Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 18 juin 2020

On était à l’opération « On a bâché Gallieni »

Des militantes et des militants antiracistes se sont réunis ce jeudi 18 juin pour recouvrir d’un drap noir une statue de Joseph Gallieni, « une des figures du passé esclavagiste de la France ». On y était aussi.

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Jeudi 18 juin 2020, 18h, place Vauban, dans le 7ème arrondissement de Paris, derrière les Invalides. Au pied de la statue de Joseph Gallieni, général et administrateur colonial français du début du XXe siècle, se regroupent une vingtaine de militants et de militantes. Leur objectif : recouvrir d’un drap noir l’effigie du militaire, s’inscrivant par là-même dans une longue tradition artistico-politique.

 

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« Il nous faut revisiter notre histoire et notre mémoire », affirme Vikash Dhorasoo, ancien footballeur et candidat à la mairie de Paris pour Décidons Paris, présent sur place. « Sadiq Kahn, le maire de Londres, a annoncé la création d’une commission pour réfléchir à la diversité nouvelle des statues, des noms de routes et d’espaces publics dans la capitale britannique. Nous devons faire la même chose en France », a-t-il ajouté.

Pour un débat sur le patrimoine, la mémoire et l’histoire en France

Mais ce n’est pas vraiment du goût des autorités : le président de la République Emmanuel Macron a fermé la porte à toute initiative sur le sujet et la maire de Paris, Anne Hidalgo, en pleine campagne électorale, s’est bien gardée de s’exprimer. « On doit aller plus loin : on doit déboulonner les statues », renchérit même l’historienne et politologue Françoise Vergès. « Rendez-vous compte : cette statue de Gallieni est un affront qu’une plaque ne peut laver. »

Posé sur la tête de quatre femmes, allégories des nations colonisées, le général triomphe : « Cette statue, c’est un hommage au viol, au vol et à la soumission », tranche l’historienne. « Nous devons nous interroger sur ce qui nous a poussés à en faire un héros national. Ce n’est pas une statue, c’est un choix politique et émotionnel. » « Un choix qui divise puisque Gallieni est l’auteur de plusieurs massacres », affirme Ghyslain Vedeux, président du CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France, présent également.

Pendant ces quelques prises de paroles, Juan et Jordan escaladent le monument, le drap noir à la main. Arrivés sur les épaules du colon, ils lui recouvrent la tête. Un rayon de soleil vient éclairer l’oeuvre nouvelle : le général est aveugle et voilé, comme funestement entorchonné. Applaudissements dans l’assemblée.

Une action pacifique rendue violente par la police

L’action était pacifique et non-violente, « un appel au débat », comme l’ont rappelé les différents intervenants. Seulement, ce n’était pas du goût de la police nationale qui a fait irruption, avec gyrophares et pin-pon, fourgon et force voitures, quelques minutes après le succès de l’initiative. Avec la véhémence qui les caractérise maintenant, ils enchaînent sommations et coups de pression, menaçants militants et journalistes de lacrymogène.

Le temps que les escaladeurs redescendent, ils sont embarqués dans le fourgon et amenés au poste. Rapidement relâchés après un simple contrôle d’identité, ils ont ensuite raconté comment un supérieur, avait tempêté contre les zélés policiers, jugeant qu’« on n’interpellait pas les gens comme ça » surtout dans la mesure où il y avait les médias. Et si le problème résidait dans le fait que monter sur une statue serait dangereux ou interdit, que n’ont-ils interpellés avec la même véhémences les nervis de Génération identitaire, qui, grimpés sur le toit d’un immeuble de la place de la République, avaient déployé une large banderole samedi dernier lors du rassemblement pour le Comité Adama ?

Pour Françoise Vergès, le message de la police est on-ne-peut-plus clair : « La mise en scène faite de hurlements, c’est pour nous faire comprendre que nous n’avons pas notre mot à dire ». Une militante du Front uni des immigrations et des quartiers populaires, rappelle pourtant qu’« il y a des tas de statues déboulonnées tous les ans ».

« On vient dans un des quartiers les plus bourgeois de la capitale, chez eux, ça les fait forcément chier », ajoute un militant après que plusieurs automobilistes ont manifesté leur mécontentement par de copieuses insultes, à la vue de la statue voilée - dont ils ignoraient probablement tout de la biographie. Il est certain qu’ils poussent moins de cris d’orfraie quand ce sont les élèves des lycées Henri IV et Louis-le-Grand qui attaquent à coups de graffiti la statue de Corneille ou celle de Jean-Jacques Rousseau sur la place du Panthéon dans le 5ème arrondissement. Mais, n’en déplaise à Eugénie Bastié ou Mona Ozouf, le débat est maintenant lancé. Qu’il soit le plus apaisé possible est le premier des vœux des militants antiracistes présents pour l’action. La suite au premier déboulonnage ?

 

Pablo Pillaud-Vivien

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