Come Hell or High Water, by Michael Pinsky. Photo CC Akuppa John Wigham
Accueil | Par Clément Sénéchal | 15 octobre 2018

Climat : l’enjeu européen

Clément Sénéchal, chargé de campagne à Greenpeace, cerne les responsabilités de l’UE dans la lutte contre le changement climatique et les dommages environnementaux.

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Au lendemain de la "marche pour le climat" qui a réuni 14.500 manifestants à Paris et des milliers de personnes dans toute la France, nous publions cet article extrait du numéro d’automne 2018 de Regards.

À quel niveau agir face à la crise écologique ? En commençant par son propre mode de vie, ou au contraire en investissant toute son énergie dans des mobilisations collectives ? En faisant vivre les initiatives locales, concrètes et accessibles, ou en visant les grands centres de pouvoir, éloignés et trop souvent imprenables ? Quel agenda choisir ? Celui de son jardin, de sa ville, de son pays, de l’Union européenne ?

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Échelle européenne

Pour répondre à ces questions, il faut bien se souvenir que la crise écologique s’exerce d’abord sur le front du changement climatique. Or l’une des caractéristiques majeures de ce phénomène réside dans sa globalité, qu’il s’agisse de ses causes ou de ses effets. Dans ses effets : le réchauffement climatique touche l’ensemble du globe, à des degrés divers certes, mais sans considération pour les ensembles politiques et leurs frontières. Dans ses causes : la surexploitation des ressources naturelles et l’explosion des flux internationaux, encouragées par une libéralisation effrénée des échanges.

Dans ce contexte, il est bien évidemment nécessaire de mener des actions à l’échelle la plus globale possible. À ce titre, l’UE ne peut être délaissée. D’une part, elle possède la masse critique économique et les prérogatives normatives pour imposer des changements à grande échelle. D’autre part, elle constitue un espace de concertation et de coopération potentielles entre les États-membres, susceptible d’atténuer la concurrence délétère entre pays pour l’accès aux différentes ressources naturelles de la planète. Par ailleurs, c’est à l’échelle européenne que se négocient aujourd’hui les traités de libre-échange, qui régissent la quantité et la qualité des matières premières importées. Enfin, c’est également l’Union européenne qui pilote le financement des secteurs les plus en prise avec la crise écologique, comme l’agriculture et l’énergie.

Remède pire que le mal

L’Europe assume d’ailleurs de manière explicite un rôle sur le plan environnemental, puisqu’elle s’est dotée d’une directive sur les énergies renouvelables dès 2009. Et l’année 2018 aura vu l’adoption d’une nouvelle directive pour la décennie 2020-2030. L’occasion d’une victoire de la société civile, puisque les droits des citoyen-nes à produire, consommer, vendre et stocker des énergies renouvelables sont désormais établis dans la loi.

La nouvelle directive prévoit également une sortie progressive des carburants dits de première génération, obtenus à partir de cultures alimentaires, dont le bilan climatique est en moyenne 80 % plus néfaste que celui de leurs équivalents fossiles. La raison : ils entraînent conversion des sols et déforestation massive, lesquelles privent la planète de puits de carbone essentiels à sa régulation climatique. C’est par exemple ce que compte produire Total dans son usine du Sud de la France, à La Mède, avec l’aval inexplicable du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. La moindre des choses, puisque c’est l’UE qui a impulsé dès 2005 le développement industriel de ce remède qui s’est avéré bien pire que le mal. Hélas, la date retenue de 2030 témoigne d’une frilosité tragique, puisque d’ici là il ne restera presque rien des forêts tropicales.

Urgence d’un gouvernement écologique

Autre agenda important : les négociations autour de la prochaine Politique agricole commune (PAC) qui débutent cette année et qui auront un impact systémique. Cet argent public a façonné en Europe une agriculture productiviste déconnectée des enjeux environnementaux. Ce système de pollueurs-payés doit cesser afin d’engager la transition. La nouvelle PAC devra en particulier, pour répondre aux enjeux climatiques, favoriser une baisse de la production de viande et de produits laitiers.
C’est donc au niveau de l’Union européenne qu’ont lieu les arbitrages qui dirigent les grandes politiques industrielles qui impactent la planète. Néanmoins, il faut se garder de l’illusion d’une Europe monolithique. Car malgré son poids et sa perméabilité aux lobbies, la Commission européenne, tant vilipendée, n’est pas centrale dans les orientations prises sur le plan environnemental. C’est plutôt le Conseil européen, soit la synthèse des joutes diplomatiques que se livrent les différents États-membres, qui fait la différence. C’est pourquoi il y a urgence à faire advenir un gouvernement écologique en France, capable d’emmener cet ensemble politique vers une transformation économique à même de préserver les conditions du vivant.

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Vos réactions

  • Croyez-vous qu’un gouvernement écologique soit viable dans un monde dominé par les multinationales prédatrices ?
    Un gouvernement écologiste ne saurait être qu’anticapitaliste ou se condamnerait à l’échec comme l’a si bien souligné N. Hulot lors de sa fracassante démission du gouvernement Make the planet great again.

    choucroute Le 15 octobre à 13:57
  •  
  • 1. Ce n’est absolument pas un enjeu Européen, c’est un enjeu mondial.

    2. L’Union Européenne étant gouvernée par les libéraux et les fachos, elle n’est absolument pas le cadre approprié pour faire face aux enjeux climatiques.

    3. Une France forte, appuyée sur la Francophonie, qui fait le nécessaire à l’ONU est la meilleure des solutions.

    Ajoutez à cela que EELV et Génération.s sont des tartufes à la solde de Macron, et les choses deviennent limpides.

    monKheymrad Le 16 octobre à 10:45
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