Accueil | Par Bernard Marx | 4 mars 2015

"Cash investigation" sur les actionnaires : merci pour ce moment !

L’économie à la télévision ce n’est pas forcément du François Lenglet. Ce peut être spectaculaire, intéressant et utile. La preuve avec l’émission "Cash investigation" diffusée mardi.

Vos réactions (4)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’émission traitait de la domination des actionnaires, c’est-à-dire de l’une des plaies systémiques qui gangrènent l’économie et la société. Pour une fois, il n’était donc pas question des coûts excessifs du travail, des rigidités du droit du travail et de la « nécessité vitale » pour l’emploi d’avoir à étendre le travail du dimanche. Deux heures durant, il a été question du coût du capital. Les lecteurs réguliers de cette rubrique n’auront pas été surpris. Mais le décryptage des ressorts et des effets de la course aux dividendes filmé à hauteur d’hommes et de femmes, du monde d’en bas et du monde d’en haut, est tout de même sacrément révélateur.
Sanofi, Pages jaunes et Samsonite.
Le documentaire est construit autour de trois cas exemplaires .

Sanofi : c’est l’histoire d’un poids lourd mondial du médicament et deuxième entreprise du CAC 40, qui sacrifie ses centres de recherche et maintenant ses centres de production en France pour verser 50% de ses revenus nets en dividendes aux actionnaires et qui paie des revenus records ( 857 fois le Smic ) à ses DG successifs
Pages Jaunes : c’est l’histoire d’une entreprise ex filiale de France Télécom, vendu à Goldman Sachs et au fonds d’investissement KKR grâce à un LBO ( « Leverage Buy-Out ») c’est-à-dire, avec une mise de fonds minimale et un endettement maximum localisé largement dans l’entreprise achetée. Pages jaunes est ainsi transformée en machine à payer la dette et les dividendes aux acheteurs. Et ce sont les salariés qui trinquent avec des méthodes de commandos militaires, et des cortèges de souffrance au travail.
Samsonite. C’est l’histoire de deux cents salariés d’Hénin-Beaumont, sacrifiés sur l’autel de l’actionnariat du fonds d’investissement Bain Capital, dont le fondateur n’est autre que Mitt Romney, le candidat républicain à la Présidence des Etats Unis face à Barak Obama.
Un conseil donc à celles et à ceux qui n’étaient pas devant France 2 ce mardi 3 mars, profitez du replay. C’est ici.

Et encore merci au journaliste Edouard Perrin, à Elise Lucet et à l’équipe de Cash investigation pour ces moments de bonne télévision, où tombent les masques de la com et où éclate le mépris de caste des grands serviteurs des dividendes, derrière la récitation d’arguments auxquels ils ne croient pas eux-mêmes.
Voyez Pierre Gattaz proclamer, « les dividendes c’est merveilleux ! »
Voyez les actionnaires de Sanofi, huer un salarié qui interpelle actionnaires et dirigeants sur ce qu’ils font de la vie des salariés comme lui, à force de distribuer une part sans cesse croissante de dividendes. Voyez comment Serge Weinberg, le président de Sanofi « justifie » les rémunérations records (8,5 millions d’euros) du DG Christopher Viehbacher (avant qu’il ne saute en parachute doré) malgré les résultats en baisse et voyez aussi comment celui-ci ne répond pas.

Voyez Emmanuel Macron patauger dans la justification des 125 millions d’euros versés par l’Etat au titre du crédit d’impôt recherche à Sanofi qui sabre dans ses centres de recherche en France et licencie des chercheurs.

Certes Cash investigation ne dit pas ce qu’il faut faire, mais elle donne une forte envie de changer la Règle du jeu.

Vos réactions (4)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Merci Cash Investigation.
    Le reportage qui a suivi sur la dynastie Wendel était également passionnant. A travers une famille, on se rend compte de l’évolution du capitalisme sur un siècle. Les Wendel, grands patrons de la sidérurgie lorraine et symboles du capitalisme paternaliste, sont confrontés à la crise du secteur dans les années 70 et voient leur empire nationalisé par Raymond Barre. Sur les décombres de ce groupe, la famille Wendel portée par Ernest-Antoine Sellière abandonne la production pour la finance. Prises de participation dans des entreprises, LBO et culbute sur les reventes : les dividendes du groupe explosent au prix d’emplois et d’investissements sacrifiés. Les magouilles dans la reprise de Saint Gobain auront raison du baron ex-"patron des patrons". Un reportage exceptionnel sur une famille symbole de la financiarisation de l’économie.

    Cyril Le 4 mars 2015 à 23:56
  •  
  • j’ai fait un commentaire ce matin, et je m’appercois qu il n y est pas, pourrais je savoir pourquoi ?? Merci

    Margot Le 6 mars 2015 à 14:28
       
    • Parfois sur ce site les messages passent mal. En plus il faut les passer en 2 temps (donc risque d’erreur !). Pour l’instant je n’ai pas vu de censure sur ce site malgré des commentaires parfois dans un sens opposé à la ligne éditoriale !

      totoLegrand Le 8 mars 2015 à 02:22
  •  
  • Suis-je la seule à avoir trouver regrettable, voir édifiant, que la journaliste ait des mots très élogieux concernant les groupes financiers dont elle faisait une soi disant critique ?
    "ce groupe est solide, intouchable, très rentable"
    assené une bonne vingtaine de fois, ça peut donner envie de devenir actionnaire.
    sans compter l’interview archi préparée avec un représentant de la république. je ris un peu.
    je ne suis pas convaincue par ce magazine qui, sous couvert de faire dénonciation, répète interminablement des slogans pseudo ironiques qui peuvent plaire aux capitalistes qui s’ignorent encore.

    Izia carpenter Le 25 mars 2015 à 19:19
  •