Accueil | Tribune par Collectif | 27 juin 2020

APPEL. Décolonisons l’espace public !

Dans plusieurs pays, le débat sur les modalités de la suppression des monuments insultant la mémoire des peuples esclavagisés est ouvert. Mais la France refuse totalement d’envisager le moindre changement.

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Un mouvement d’ampleur mondiale exige une décolonisation de l’espace public. De l’Afrique du Sud à Paris, de la Colombie à Lille, des USA à Nantes, de la Martinique à Bordeaux, etc., la planète entière voit se développer des mobilisations pour que cessent les valorisations et mises à l’honneur d’esclavagistes, de massacreurs coloniaux et d’idéologues et théoriciens racistes. Honorés par des statues ou des noms de voies publiques et d’écoles, ces symboles de plus de quatre siècles d’esclavage et d’un siècle et demi de colonisation, constituent une véritable insulte au peuple français en général et aux citoyennes et citoyens issus de ces peuples meurtris par l’esclavage et la colonisation. Ce mouvement est une bonne nouvelle pour tous les partisans de l’égalité. Il doit être soutenu et amplifié pour rendre incontournable la décolonisation, non seulement des espaces publics mais aussi des imaginaires collectifs et de l’histoire officielle.

 

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Loin d’être une question secondaire ou une lubie de militants emplis de ressentiments, cette action sur le symbolique est éminemment politique. On ne tourne en effet jamais une page d’histoire sans l’avoir lue jusqu’à la dernière ligne. On ne bâtit pas plus d’avenir commun sur la base d’une occultation de crimes et de massacres consubstantiellement liés à l’idée d’asservissement portée par l’esclavage et la colonisation. Ces crimes et massacres ne sont pas des excès ou des « bavures » mais la mise en œuvre logique et prévisible du projet d’asservissement. Le reconnaître est le premier pas vers le dépassement de cette page de l’histoire de France. Décoloniser l’espace public est une condition certes insuffisante, mais absolument nécessaire pour un avenir égalitaire.

En outre, la question posée par ces mobilisations ne se limite pas à une simple exigence de reconnaissance historique portant sur le passé. Les représentations sociales du Noir, de l’asiatique, de l’Arabe, etc. qui ont préparé, accompagné et justifié ces deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la colonisation, continuent d’informer à bien des égards nos sociétés contemporaines. La non décolonisation des esprits et des imaginaires collectifs permet leur survie et leur reproduction contemporaines. Elles servent désormais d’accompagnement idéologique aux discriminations systémiques dont sont victimes les descendants d’esclaves et de colonisés.

Les discours accusant ces mobilisations de vouloir effacer l’histoire sont à la fois ridicules et significatifs. Ridicules parce que notre exigence n’est pas un effacement de l’histoire mais, au contraire, la revendication d’une histoire qui ne soit plus partielle et partiale, qui rend visible ce qui est occulté aujourd’hui et enseigne ce qui, depuis des siècles, est silencié. Significatifs aussi parce que le président Macron lui-même a tenu à clore le débat avant même de l’entamer. Alors que dans d’autres pays le débat est ouvert, en France, il serait immédiatement clos .

L’argument de la nécessaire contextualisation de ces massacreurs et de leurs actes est tout aussi inadmissible et insultant. Insultant parce qu’il considère les militant.e.s mobilisés comme ignorants de l’histoire et des causalités ayant produit l’esclavage et la colonisation. L’argument est aussi inadmissible parce qu’il ignore ceux et celles , qui dans le même contexte historique, se sont élevés contre l’esclavage et la colonisation. Ce sont ces personnes qui devraient être honorées par des noms de rues et des statues et non les massacreurs coloniaux et les esclavagistes. Il est ainsi scandaleux que l’on compte en France autant de statues ou d’espaces publics portant les noms de Gallieni, Faidherbe ou Bugeaud, et si peu les noms de Louise Michel ou de Paul Vigné d’Octon qui se sont opposés courageusement aux crimes des premiers.

Pour toutes ces raisons les signataires appellent :

  • à l’exigence d’une décolonisation de l’espace public ;
  • à multiplier les initiatives et mobilisations communes pour faire cesser l’occultation des crimes esclavagistes et coloniaux.

Pour signer la pétition, c’est par ici.

Pour participer à la balade décoloniale organisé par le FUIQP, c’est par ici.

