Accueil | Par Bernard Marx | 18 février 2015

Des propositions alternatives et convaincantes pour la Grèce

Alors que les dirigeants européens exigent en définitive du gouvernement grec « de dissoudre son peuple et d’en élire un autre » (*), de nombreux économistes d’horizons différents continuent au contraire de plaider pour la cause grecque.

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Recension de préconisations récentes d’économistes pour la Grèce qui font appel à la raison et à l’intérêt général des peuples européens. Des propositions diverses, mais toutes convergentes sur le point clé que la poursuite de la politique de la Troika serait à tous égards catastrophique.
En préambule, la traduction du billet posté par Paul Krugman sur son blog, après la réunion de l’Eurogroupe du 16 février 2015sus le titre éloquent : Athénae Delenda Est, « Athènes doit être détruite ».
(http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/02/16/athenae-delenda-est/?module=BlogPost-Title&version=Blog%20Main&contentCollection=Opinion&action=Click&pgtype=Blogs®ion=Body)

« Athenae Delenda est »
« OK, c’est incroyable, et pas dans le bon sens. Les discussions sur la Grèce des ministres des Finances de l’Eurogroup se sont rompues sur un projet de déclaration, que les Grecs ont décrit comme « absurde ». C’est là une chose certainement remarquable. Voici, selon moi la phrase clé :
« Les autorités grecques sont engagées à dégager des excédents budgétaires primaires appropriées et de financement, afin de garantir la viabilité de la dette, en ligne avec les objectifs fixés dans la déclaration de l’Eurogroupe de Novembre de 2012. En outre, toutes nouvelles mesures devraient être financées, et ne pas compromettre la stabilité financière ».
Traduction : on ne lâche rien sur l’excédent primaire exigé de 4,5 % du PIB.
Il n’y avait absolument aucune possibilité pour que Tsipras et les siens puisse signer une telle déclaration,- déclaration qui vous fait vous demander si les ministres de l’Eurogroupe pensent ce qu’ils font.
Il est possible que ce soit juste des imbéciles – et qu’ils ne comprennent pas que la Grèce de 2015 n’est pas l’Irlande de 2010, et que ce genre d’intimidation ne fonctionnera pas.
Mais il est plus probable qu’ils ont décidé de jeter la Grèce dehors. Plutôt que de céder le moindre pouce de terrain, ils préfèrent voir la Grèce obligée de faire défaut sur ses paiements et probablement sortir de l’euro. L’épave économique qu’elle est supposée devenir servant de leçon de choses à tous ceux qui songeraient à demander un allègement. Bref, ils veulent imposer l’équivalent économique de la « paix carthaginoise" que la France a cherché à imposer à l’Allemagne après la Première Guerre mondiale.
Un tel manque de sagesse est à la fois étonnant et consternant ».

Un audit des dettes publiques grecques réclamé par Esther Jeffers et Jean-Marie Harribey, Economistes atterrés :

http://www.atterres.org/sites/default/files/La%20BCE%20contre%20le%20peuple%20grec2.pdf

Les économistes atterrés décortiquent l’origine de la dette grecque et de son explosion jusqu’à être maintenant insoutenable. Ils réfutent l’argument selon lequel une annulation massive de la dette grecque prêtée par la France ( 40 milliards d’euros) pourrait coûter 640 euros à chaque Français.
« Ces 40 milliards d’euros ont été empruntés par l’Agence française du Trésor (AFT), ils sont donc déjà intégrés dans la dette publique française. Aussi, l’annulation de tout remboursement par la Grèce n’aurait aucun impact sur le niveau de la dette publique française. S’il y a annulation, l’État grec ne paiera pas mais l’État français non plus car, quand les titres arrivent à échéance, il ne rembourse pas sa dette mais l’échange contre de nouveaux titres. Certes, dans ce cas, il ne percevrait plus les intérêts correspondants ». Selon les spécialistes, expliquent-ils, cela couterait 400 millions d’euros de recettes annuelles à la France en manque à gagner, soit 10,5 euros par an et par résidant en France. Ils notent surtout que ces prêts de la France ou de l’Allemagne et des autres pays européens ont servi, non à sauver la Grèce, mais leurs propres banques exposées à la Grèce.
C’est pourquoi ces économistes soutiennent le droit de la Grèce à désobéir à ses créanciers « au cas où la Troïka s’entêterait à vouloir appliquer coûte que coûte le mémorandum et son cortège de mesures mortifères pour la société grecque », ainsi que la proposition de réaliser un audit des dettes publiques « afin d’identifier les responsables et les bénéficiaires réels de ces dettes, et de dégager les solutions qui permettront de libérer la Grèce de ce boulet ».

