Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 9 janvier 2015

Paul Krugman : le danger ne vient pas de la Grèce

Pour l’économiste américain Paul Krugman, le piège de l’Europe n’est pas une éventuelle victoire de Syriza, mais la déflation à la japonaise dans laquelle elle est déjà plongée. La Grèce rend donc service à l’Europe en sonnant l’alarme.

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Ne pas se laisser enfermer dans la sidération, encore moins dans la guerre des identités. Au contraire, faire front sur les possibles et les espoirs, ici et maintenant. À commencer en ce mois de janvier 2015, par la Grèce où se jouent des élections cruciales pour eux, pour nous, pour tous les Européens. Modestement, nous tacherons de rendre compte, ici, de ce que disent les économistes des enjeux de ces élections pour la Grèce et pour l’Europe. Et l’on vérifiera que, sur ce sujet aussi, ce ne sont pas tous des sales types... Après Thomas Piketty, voici ce que dit l’économiste américain Paul Krugman sur son blog du New York Times.
Bernard Marx.

Le piège de l’Europe


Il y a, à l’heure actuelle, beaucoup de risques dans l’économie mondiale : un atterrissage économique brutal de la Chine (les gouvernements locaux dépendent fortement de la vente de terrains pour leurs recettes), une crise financière en Russie et dans d’autres pays exportateurs de pétrole, sont possibles, etc. Mais il y a une chose qui n’est pas un risque, car c’est déjà une réalité : la zone euro est entrée dans une spirale déflationniste à la japonaise.

Certes, ce ne est pas, au sens littéral du terme, de la déflation à grande échelle, mais peu importe. Une inflation légèrement positive ou légèrement négative avec des taux d’intérêt sur les obligations déjà à la limite du zéro, cela revient au même. En outre, l’Europe du Sud a toujours besoin de "dévaluation interne" importante (c’est-à-dire de réduire les coûts et les prix par rapport à ceux de l’Allemagne) de sorte qu’un taux d’inflation globalement faible pour la zone euro prise dans son ensemble, signifie une déflation destructrice dans une grande partie du continent.

L’Europe dans une impasse

Si vous regardez les prévisions implicites des marchés, c’est vraiment désastreux. En ce moment, les obligations allemandes à cinq ans offrent un rendement égal à zéro. Cela correspond à une prévision que l’Europe sera dans une situation de trappe à liquidité pour toute cette période. Les obligations qui composent l’indice offrent du -0,35 %. Cela veut dire deux choses : d’une part que les investisseurs voient si peu d’opportunités d’investissement rentables qu’ils sont prêts à payer le gouvernement allemand pour protéger leur richesse, et d’autre part qu’ils s’attendent à quelque chose comme 0,3 % d’inflation au cours des cinq prochaines années, ce qui est catastrophiquement en dessous de l’objectif.

Comment est-on censé y mettre fin ? J‘admire Mario Draghi, et je crois qu’il fait de son mieux. Mais il est vraiment difficile de voir comment la BCE pourrait avoir les leviers nécessaires pour résoudre le problème, même si elle n’a pas à faire face à des dissensions internes de la part des "rigoristes monétaires".

Ne pensez donc pas que l’Europe aurait une stratégie économique difficile, mais réalisable, qui serait mise en danger par les électeurs grecs et ainsi de suite. L’Europe est dans une impasse. Si La Grèce est en train de faire quelque chose au reste de l’Europe, c’est bel et bien de lui rendre service en sonnant l’alarme.

New York Times, Paul Krugman, The conscience of a liberal – "Europe’s trap" 05/01/2015). Traduction Bernard Marx.

À propos de Paul Krugman, lire aussi "Austérité : la France victime du syndrome de Stockholm".

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Vos réactions

  • "...la zone euro est entrée dans une spirale déflationniste à la japonaise. "
    En pratique "Déflation" signifie qu´il y a trop peu d´argent
    liquide en circulation, donc pour que les produits et services puissent être vendus, les prix baissent...et voilà, pas étonnant, les consommateurs attendent que les prix par bonheur baissent encore davantage...l´économie (les PME) se meure...
    La solution : L´État doit insuffler de l´argent (le moyen d´échange) dans le circuit économoque, mais il doit le faire de façon souvereine, sans endettement. Que chaque pays-membre de la zone Euro aille donc sa monnaie propre complémentaire en parallèle à l´Euro, la monnaie commune...

    JosephMeyer Le 10 janvier 2015 à 21:39
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