Signataires

 Said Bouamama, sociologue, militant au FUIQP ;
 Isabelle Garo, enseignante, philosophe ;
 Ghyslain Vedeux, président du CRAN ;
 Eric Fassin, sociologue à Paris 8 ;
 Saimir Miles, La voix des Rroms ;
 Bruno Della Sudda, militant autogestionnaire et altermondialiste, membre d’Ensemble ! ;
 Youcef Brakni, militant antiraciste ;
 Patrick Silberstein, co-auteur du Guide du Paris colonial et des banlieues ;
 Gerty Dambury, auteure et metteuse en scène ;
 Théo Roumier, syndicaliste et libertaire ;
 Achille Mbembe, philosophe ;
 Patrick Farbiaz, membre du PEPS ;
 Marianna Kontos, architecte-urbaniste et doctorante ;
 Boualem Hamadache, syndicaliste SUD au Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis ;
 Françoise Vergès, militante féministe antiraciste et politologue ;
 Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire ;
 Alexis Cukier, philosophe et membre de la CGT Ferc Sup ;
 Nadia Louachi, militante anti raciste FUIQP ;
 Pierre Cours-Salies, sociologue ;
 François Gèze, éditeur ;
 Catherine Destom Bottin ;
 Nacira Guénif, sociologue, professeure à l’université Paris 8 ;
 Omar Slaouti militant antiraciste ;
 Virginie Duval, militante syndicat ASSO-Solidaires ;
 Nadia Fardaoui, medecin , militante au FUIQP ;
 André Rosevègue, membre de l’Union Juive Française pour la paix-Aquitaine ;
 José-Luis Moragues, militant antiraciste et membre di BDS France-Montpellier ;
 Pierre Khalfa, membre de la Fondation Copernic ;
 Radija Boukhalfa, militante associative antiraciste, membre du MRAP06 et de RESF06 :
 Amzat Boukari-Yabara, historien ;
 Fatima-Ezzahra Ben-Omar, militante féministe ;
 Catherine Samary, économiste altermondialiste ;
 Rocé, rappeur ;
 Medhy Belabbas, militant antiraciste ;
 Haocas Wkasu Victor, militant du mouvement des jeunes Kanaks en France ;
 Verveine Angeli, militante antiraciste et secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires ;
 Cybel David, animatrice de la commission internationale de l’Union Solidaires ;
 Georges Franco, artiste-peintre ;
 Hadrien Bortot, membre du Conseil National du PCF ;
 Christine Delphy, sociologue ;
 Ariella Azoulay, artiste et professeure à Brown University ;
 Jalil Leclaire, comédien et metteur en scène ;
 Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue et rofesseure émérite à l’Université de Paris ;
 Sonya Nour, militante antiraciste ;
 Fabiana Ex-Souza ;
 Laurent Levy, essayiste ;
 Mogniss H. Abdallah ;
 Hamoudi Djataou, ancien dirigeant du MTA (Mouvement des travailleurs arabes)-Grenoble ;
 Sonia Fayman, UJFP, Cedetim ;
 Gilles Lemaire, écologiste altermondialiste ;
 Gustave Massiah, économiste altermondialiste ;
 Maryse Tripier, sociologue ;
 Magali Bessone, professeure de philosophie ;
 Pierric Annoot, Secrétaire départemental du PCF 92 ;
 Serge Guichard, militant anti-raciste communiste ;
 Michele Guerci, journaliste ;
 Salah Amokrane, militant associatif à Toulouse ;
 Claude SZATAN, Cedetim ;
 Vikash Dhorasoo ;
 Olivier Besancenot, Christine Poupin, et Philippe Poutou : porte-paroles du NPA ;
 Jean SAINT-MARC, membre du secrétariat du Parti Communiste Réunionnais, collaborateur de Paul VERGÈS de 1971 à son décès en nov. 2016 ;
 Pierre Zarka, Association des communistes unitaires ;
 Jean François Pellissier, Ensemble ;
 Smail Bessaha, CGT Palais de la porte dorée.

Organisations signataires

 FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires) ;
 Décoloniser les arts ;
 Ligue Panafricaine-UMOJA section France ;
 CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) ;
 UJFP (Union juive française pour la paix) ;
 BAN ;
 La voix des Rroms ;
 Mouvement des jeunes Kanaks en France ;
 Survie Nationale ;
 L’équipe de rédaction du Guide du Bordeaux colonial ;
 MRAP 06 ;
 Contrevent (Grenoble) ;
 La FASTI ;
 CEDETIM ;
 Sud éducation 93 ;
 NPA ;
 L’ACU ;
 PEPS.

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