Accueil | Par Bernard Marx | 24 février 2015

Grèce : la bataille n’est pas finie

La Grèce a finalement obtenu de l’Eurogroupe une extension pour quatre mois de l’aide financière. Mais le gouvernement grec a dû accepter des contreparties plus sévères que celles qu’il avait espérées. Mais la bataille ne fait que commencer

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Cela s’est passé en deux temps. Le 19 février, un accord a été trouvé lors de la réunion des ministres de l’Eurogroupe pour une extension de quatre mois de l’aide financière dont la Grèce bénéficie depuis 2012, qui arrivait à échéance le 28 février. L’accord était soumis à l’acceptation d’un programme de réformes transmis par le gouvernement grec en début de semaine et finalement accepté par l’Eurogroupe.

L’accord donne lieu à une bataille d’interprétation qui est tout sauf désintéressée. Relayant les discours du président de l’Eurogroupe ou du ministre allemand des finances W. Shauble, la plupart des médias parlent de défaite pour Syriza. C’est aussi l’appréciation de l’aile gauche de Syriza (http://www.regards.fr/vigie-medias/article/un-echec-de-syriza-peserait-tres), qui se bat depuis le départ pour quitter l’euro au plus vite, contrairement à l’engagement pris durant la campagne électorale victorieuse. Au contraire, Alexis Tsipras a affirmé avoir « gagné une bataille mais pas la guerre ». « Les difficultés, les vraies difficultés sont devant nous », a-t-il ajouté.

La lecture de la lettre de demande acceptée le 19 et de la liste des engagements pris et acceptés le 24 montre que les institutions européennes ont dû renoncer à l’application du programme du mémorandum et d’engagements de régressions sociales supplémentaires pris par le gouvernement Samaras. Pour autant le nouveau gouvernement grec a dû renoncer à la mise en œuvre immédiate d’une hausse du salaire minimum, et à une remise en cause de privatisations passées ou engagées. il fait cependant acter qu’à l’avenir « chaque nouveau cas sera examiné séparément et sur le fond, en privilégiant les baux de longue durée, les coentreprises (collaboration public-privé) et les contrats qui maximisent non seulement les recettes publiques mais aussi des niveaux potentiels de l’investissement privé ».

Un accord sous tension

Rien n’a été obtenu en ce qui concerne la dette. La Grèce réaffirme son engagement à payer en temps et en heure tous ses créanciers.
Un point clé est celui de l’excédent primaire du budget grec. En 2014 il était de 1,5% du PIB. Les accords passés en novembre 2012 dictaient qu’il devait passer à 3% en 2015 et 4,5% en 2016. Le but est d’arracher aux Grecs les ressources pour payer les intérêts et le remboursement de la dette. Mais c’est incompatible avec tout espoir de sortir de l’austérité et de financer les investissements indispensables pour redresser le pays. De ce point de vue, l’accord du 19 février affirme que les autorités grecques devront « être en ligne » avec ces engagements. Une souplesse possible est accordée pour 2015 en fonction des « circonstances économiques » et aucun chiffre n’est donné pour la suite.

Le mot Troïka n’existe plus, mais subsiste la stricte surveillance par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (dénommés « les institutions »). Les engagements du gouvernement précédent d’augmenter la TVA et de baisser encore les retraites ne s’appliqueront pas. Les mesures d’urgence sanitaires sont confirmées mais pas la hausse immédiate du salaire minimum et le rétablissement des conventions collectives.

Comme convenu dans l’accord du 19, le gouvernement grec a fait avaliser par l’Eurogroupe, la liste des réformes contenues dans son programme et effectivement indispensables : la lutte contre la fraude fiscale et la corruption, la réforme de l’administration publique et l’efficacité de l’Etat et de l’intervention publique. Ce n’est plus la Troïka qui impose des mauvaises réformes tout en n’agissant pas pour de bonnes réformes. La Grèce redevient "propriétaire" » de réformes structurelles essentielles pour mettre fin aux maux du clientélisme et de l’évasion fiscale.

Pour l’exemple

À ce stade, il ne serait pas fondé de dire de l’extérieur si des erreurs ont été commises par le gouvernement grec et si plus aurait pu être arraché. Mais de là où nous sommes placés, nous pouvons dire que les gouvernements socialistes à commencer par celui de la France ou de l’Italie portent une lourde responsabilité. Les gouvernements socialistes comme les gouvernements conservateurs ou les gouvernements d’union nationale, veulent tous tuer dans l’œuf l’espoir qu’un cours nouveau pourrait émerger, se diffuser et l’emporter en Europe. Il faut tout faire pour que rien ne change. La leçon donnée à Madrid lors de la réunion des partis socialistes de l’Union européenne le 20 février par Martin Schultz, l’ancien tête de liste du PSE aux élections européennes de 2014 a été la même que celle administrée par Wofgang Shaüble, le ministre des finances CDU de Madame Merkel. « La réalité n’est souvent pas aussi belle que les rêves. Les Grecs auront sans doute du mal à expliquer l’accord à leurs électeurs », a martelé celui-ci (http://www.mediapart.fr/journal/international/210215/lallemagne-fait-plier-la-grece).

« On ne peut pas promettre aux électeurs votez pour moi et demain tout changera... C’est un rêve et ce n’est pas réaliste » a dit celui-là, en hommage au célèbre « Je dirais même plus » de Dupond et Dupont (http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20150221.AFP9574/les-socio-democrates-europeens-dont-valls-contre-une-austerite-suicidaire.html). Moyennant quoi, les socialistes européens ont dénoncé « l’austérité suicidaire » de la politique européenne (sic).

La bataille continue

Le délai de quatre mois doit servir à préciser les réformes et à commencer à les mettre en œuvre et pour des discussions sur un « éventuel nouvel accord entre la Grèce, les institutions et l’Eurogroupe ».

L’enjeu est donc de renforcer le soutien à la Grèce, car ce n’est pas seulement l’avenir des Grecs mais celui de tous les européens qui se joue.
Un point clé reste la question de la dette. Sa restructuration reste insoutenable. Le nier ne pourra pas durer éternellement, sauf à pousser finalement la Grèce hors de l’euro ... avec alors la certitude d’un défaut massif sur la susdite dette.

PS : Nous publierons dans les prochains jours une interview de l’économiste Robert Salais qui vient de proposer avec l’économiste Gabriel Colletis et l’avocat Jean-Philippe Robé, spécialisé en restructurations internationales "un plan d’investissements solidaires" associant restructuration de la dette grecque et relance des investissements productifs.

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