Accueil > Politique | Par Pierre Jacquemain | 5 septembre 2018

Le Rugy et la fureur : la nomination qui indigne

Le successeur de Nicolas Hulot sera-t-il à la hauteur ? Le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire est déjà la cible de nombreuses attaques, passif politique gratiné oblige.

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Dans le vieux monde de François Hollande, en 2011, alors qu’il venait à peine de recueillir 6% des voix à la primaire socialiste, Manuel Valls était propulsé à Matignon, nommé Premier ministre. Sept ans plus tard, dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, alors qu’il venait à peine de recueillir 4% des voix à la primaire socialiste, François de Rugy était propulsé au Perchoir, devenant le quatrième personnage de l’Etat. Le voilà désormais numéro 3 du gouvernement, ministre d’Etat chargé de la Transition écologique et solidaire. Bienvenue dans la Vème République, sous le régime macronien, où les ministres ne font plus de politique, au mieux sont-ils des super-chefs d’administration, au pire sont-ils de simples faire-valoir.

Au lendemain de sa nomination, l’apprenti ministre n’a pourtant pas manqué de rattraper le micro par lequel son prédécesseur, Nicolas Hulot, avait annoncé sa démission. C’est sur France Inter toujours, interrogé par le duo le plus écouté de France, Léa Salamé et Nicolas Demorand, que le nouveau ministre d’Etat a réservé ses premières paroles.

Les éléments de langage mal aiguisés, la piètre prestation du nouvel héros de l’écologie, a manqué de convictions. Et c’est peu dire. Aucune annonce, aucune inflexion. De la langue de bois. Rien, pas même le début d’une sincère détermination à agir radicalement pour la cause écologique, pouvant laisser entendre qu’il avait pris la mesure de la gravité de la situation. Le vide. Le vide de la pensée intellectuelle. Le vide de la vision politique et écologique. Il y a urgence, qu’ils disaient…

Inconsistance politique et vide idéologique

Les deux animateurs de la matinale ont dû rester sur leur faim. Les auditeurs et la planète aussi. Rien, comme le rappelle Greenpeace France depuis son compte Twitter sur « la pollution des cours d’eau, les boues toxiques, les déchets radioactifs, l’urgence climatique ou la sauvegarde de la biodiversité ». À peine a-t-on entendu quelques rares poncifs sur les enjeux écolos.

Pire, répondant à une question d’un auditeur sur l’enfouissement des déchets radioactifs, de Rugy a sèchement répondu qu’un « ministre n’est pas là pour répondre à un interrogatoire. » Circulez, y’a rien à voir. Peu importe les convictions, de Rugy n’avait sans doute pas reçu consigne pour répondre à la question. Il faut dire que ce tour de passe-passe politique a principalement consisté à libérer le perchoir pour, vraisemblablement l’offrir à Richard Ferrand, lui-même libérant la présidence de son groupe parlementaire pour échoir à une autre figure médiatique de la Macronie. L’ancien monde. Aux enjeux planétaires, de survie de l’Humanité, préférons la politique politicienne.

Derrière ce “remaniement technique” comme voudrait le laisser entendre Emmanuel Macron en refusant d’admettre la “crise politique” que traverse sa majorité, la question démocratique, la question de “qui décide”, se pose plus que jamais. Et ce matin sur France Inter, l’apprenti ministre en a fait la démonstration, en s’exécutant. Sans pouvoir. Ni savoir. Il semble ne pas avoir débordé de ce qu’il lui avait été permis de dire. Ou de commenter. Parce que c’est à l’Elysée, qui maintient le cap de l’obsession de la croissance et des accords de libres échanges, que les grandes décisions, sont prises. Evidemment. Notamment en matière budgétaire. Et là-dessus, rien de neuf sous le soleil. Rien sur l’isolation thermique, l’éolien ou le nucléaire. Aucune ambition. Aucune anticipation. Aucune planification. La politique des petits pas. Du surplace. Pire, un retour en arrière.

« Tout ça pour ça », « opportuniste », « ministre des apparences écologiques », « membre éminent de la Macronie », « l’homme des compromis et des compromissions », « dommage pour l’écologie », « il suivra la voix de son maître »

De ministre de l’Écologie, il n’y a plus. Les commentaires, de droite à gauche, ne suscitent guère l’enthousiasme. Personne ne semble croire dans la capacité – et la volonté – de François de Rugy à défendre avec force et convictions les enjeux écologiques. Trop politicien. Et insincère. Nombreux doutent aussi de sa capacité – et de sa volonté – à tenir tête aux lobbys, dont Nicolas Hulot avait pourtant dénoncé le pouvoir dévastateur. Pas étonnant, d’ailleurs, que la première à s’être félicitée de la nomination de François de Rugy soit la Fédération nationale des chasseurs.

Déchu du perchoir

Aussi, l’expérience d’une année à l’Assemblée nationale n’est pas pour rien dans ce déferlement de commentaires pessimistes. « C’est celui [François de Rugy] qui a fait en sorte de retarder le débat sur la question du glyphosate », a rappelé le député LFI Eric Coquerel, allant jusqu’à convoquer un vote au parlement en plein milieu de la nuit pour faire capoter un amendement qui proposait l’interdiction du glyphosate.

Critiqué de toute part de l’hémicycle, des Insoumis aux communistes en passant par Les Républicains et les centristes, sur l’exercice de ses fonctions, sans doute restera-t-il dans la mémoire comme le pire président de l’Assemblée nationale de la Vème République, là où Philippe Seguin, Raymond Forni ou Jean-Louis Debré avaient obtenu le respect de la plupart des groupes politiques.

Pour preuve, notre vidéo des grands moments de "médiation" parlementaire à la Rugy, à voir ci-dessous.

 

 

Mais c’est ainsi en Macronie, les fidèles et les médiocres, les “fayots” et les “godillots” sont toujours récompensés. Il faudra bien plus de deux cent personnalités, appelant en une du Monde à un sursaut écologique, pour que « le plus grand défi de l’histoire de l’Humanité » soit réellement pris en compte. Parce que, précisément, il y a urgence. Mais alors que la maison brûle, le gouvernement semble déterminé à vouloir regarder ailleurs… Rendez-vous samedi à la Marche pour le climat.

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Vos réactions

  • Il ne sait pas tenir la boutique.

    Et ce n’est pas Bernard Debré, mais Jean Louis Debré qui tenaIt l’assemblée national. Tres apprécié de tous.

    Et l’époque n’était pas la meme, ni la gauche d’ailleurs, elle éait plus correcte. Les remarques de Ruby sur le manque de correction de la FI a l’assemblée est justifiée . On ne prends pas de photos de groupe, et on ne passe pas son temps sur Tweeter, etc .

    Trop laxiste, et manque de diplomatie pour sa part.
    Il serait temps de le remplacer.

    bdpif Le 5 septembre à 22:20
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  • les écolos doivent arrêter de soutenir EELV. Ça suffit maintenant.

    vraimentEcolos Le 6 septembre à 16:06
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