Regards.fr : D’où est venue l’idée de Finance Watch ?
Pascal Canfin : Les eurodéputés sont très sollicités par les lobbies, et toujours de manière contradictoire. Mais, après quelques mois de mandat, j’ai constaté que, face au lobby de l’industrie financière, personne de la société civile n’est venu frapper à ma porte pour proposer un décryptage et une contre-argumentation. C’est ce que va faire Finance Watch. C’est très important, car les industries financière et bancaire ont une mauvaise image dans l’opinion publique. Mais, comme elles ont le monopole du lobbying auprès des décideurs, elles parviennent à confisquer le débat, et les décisions demeurent opaques. Il faut au contraire rendre ces débats publics pour contraindre les responsables politiques à cesser de faire le grand écart entre leurs discours médiatiques et leurs décisions et à assumer leur bilan (la déréglementation n’est pas tombée du ciel !). Nous pouvons alors espérer peser significativement sur les décisions.
Regards.fr : Qui sont les lobbyistes de Finance Watch ?
Pascal Canfin : Ce sont des universitaires et d’anciens professionnels de la finance de très haut calibre qui apparaîtront « crédibles » aux yeux des députés ou des experts de la Commission. Ils ne sont pas opposés à la finance : nous avons besoin de banques capables de collecter des dépôts, mesurer les risques, financer des projets. Mais, aujourd’hui, cette ingénierie financière a été dévoyée. Il est par exemple inacceptable qu’une banque, qui a le privilège de créer de la monnaie, l’utilise pour faire de la gestion pour compte propre. Les lobbyistes de Finance Watch issus du monde de la finance partagent cette éthique.
Regards.fr : Quels sont les dossiers de l’automne pour Finance Watch ?
Pascal Canfin : Un premier groupe s’occupe du dossier, dont je suis rapporteur, sur les CDS (Credit default swap), pour interdire la spéculation sur les dettes souveraines. Le second porte sur la transposition en droit européen des règles prudentielles de Bâle 3. Un troisième travaille sur la directive MIFID, qui organise le droit des transactions financières et la traçabilité des marchés : c’est essentiel, car maintenant qu’une majorité politique se dégage en faveur d’une taxation sur les transactions financières, ce texte permettra d’élaborer les conditions techniques de sa mise en place. Enfin, un quatrième groupe travaille sur le dossier du too big to fail, pour obliger les banques à tenir à jour une cartographie précise de leurs activités que pourra utiliser le régulateur en cas de problème. Tous les débats sont sur la table politique, notre travail a pour ambition d’éviter qu’ils accouchent d’une souris !



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