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Les femmes veulent faire le spectacle

Entretien, par Aline Pénitot| 7 mars 2013
Les femmes veulent faire le spectacle (Laurence Equilbey) Laurence Equilbey
 
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Le monde de la culture, un monde libre, en avance sur son temps, de gauche ? Peut-être… mais certainement pas à parité. Retour sur une enquête effrayante sur la place des femmes dans le spectacle vivant. Entretien avec Laurence Equilbey, Chef d’orchestre.

Aline Pénitot. Vous avez publié, il y a un an, une enquête qui révèle un phénomène inégalitaire d’une ampleur insoupçonnée…

Laurence Equilbey. Les gens de la culture évoluent dans un monde ouvert où le vivre ensemble est particulièrement important, où faire de l’art ensemble est essentiel, où l’on se pense loin des clichés sexistes. J’imaginais que la répartition entre les hommes et les femmes à des postes de responsabilités artistiques était de l’ordre d’un tiers de femmes pour deux tiers d’hommes. Mon enquête et celles qui sont menées par la SACD nous ont laissé sans voix. Nous ne pensions pas vivre dans un tel bastion masculin. Du côté des postes administratifs, il n’y a pas de surprise et le secteur culturel révèle les mêmes discriminations que la moyenne des entreprises françaises. Ce qui est plus choquant est de constater le peu de femmes programmées ou exerçant à des postes importants.

Regardez par exemple, la programmation de l’Opéra de Paris, je ne le pointe pas plus que les autres. Cette année, une seule femme sera à la direction musicale pour trente-neuf hommes, on trouve deux chorégraphes femmes pour onze hommes et aucun metteur en scène femme pour dix neuf hommes. C’est maigre. 84 % des théâtres cofinancés par le Ministère de la culture sont dirigés par des hommes, 78 % des spectacles que nous voyons sont créés par des hommes. Dans les centres dramatiques nationaux, les femmes créent 15 % des spectacles avec 8 % des moyens de production. Seule une femme, Ariane Mnouchkine a pu accéder à la cour d’honneur du festival d’Avignon depuis qu’il est créé. Tout le monde est médusé par ces chiffres. Tout se passe comme si la femme, tout court, n’existait pas en tant qu’artiste majeur.

Au fond, l’homme-artiste est considéré comme le « neutre », la norme, reléguant de ce fait la femme-artiste à une minorité inventée. Pourquoi le débat s’ouvre tout à coup ?

Sans doute parce que la France est plus à gauche et prompt à mener ces débats. Mais je pense surtout que la situation n’est plus tenable. Il n’est pas possible de continuer à vivre dans un pays qui ne donne pas la parole à ses femmes. Je remarque aussi que, d’une manière générale, l’ensemble du mouvement féministe grandit et fait beaucoup de bien : le laboratoire de l’égalité homme-femme, le mouvement H/F, le groupe d’action féministe la Barbe… Dernièrement, ce groupe a envahi la scène du théâtre de l’Odéon pour faire remarquer à Jean-Luc Bondy, son nouveau directeur, que sur quatorze productions, on trouvait quatorze metteurs en scène homme et quatorze auteurs homme. Il ne s’en rendait juste pas compte. Par contre nous, nous ressentons tous les jours des difficultés à accéder à des postes artistiques de premier plan. Quand j’ai découvert cette réalité, que je ne vivais pas à titre personnel, j’ai d’abord étouffé avant de me relever. Il y a aussi beaucoup d’hommes qui me racontent en être choqués. Je pense que la majorité des femmes sont ignorantes du phénomène.

Le milieu musical est particulièrement marqué par le vieux clivage homme-chef-créateur d’un côté, femme-muse-interprête de l’autre…

Je pense que la musique est le secteur artistique le plus conservateur. Du côté des compositeurs, le phénomène est tellement ancien que la pente va être très longue à remonter : 97% des musiques composées pour le spectacle vivant le sont par des hommes. Par contre concernant les chef d’orchestre et des interprètes-solistes, il est possible de changer vite la donne. Je suis pour qu’on fasse en sorte que, tout de suite, un tiers de femmes prennent place dans toutes les branches du secteur. On ne peut pas attendre quinze ans. Il faut dès aujourd’hui que les orchestres engagent au moins une femme au podium par saison et qu’un effort particulier soit fait pour faire jouer des instrumentistes solistes femmes. Une à deux femmes chef d’orchestre jouent à Paris chaque année ; ce n’est pas raisonnable.

Alors, faut-il imposer des quotas dans les programmations ?

Je ne souhaite pas remettre en cause la liberté de programmer. Mais il va falloir que les programmateurs considèrent que la mixité est quelque chose d’absolument nécessaire pour la vitalité de la création. Et si la culture est un peu sclérosée aujourd’hui, c’est parce qu’elle n’est pas assez brassée. Les consciences bougent vite et il est maintenant possible d’évaluer les changements qui s’opèrent d’année en année. Je vais suivre tout cela de prêt mais je ne suis pas sûre que la situation puisse évoluer rapidement et significativement sans contraintes. Je trouve très bien que le CSA donne des directives pour faire évoluer la place des femmes dans les médias. Pourquoi le spectacle vivant devrait continuer comme ça, en toute impunité ?

  • Madame Equilbey,

    Demandez un rendez-vous à Aurélie Filipetti et faites-lui des propositions concrètes pour changer l’état des lieux. Vous devriez trouver une oreille attentive. Elle a fait passer la direction des vingt-cinq DRAC de deux à huit directrices en un an. Ce qui ne semble pas être un hasard fortuit...

    Un passant Le 24 novembre 2013 à 00:01
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En savoir plus...

  • Les enquêtes : www.sacd.fr

    Le mouvement H/F : www.hf-idf.org

    Les prochains concerts de Laurence Equilbey :
    Bach, Passion selon Saint-Jean

    • - 25 mars 20h - Paris, Salle Pleyel
    • - 26 mars 20h30 - Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence (ouverture du Festival de Pâques)
    • - 5 avril 20h - Dijon, Auditorium