Accueil | Chronique par Isabelle Lorand | 21 avril 2020

Traçabilité des vies

À l’heure du Covid-19, Isabelle Lorand, chirurgienne, chronique la pandémie pour Regards.

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Tracking en mode GPS ou, « plus soft », en mode bluetooth, voilà que la traçabilité de nos vies à grande échelle s’impose à la vitesse grand V comme une évidence. La sécurité sanitaire vaut bien quelques concessions à nos libertés, nous dit-on ! Exit donc, l’évaluation du rapport bénéfice-risque ou, comme on disait avant, peser les avantages et les inconvénients.

 

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En matière de progrès scientifique ou de nouvelles techniques, le premier des avantages pour accepter un risque est d’être convaincu de son utilité. Et c’est seulement dans l’hypothèse d’une réponse par la positive qu’il semble raisonnable d’étudier les conditions de la réduction des risques. C’est ce que j’appelle le principe de prévention : choix assumer et collectif de prendre un risque et conditions de sa réduction.

Deux exemples bien connus du grand public permettent d’illustrer ce propos. Le nucléaire apparaît pour la majorité des Français – à tort ou à raison – durablement indispensable. Dans ces conditions pour cette technique dangereuse mais incontournable, il est indispensable d’établir les conditions de réduction des risques : maîtrise publique, démocratie sociale… Le clonage embryonnaire apparaît inacceptable en soi. Parce qu’il s’agit d’une manipulation du vivant et des vivants éthiquement indignes et qu’il y a des alternatives à cette voie pour répondre à ses promesses. Dans ce cas, pas de raison d’envisager les conditions de son développement.

L’essentiel pour réussir le déconfinement reste incertain, expliquant certainement la difficulté à en présenter la stratégie. Il n’y a ni les tests pour tester massivement les éventuels porteurs sains, ni les moyens de les isoler. Pas plus que les dispositions humaines pour identifier les sujets qui ont rencontré des porteurs sains afin de les dépister. La pénurie de masques ou de casaques est loin d’être derrière nous. Le respect de la distanciation sociale dans les transports urbains est une énigme.

Dès lors, le traçage semble bien secondaire.

Dans le monde d’aujourd’hui, il y a une urgence : les conditions et les priorités du déconfinement. Pour le traçage numérique, il y a le temps avant d’envisager ce dangereux précédent.

 

Isabelle Lorand, chirurgienne

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