Accueil | Chronique par Isabelle Lorand | 23 mars 2020

Chloroquine

À l’heure du Covid-19, Isabelle Lorand, chirurgienne, chronique la pandémie pour Regards.

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Pour ou contre. Chacun a son avis. De Trump en passant par les chaines infos ou les réseaux sociaux le débat fait rage. Je le dis d’emblée, je ne parviens pas à me faire une conviction. Je m’en remets à l’avis du conseil scientifique et à son président le Professeur Delfraissy.

 

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Mais alors, à quoi bon faire une chronique ? Parce que ce médicament cristallise les fractures d’une société que la pandémie pourrait aggraver. Ainsi, que l’impérieuse nécessité d’accepter de sortir du cadre habituel. D’une part, l’espoir du miracle ou la certitude du complot. De l’autre, les sachants tel le chroniqueur à l’écharpe rouge qui affirme sans vergogne « il faut prescrire l’hydroxychloroquine et le contre-indiquer aux cardiaques ».

La chloroquine et l’hydroxycholoroquine sont de vieux médicaments, dont on connaît bien les effets secondaires. Il a été prescrit par millions de doses notamment pour le paludisme.

En revanche, si les études publiées sont enthousiasmantes, il serait à ce stade des études cliniques franchement exagéré d’affirmer son efficacité. Nous n’en sommes qu’à une étape préliminaire et il faudra sans doute compter plusieurs semaines pour en certifier scientifiquement l’efficacité, ou non.

Celui qui égraine chaque soir les chiffres de malades et de morts peinera à convaincre qu’il faille attendre ces quelques semaines indispensables à l’étude Discovery. Même si cette procédure - qu’on appelle fast-track - est accélérée. Et c’est certainement la raison pour laquelle certains patients positifs au Covid-19 ont d’ores et déjà accepté de tester le remède du professeur Didier Raoult. Parmi lesquels des élu.e.s de premier plan.

Alors que la vague est annoncée pour cette semaine et les prochaines et que le ministre de l’éducation nationale annonce le retour à l’école le 4 mai, la temporalité de l’exigence scientifique est totalement perturbée. Sous pression. Et face aux populismes, la raison doit garder la main. Il y a urgence à convaincre. Par la cohérence du propos. Mais aussi par la capacité des médecins et des chercheurs à s’adapter à une situation totalement inédite. Peut-être faut-il donner aux soignants les moyens d’utiliser le test diagnostic largement quand ils l’estiment nécessaire pour agir plus précocement ? Et de permettre massivement aux patients positifs d’être volontaires dans une étude.

 

Isabelle Lorand, chirurgienne

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