoire qu’il savait retourner un ultimatum à son expéditeur. Car les ultimatums, parfois, reviennent à l’envoyeur.
    Les pages les plus éclatantes de l’histoire de ce pays et de ce peuple ont été des pages d’audace et de vertu.
    Je vous appelle à ce que nous écrivions ensemble, de nouveau, des pages historiques, celles de notre rétablissement et de notre liberté.
    Je vous appelle, ce dimanche, à opposer un « non » haut et clair aux ultimatums. À tourner le dos à ceux qui sèment chaque jour la peur et l’intimidation.
    Et, lundi, quel que soit le résultat du processus démocratique, de ce verdict populaire que certains redoutaient et voulaient entraver, nous opposerons également un « non » sans appel à la division.
    Lundi, quelle que soit l’issue du scrutin, les Grecques et les Grecs n’auront rien qui les sépare. Ensemble, nous nous battrons pour reconstruire une Grèce meilleure que celle que nous ont laissée cinq années de désastre.
    Je vous appelle enfin à ne pas prêter l’oreille à ces sirènes dont l’écho ne cesse de s’amplifier, ces sirènes qui hurlent à la peur.
    À décider avec votre esprit et votre cœur.
    À vous déterminer avec calme et résolution.
    À vous prononcer en faveur d’une Grèce fière dans une Europe démocratique.
    En faveur d’un peuple, d’un petit peuple qui se bat, comme le dit le poème, sans épées et sans balles.
    Qui se bat cependant en ayant dans les mains la plus puissante des armes : la justice.
    Parce que la justice est avec nous, parce que nous sommes dans notre droit, nous vaincrons.
    Et nul ne peut effacer cela. Nul ne peut occulter ce fait : nous sommes dans notre droit.
    Citoyens d’Athènes, peuple grec,
    La liberté demande de la vertu et de l’audace. Nous, vous, nous tous, disposons d’audace comme de vertu. Et nous sommes libres. Nous respirons un vent de liberté. Quoi qu’il arrive, nous sommes victorieux. Nous serons victorieux. La Grèce a vaincu. La démocratie a vaincu. Le chantage et les menaces ont été défaits.
    Salut à tous ! Soyez forts, soyez fiers et dignes. Notre « non » s’inscrira dans l’Histoire. Notre peuple ira de l’avant ― la Grèce, dans une Europe démocratique et solidaire.

    Source : http://left.gr/news/al-tsipras-sto-syntagma-thelei-areti-kai-tolmi-i-ele...

    gilbair Le 4 juillet 2015 à 15:03
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