Accueil | Chronique par Arnaud Viviant | 1er juin 2021

On a lu pour vous « Ces substances interdites (pour l’instant) qui guérissent » de Chayet

Une critique hallucinée d’Arnaud Viviant.

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C’est sans doute parce qu’il part d’un événement réel que le livre de Stéphanie Chayet dépasse le simple document auquel une édition paresseuse nous a de plus en plus habitués. Comme elle le raconte en introduction, cette journaliste française qui vit depuis vingt ans à New York a été atteinte d’un cancer du sein. Parce qu’elle a lu qu’ils adoucissaient l’épreuve de la chimio, Stéphanie Chayet a commandé, en choisissant le dealer le mieux noté par ses clients, une petite quantité de champignons hallucinogènes sur l’Internet profond où tout ce qui est illicite se monnaie contre des bitcoins. Très vite, elle sera livrée à son domicile par une jeune coursière. Forte de cette expérience, Stéphanie Chayet se lance dans une enquête passionnante, vivante, pleine de rencontres et de portraits sur le retour aux États-Unis, 50 ans après Woodstock, des drogues psychédéliques ou phantastica expérimentées en laboratoire avec la bénédiction de l’agence américaine du médicament. À commencer par la reine de ces drogues, le LSD, découverte par le Suisse Albert Hofmann, décédé en 2008 à l’âge canonique de 102 ans. Stéphanie Chayet cite d’ailleurs la lettre qu’un an avant sa mort, le vieux chimiste envoya à Steve Jobs pour qu’il finance la recherche autour du LSD thérapeutique. « D’après les médias, lui écrit-il, le LSD vous a été utile pour le développement des ordinateurs Apple et votre propre quête spirituelle, et je serai curieux de savoir en quoi […] J’espère que vous m’aiderez à transformer mon enfant terrible en enfant prodige ». Steve Jobs n’en fera rien, mais Stéphanie Chayet montre combien ces recherches psychopharmaceutiques afin de guérir la dépression, les dépendances, ou bien encore adoucir l’épisode de la mort, sont aujourd’hui largement financées par les nouveaux milliardaires de la Silicon Valley.

 

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Le livre évoque donc, à la fois dans leur historicité et leur actualité habilement tressées, les champignons hallucinogènes, le LSD mais aussi la drogue de la liane, la fameuse ayahuasca, breuvage hallucinogène autour duquel s’est développé en Amazonie un véritable tourisme chamanique. Parmi les personnalités ayant tenté cette expérience, on compte la romancière belge Amélie Nothomb qui a écrit un livre sur le sujet, le seul que son éditeur Albin Michel ait refusé de publier… Parce qu’elle est française, Stéphanie Chayet clôt son livre par un chapitre sur le retard quasi-obscurantiste qu’a pris la France sur ce sujet, y compris par rapport à d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie et la Suisse.

 

Arnaud Viviant

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  • Il y aura bien du malheur si on ne trouve pas au tabac quelque vertu thérapeutique. L’originalité de cette drogue est d’être autorisée (pour l’instant).

    Glycère BENOIT Le 2 juin à 10:39
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