Accueil | Par Jérôme Martin | 1er septembre 2021

On a lu pour vous « Printemps républicain » d’Amine El Khatmi

Une critique républicaine de Jérôme Martin.

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Appliquer la préférence nationale à la politique du logement social. Revenir sur le droit du sol à Mayotte ou en Guyane. Conditionner l’attribution aux étrangers des aides sociales à la maîtrise du français. Mettre sous tutelle les « Territoires perdus de la République », promus sans être définis à un nouveau statut administratif. Supprimer les aides à la culture quand les œuvres critiquent l’État. Défendre l’usage des tests osseux pour définir la minorité de jeunes étrangers alors que les scientifiques en contestent la fiabilité. Enfermer, expulser des étrangers, toujours plus, toujours plus vite.

Ces quelques mesures n’ont pas été tirées du programme du Rassemblement national, mais bien de celui du Printemps républicain, paru sous forme de livre vendu à un prix très populaire de 15 euros, et attribué non pas collectivement à l’organisation, mais à son seul président, Amine El Khatmi. Un programme qui se veut de gauche et populaire, « universaliste », et qui n’est en réalité qu’une énième resucée, une aggravation parfois, des propositions des droites les plus extrêmes.

 

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Amine El Khatmi se voudrait pragmatique, incantation réchauffée pour justifier un programme réactionnaire et démagogique. Mais comment croire à un quelconque pragmatisme quand la politique fiscale, et d’une façon générale l’économie, ne sont jamais abordées ? Les impôts sont un levier essentiel de redistribution des richesses, de correction des inégalités, donc de justice sociale. Ne proposer aucune mesure, c’est garantir le statu quo fiscal, approuver la suppression de l’impôt sur la fortune, par exemple.

Le programme du Printemps républicain est pourtant coûteux : il faut construire de nouvelles prisons, de nouveaux centres de rétention administratifs, avoir plus de police et de juge pour réprimer et enfermer. Sans compter certaines mesures parfaitement démagogiques, comme le doublement des salaires des fonctionnaires dans les zones sensibles. Comment financer tout cela ? Comme Zemmour, comme Le Pen, Amine El Khatmi ne le dit pas. Pas plus qu’il ne parle du financement de la Sécurité sociale.

Il n’a non plus rien à dire sur la place de la France dans l’Europe et dans le monde. La Défense, les rapports avec Bruxelles, l’Allemagne, la diplomatie, les relations internationales, la politique de coopération, les droits des femmes, la situation des minorités, rien de cela n’est détaillé. Des détails insignifiants quand on se veut homme politique crédible ?

Il ne s’agit pas d’un programme réaliste, mais d’un prêt-à-penser réactionnaire, mal habillé sous une mauvaise rhétorique de gauche, qui va toujours plus loin dans le racisme, la xénophobie, les mesures anti-sociales.

La « gauche populaire et universaliste » du Printemps républicain ne nie pas les inégalités sociales, mais elle les traite comme un obstacle à la cohésion de la Nation. Par exemple, les inégalités scolaires ne sont pas un problème parce qu’elles empêchent chacun-e d’exercer pleinement son droit à l’éducation, mais parce qu’elles empêchent l’intégration. Dès lors, l’extension du dédoublement des classes de CP à des sections supérieures, à moyens constants, devrait suffire. Et dans le secondaire, il faudrait se contenter d’une simple politique de tutorat assuré par des emplois précaires.

De même, la politique de logement social et la lutte contre la ségrégation urbaine ne visent pas à garantir aux personnes un droit fondamental, mais à éviter l’entre-soi religieux, le communautarisme, l’islamisme. Et pour la gauche « populaire et universaliste », défendre le logement social, c’est le réduire. Le Printemps républicain promet en effet une diminution des logements sociaux dans les villes où il y en a beaucoup – sans aucune mesure incitatrice pour compenser ailleurs.

La santé n’est pensée qu’au travers de l’organisation des soins. Amine El Khatmi propose un moratoire sur la fermeture des lits hospitaliers, en oubliant de rappeler qu’elle est le fait de Xavier Bertrand, avec qui il s’allie, de Valérie Pécresse, qu’il a soutenu aux régionales, de Manuel Valls, qu’il a soutenu en 2017. Il peut dès lors nous raconter une nuit de réveillon aux urgences où il se met à l’écoute des personnels confrontés à l’austérité. Cette austérité, il en soutient les principaux responsables. Et il n’a aucun mot pour les pénuries de médicaments, leur prix, les enjeux de santé publique, la prévention, la nécessité de relocaliser la production pharmaceutique, la levée des brevets. Autant de questions vitales, qui touchent au quotidien réel des citoyen-nes et que le Printemps républicain ne se donne même pas la peine de penser.

Il ne s’agit donc pas d’un programme réaliste, mais bien d’une nouvelle tentative de rendre le discours de droite et d’extrême droite toujours plus hégémonique : un prêt-à-penser réactionnaire, mal habillé sous une mauvaise rhétorique de gauche, qui va toujours plus loin dans le racisme, la xénophobie, les mesures anti-sociales, un vademecum taillé pour assurer à Amine El Khatmi son strapontin sur les plateaux de CNews.

 

Jérôme Martin, ancien président d’Act Up-Paris

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