Un plan Marshall pour la Grèce proposé par Gabriel Colletis, Jean-Philippe Robé et Robert Salais

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20150213trib10de20be0/un-plan-marshall-pour-la-grece.html

Gabriel Colletis, professeur d’Economie à l’Université de Toulouse-Capitole, Jean-Philippe Robé, avocat aux barreaux de Paris et de New York, spécialisé en restructurations internationales et Robert Salais, directeur de recherche en Economie au CNRS , ont élaboré la proposition de mettre en œuvre un véritable plan Marshall à l’échelle européenne pour la Grèce. Celui-ci s’appuierait sur une restructuration de la dette grecque, les créances sur l’Etat grec étant transformées en certificats d’investissement. Nous publierons prochainement une interview de Robert Salais sur cette proposition novatrice.

Une réduction de l’excédent budgétaire exigé par la Troika préconisée par Paul Krugman

http://krugman.blogs.nytimes.com/?_r=0

Comme il le souligne dans le commentaire ci-dessus sur la réunion de l’Eurogroup, Paul Krugman considère que le point central pour la Grèce est l’excédent primaire de 4,5% de son PIB exigé sur le budget de l’Etat. Un excédent ramené à 1,5% permettrait selon lui de financer les mesures d’urgences sociales et sanitaires et la politique de redressement économique du nouveau gouvernement.
Explication en trois graphiques :
1. L’ampleur de l’austérité qui a frappé la Grèce n’a eu aucun équivalent en Europe :

( Source de l’image http://graphics8.nytimes.com/images/2015/02/17/opinion/021715krugman1/021715krugman1-blog480.png )

Le graphique illustre la diminution entre 2007 et 2014 des dépenses publiques en termes réels (déduction faite de l’inflation) et déduction faite des intérêts payés par l’Etat sur la dette publique. C’est-à-dire en clair des dépenses publiques pour l’éducation, la santé, les routes, les services des impôts, les emplois de fonctionnaires : - 22% pour la Grèce contre -3% pour la Lettonie,-2, 5 pour l’Irlande, -2% pour le Portugal et +3% pour l’Espagne.

2. La Grèce et l’Allemagne de Weimar

(Source de l’image : http://graphics8.nytimes.com/images/2015/02/15/opinion/021515krugman1/021515krugman1-blog480.png )

Le graphique met en parallèle l’évolution du PIB de la Grèce depuis 2007 et celui de l’Allemagne entre 1913 et 1920 lorsque la France a commencé à exiger le paiement des réparations de guerre. Il montre que l’austérité, « a dévasté la Grèce à peu près autant que la défaite, dans une guerre totale, a dévasté l’Allemagne impériale ». « L’idée d’exiger que cette économie triple la taille de son excédent primaire est ... troublante ».

3. les fausses promesses de la Troïka.

Ce graphique met en parallèle l’évolution du PIB de la Grèce telle qu’elle était prévue en appliquant les programmes du mémorandum et celle qui s’est effectivement réalisée. En 2014 selon ce que disaient les instances européennes le PIB devrait être de 20% plus élevé qu’il ne l’a été.
On voit donc à quoi a abouti la politique réclamée par la Troïka.
« Le point fondamental, commente Paul Krugman, est que la Grèce a, néanmoins, réussi à dégager un excédent budgétaire primaire – c’est à dire hors paiements d’intérêts- d’environ 1,5 % du PIB. Mais elle devrait maintenant le porter à 4,5 % « un chiffre qui a peu de précédents dans l’histoire ». Et qui devrait conduire la Grèce à un nouveau recul de 8% de ses dépenses publiques. C’est insoutenable et totalement déraisonnable. Par contre le gouvernement grec est tout à fait raisonnable : « il n’appelle pas à un retour à des déficits primaires. Il propose seulement que l’excédent soit stabilisé à son niveau actuel ».

