Accueil | Chronique par Isabelle Lorand | 20 mars 2020

Le masque tombe

À l’heure du Covid-19, Isabelle Lorand, chirurgienne, chronique la pandémie pour Regards. Pour commencer : les masques de protection et leur gestion comptable.

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Les Français découvrent avec effroi que la France – la France ! – n’est pas en mesure de fournir les masques indispensables à la protection des soignants et à la limitation de la diffusion de l’épidémie. Qu’il s’agisse des masques FFP2 qui protègent contre l’inhalation du virus ou des masques chirurgicaux qui évitent leur diffusion par les porteurs sains, c’est la pénurie.

 

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Comme c’est la pénurie, il faut se résoudre à réserver les masques – y compris les chirurgicaux – aux personnels exposés. Mais il est peu crédible, alors qu’en Chine, en Corée ou en Italie tout le grand public le porte, d’expliquer qu’en France le port du masque serait inutile sous couvert d’arguments scientifiques. S’il n’y avait pas de pénurie, les masques chirurgicaux participeraient des mesures barrières.

Mais comment en est-on arrivé là ? Olivier Veran a lâché l’info devant le Sénat. Par mesure d’économie il a été décidé en 2013 de supprimer le stock stratégique de FFP2 et de passer le stock de masque chirurgicaux de 1 milliard à 100 millions. Stupéfiant ! Manque de soignants et de lits d’hospitalisation, pénurie de masques et de respirateurs, chaque jour, on mesure combien la logique comptable est néfaste. Le masque tombe, c’est le paradigme de baisse des dépenses publiques qui est montré du doigt. Alors, le « c’est pas moi, c’est l’autre » est un peu facile. Parce que ce paradigme est le cœur de la doctrine présidentielle. Et à propos de Président, nous n’oublions pas qu’en 2013, il était comme secrétaire général adjoint de l’Élysée à la tête de la cellule économique.

Mais également, comme l’a indiqué Agnès Buzyn, dès la mi-janvier, le risque de crise aurait dû amener le sommet de l’État à prendre des dispositions. En particulier, la reconstitution des stocks de masques. Aujourd’hui il est facile de montrer les Français du doigt en leur reprochant de faire leur footing. Mais ce ne sont pas les Français qui prennent la crise « à la légère ». C’est le Président qui a pris les alertes « à la légère ».

 

Isabelle Lorand, chirurgienne

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