Everlyne et ses amies à l'ouvrage dans les locaux de PowerWomen (photo: J.Austruy)
Accueil | Par Jennifer Austruy | 7 mars 2013

A Nairobi, des femmes séropositives s’organisent

Au Kenya, difficile d’être à la fois femme, seule, pauvre et séropositive. Des habitantes du bidonville de Kibera, près de Nairobi, se retrouvent et s’entraident au sein d’une petite structure autogérée. En commercialisant des bijoux créés avec des matériaux de récupération, elles reprennent place dans la société. Reportage.

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Les échoppes s’alignent le long d’un chemin cabossé et le soleil rebondit sur les toits de tôle ondulée, ça et là des poulets sautillent en picorant des peaux de bananes. Une odeur d’égout saute à la gorge. Kibera. Le plus grand bidonville du Kenya, l’un des plus vastes d’Afrique dit-on. Un peu plus d’un demi-million de personnes sans doute.
Au détour d’une rue, derrière des murs de terre cuite, assises dans la pénombre, cinq femmes bavardent tout en découpant des feuilles de magazine. L’une, les joues creusées et la poigne fragile se lève, tire une chaise et se présente, Caroline Awino secrétaire du Power women group, un groupe d’une quinzaine de femmes créatrices de bijoux et séropositives. Dans la pièce, sur les tables et présentoirs, sont disposés sacs à main, colliers et vêtements.

L’histoire de cet atelier commence en 2004, alors que, stigmatisées et rejetées par la communauté à cause de leur maladie, quelques femmes d’une trentaine d’années décident de se réunir, pour se soutenir moralement et partager leurs angoisses, leurs questions. Everlyne, la directrice actuelle, raconte : « Au début, je croyais que les antirétroviraux allaient me faire mourir plus vite, c’est une des membres qui m’a expliqué que non ». Puis elle ajoute, les yeux humides « ma propre famille ne voulait plus me parler, les femmes du groupe sont devenues mes sœurs, nous partageons tout ».

Avec un mari mort ou évaporé dans le nature, ces femmes se retrouvent souvent seules pour payer le loyer, les médicaments et élever et nourrir une ribambelle d’enfants dont certains sont eux-mêmes séropositifs. Alors, très vite l’idée d’une entraide financière émerge. Au départ, il s’agit d’économiser dix shillings (soit dix centimes d’euros) par personne et par réunion et de profiter à tour de rôle de la cagnotte mensuelle. « L’une d’entre nous avait réussi à ouvrir un kiosque à légumes mais les médicaments lui causaient de sévères problèmes de peau et personne ne voulait rien lui acheter » explique Caroline. Elles décident alors de louer un local et d’y établir une activité collective : « Nous voulions montrer aux gens que nous restions utiles malgré le sida ». Après avoir visité une bijouterie, appris des techniques de création et acheté du matériel, l’atelier est lancé. « Les designs sont sans cesse renouvelés, nous les inventons ou trouvons l’inspiration dans des revues » explique fièrement la secrétaire de l’association en caressant un collier du bout des doigts. Elles apprennent rapidement à utiliser des matériaux simples de manière ingénieuse : feuilles de magazine pour les perles, sacs plastiques pour les paniers... Les chutes sont utilisées pour créer des bracelets. Rien ne se perd, tout se transforme. Selon une organisation scrupuleuse, la recette du mois est divisée en quatre : salaire, nourriture, achat de matériel et cagnotte d’urgence en cas de coup dur. D’un point de vue économique, cette activité demeure toutefois marginale : la journée, la plupart d’entre elles tentent de trouver des travaux domestiques. Mais ce qui compte vraiment avec ce groupe se situe ailleurs. Caroline le résume en une phrase : « Nous nous appelons les Power Women parce qu’être ensemble nous donne de la force. »

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