Accueil | Par Bernard Marx | 25 septembre 2020

5G : « l’écologiste » Dominique Seux recycle les bobards

Sur France Inter, l’éditorialiste Dominique Seux et l’économiste Thomas Piketty ont débattu du déploiement de la 5G. Pour Regards, Bernard Marx décrypte la séquence.

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Le vendredi sur France Inter, Dominique Seux délaisse l’affirmation solitaire et éditoriale de la pensée économique made in Les Echos de Bernard Arnault. Il débat avec Thomas Piketty. Ce matin, le plat au menu était la 5G. Faut-il ou non la déployer sans plus attendre ? Oui, sans aucun doute, a forcément répondu l’éditorialiste, partisan de l’écologie par la technologie et les GAFA, en recyclant pour l’occasion une belle série de bobards.

 

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Il a d’abord voulu mettre à sa sauce l’argument « Amish » et « lampe à huile », made in Macronie : « Bien sûr qu’il faut interroger le progrès technique ! », proclame-t-il. Mais c’est pour mieux ignorer le problème, tout en prétendant y avoir réfléchi. Pour lui, à chaque fois, ça recommence, c’est une comédie éternelle. En France tout particulièrement. Les ennemis du progrès agitent toujours des fantasmatiques dégâts des techniques nouvelles. « Quand le train est arrivé, on disait que les viscères allait exploser ». L’argument n’est pas original. Il a néanmoins tout du bobard. La veille, Le Monde a justement publié une tribune de l’historien et chercheur au CNRS Jean-Baptiste Fressoz qui fait litière de cette référence.

L’historien démontre par les faits que « la peur que le train aurait suscitée à ses débuts, argument utilisé pour dénigrer les craintes actuelles sur la 5G, est un mythe entretenu depuis un siècle et demi ». Thomas Piketty qui, lui, a lu son collègue, l’explique à Dominique Seux. Celui- ci croit sortir de ce mauvais pas en invoquant… les craintes fallacieuses concernant les voitures qui ont pu rouler de plus en plus vite. Mais ce progrès technique a produit bien des dégâts. On a dû mettre des règles et des barrières à la vitesse des voitures. Comme le fait observer Thomas Piketty, l’argument de Dominique Seux se retourne contre sa thèse. Arrivé à ce point, Nicolas Demorand vient au secours de l’éditorialiste en perdition et change de sujet. Et l’on passe donc aux autres raisons qu’il y aurait à ne pas prendre le temps d’un vrai débat public permettant de maitriser collectivement le sujet.

Un moratoire sur la 5G

Thomas Piketty souligne que les deux ministres, de la Santé (Olivier Véran) et de l’Ecologie (Elisabeth Borne), avaient écrit en juin au Premier ministre (Edouard Philipe) pour demander un moratoire : l’éditorialiste qui, bien sûr, est un vrai journaliste et non un communiquant assurant le service après-vente des décisions élyséennes prétend que les ministres n’ont pas demandé de moratoire mais un rapport qui a justement été rendu il y a quelques jours. Et que donc, il n’y a pas de sujet. Sauf que, la ministre expliquait le contraire en juin dans le JDD : « Les citoyens demandent une évaluation des impacts en termes de santé et d’environnement. Il serait utile d’avoir l’évaluation de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui est attendue pour la fin du premier trimestre 2021. Je peux vous dire qu’avec Olivier Véran, nous venons de saisir le Premier ministre pour demander d’attendre cette évaluation avant le déploiement de la 5G ». Ce n’est pas du tout un rapport de L’ANSES qui a été publié mais un rapport réalisé dans l’urgence par des inspecteurs généraux de diverses administrations. Le rapport de l’ANSES sera publié effectivement en 2021. Et aucune nouvelle évaluation des enjeux environnementaux n’est engagée.

Puis viennent les sujets de l’impact sur le problème du climat. Il n’y a pas plus sobre que la 5G, affirme Dominique Seux. La preuve : faire circuler une donnée demandera beaucoup moins de dépenses d’énergie. Et on pourra fermer la 2G et la 3G qui en consomme beaucoup plus. Là, l’éditorialiste recycle l’argument du secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O : « Il faut être très clair : la 5G, c’est plus de débit, mais moins de consommation énergétique », avait-il affirmé le 15 septembre au journal Le Monde. « À court terme, il est essentiel de comprendre que le réseau actuel sera bientôt saturé dans les grandes villes et que nous avons le choix entre la saturation ou des antennes 5G qui consomment dix fois moins d’énergie que les antennes 4G ».