Un plan B suggéré par Wolfgang Munchau éditorialiste au Financial Times

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/4cdc1898-9c1c-11e4-a6b6-00144feabdc0.html#axzz3RtldglBe

« Athènes doit tenir ferme contre les politiques qui ont échoué » affirme dans son éditorial publié à la veille de la réunion de l’Eurogroup, l’éditorialiste du Financial Times, Wolgang Munchau ( voir aussi
http://www.regards.fr/auteur/wolfgang-munchau). Il conseille la fermeté à Yanis Varoufakis : « Il est, dit-il, membre du premier gouvernement de la zone euro a avoir reçu un mandat démocratique clair pour résister à un régime totalement dysfonctionnel qui s’est avéré économiquement absurde et politiquement intenable ».
Bien sûr, si elle résiste, la Grèce pourrait subir un étranglement financier et être poussée à une sortie de l’euro. Mais là aussi, la résistance est possible. Un plan B existe. Le gouvernement grec peut trouver la parade.

Sans quitter l’euro, Il s’agirait d’introduire une monnaie parallèle – non pas du papier-monnaie émis par la Banque centrale, mais des certificats de dette émis par le gouvernement, adossés aux recettes fiscales futures. Ces certificats pourraient être utilisés comme moyens de paiements ou pour recapitaliser les banques. Ce système explique Wolgang Munchau a été proposé par un économiste américain Robert Parenteau. Du reste de tels instruments existent aux États-Unis au niveau de l’Etat. Ils agissent comme un crédit d’impôt qui permet aux gouvernements d’exécuter un déficit budgétaire jusqu’à la reprise économique. « Avec un tel instrument dit l’éditorialiste, la Grèce pourrait abandonner l’austérité sans abandonner l’euro ».

Une réduction de moitié de la dette grecque préconisée par Reza Moghadam, ancien directeur du FMI pour l’Europe :

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/4cdc1898-9c1c-11e4-a6b6-00144feabdc0.html

L’ancien directeur du département Europe du FMI jusqu’en 2014 et actuellement vice-président pour les marchés de capitaux chez Morgan Stanley préconise une annulation de la moitié de la dette grecque. Il l’a écrit dans une lettre au Financial Times publiée le 26 Janvier.
« Une sortie de la Grèce n’est dans l’intérêt de personne, écrit-il, mais s’y opposer n’est pas suffisant, une solution crédible est nécessaire ».
« En échange d’une programme de réformes, l’Europe devrait offrir un allègement substantiel de la dette – une réduction de moitié de la dette de la Grèce et une réduction de moitié de l’équilibre budgétaire. Cette annulation conditionnelle et progressive pourrait viser à ramener la dette grecque jusqu’à la moyenne européenne en trois ans, comme du reste cela était officiellement prévu par le FMI et les ministres de la zone euro dans le plan de sauvetage de 2012 ». Ces hypothèses se sont révélées outrageusement optimistes compte tenu des effets de la politique mise en œuvre sur la croissance, l’inflation, et la cohésion sociale. Reza Moghadam ne le conteste pas et dit en avoir « une part de responsabilité, ayant été impliqué dans les discussions de la Troïka entre 2010 et 2014 ».Quant aux réformes nécessaires, écrit –il, Syriza, qui ne fait pas partie des élites dirigeantes jusqu’ici au pouvoir, est sans doute mieux disposés que ses prédécesseurs pour les mettre en œuvre ».


(*) : Extrait de La Solution, poème que Berthold Brecht écrivit après le soulèvement des ouvriers à Berlin et dans toute la RDA, en 1953.

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  • Bonjour,

    Le graphique dans "3. les fausses promesses de la Troïka." ne semble pas être le bon. Sinon, merci pour cette analyse, qui rejoint celle d’Alternatives Économiques. La question : comment agir pour aider la Grèce à résister ????

    spherick Le 20 février 2015 à 12:55
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