Cedric O a tout simplement mis sous le tapis « l’effet rebond », une base de l’analyse des effets techniques. L’augmentation des données qui circuleront sera beaucoup plus forte que la baisse de la consommation d’énergie pour en faire circuler une. Et si on s’engage sans débat préalable et sans choix collectifs forts, il n’y aura pas photo. L’explosion des mégabits pour le streaming, les connections de tous les objets et la promotion sans rivage du télétravail sera sans commune mesure avec la baisse unitaire de la consommation d’énergie. Le président de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, auditionné au Sénat, a lui-même admis qu’« après la première année de déploiement, la consommation énergétique de tous les opérateurs affichera une augmentation importante ». Et ce, malgré les gains d’efficacité énergétique promis par le déploiement de la 5G.

Une course en avant technologique

Sans compter le renouvellement des téléphones, l’accélération de l’obsolescence programmée et l’empreinte écologique que cela va générer non seulement sur l’émission de carbone mais aussi sur une nouvelle vague de surexploitation des ressources non renouvelable de la planète (terres rares). Dominique Seux n’en a cure. Il ne veut pas voir la lune que prétend lui montrer Thomas Piketty. Il préfère regarder le doigt de la formidable avancée californienne de l’interdiction dès 2035 des ventes des voitures diesel et à essence. Et il pense qu’on devrait faire pareil en Europe. Et vous savez quoi ? son petit doigt, justement, lui a dit que les industriels n’y seraient pas opposés. Évidemment en douze minutes de débat pas question d’en savoir plus sur les aides et les subventions qui seraient associées à la fermeture des capacités de production obsolètes.

Pour justifier le moratoire, Thomas Piketty a aussi parlé des ménages déçus par les prétendues innovations là où la 5G a déjà démarré. Dominique Seux a balayé d’un revers. La 5G, c’est pour les entreprises, la robotique et le fonctionnement à distance des grues dans les mines, a-t-il expliqué. Thomas Piketty a aussi évoqué la nécessité de traiter préalablement, les enjeux de souveraineté, de sécurité et de vie privée. Mais Dominique Seux a esquivé. Il a parlé de retard technologique pour la France, mais a considéré que la loi sur la Recherche, critiquée par Thomas Piketty, était hors sujet (sic) . Et il a asséné l’argument final d’autorité : un sondage disant que les Français sont majoritairement pour un déploiement rapide de la 5G. Alors que le sondage montre que les Français ont encore en réalité beaucoup d’interrogations et d’incertitudes sur le sujet.

D’où la nécessité d’un moratoire pour un véritable débat.

 

Bernard Marx

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Vos réactions

  • Sur l’aspect sanitaire, il est bon que des études "independantes" soient menées pour cerner les éventuelles limites à poser à la 5g... Mais sur l’aspect purement énergétique, il est évident que, là où la technologie 4G prenait 1 antenne, la 5G en nécessitant 3, la facture sera forcément plus élevée ! Secondo, il s’agit avec la 5G de créer de nouveaux usages pour par exemple l’automobile, le médical... Mais aussi évidement de permettre l’utilisation d’objets connectés mobiles de manière générale n’importe où (à savoir que demain, le smartphone ne restera pas le seul objet à transporter nos miasmes à travers la planète...). L’objectif avoué de cette technologie apparaît donc indiqué en même temps qu’une accélération, une augmentation massive du volume des transferts de données de types très différents... Des données complexes qui nécessiteront, outre une capacité de stockage accrue, des puissances de calcul considerables pour arriver à les traiter ! Or, où les trouve-t-on si ce n’est dans des datacenters ?! Les datacenters, environnements contrôlés par excellence, migreront bien évidemment vers des contrées pour réduire leurs consommations électriques (pays "froids", fond des océans ou des mers...), et ce, peut être au détriment de la faune et flore locale, mais sûrement au prix d’une compétition sans merci car ces lieux naturellement "frais" risquent bien de devenir de moins en moins nombreux !!!! Bref, la 5G pose bien des questions sur la maturité de nos sociétés en matière de maîtrise des sciences et des technologies : poser le débat démocratique apparaît bien être la meilleure manière de voir où l’on en est !

    carlos Le 25 septembre à 21:11
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