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Accueil | Tribune par Laurence De Cock | 2 octobre 2019

TRIBUNE. Il est grand temps de défendre la laïcité scolaire

Avec la loi Blanquer, les écoles privées catholiques vont recevoir tous les ans entre 150 à 200 millions d’euros. Vive la laïcité et vive la République !

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La condition d’une école démocratique est qu’elle puisse accueillir tous les enfants, quelles que soient leurs origines sociales et culturelles. Pour ce faire, elle doit être « gratuite, laïque, obligatoire ». La formule aujourd’hui sonne comme une évidence creuse et ne semble être ressassée que par les professionnels de l’angoisse d’une laïcité dévoyée par la présence des enfants musulmans dans les écoles.

 

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Ces nouveaux gardiens de la République – comme ils aiment s’auto-désigner –, toujours à l’affût d’une nouvelle idée pour stigmatiser une partie des élèves, préfèrent mesurer l’épaisseur des bandeaux dans les cheveux et la taille des jupes des élèves, scruter les repas dans les cantines et brandir la moindre prononciation d’un mot arabe comme le germe d’un basculement dans l’islam radical. Comme on dit, « lorsque le sage désigne la lune (ou son croissant)… ». Car pendant ce temps, la laïcité scolaire est en effet rudement malmenée depuis de nombreuses années. Le gouvernement a pris l’habitude de traquer les « atteintes à la laïcité » ; une plate-forme de signalement a même été mise en place. Pour autant, n’en est-il pas lui-même le premier pourfendeur ? C’est ainsi que l’on pourrait en effet interpréter l’une des dernières décisions de la loi Blanquer consistant à rendre obligatoire l’instruction dès l’âge de trois ans. Les critiques ont immédiatement fusé quant aux effets de cette fausse bonne idée : cela allait profiter aux écoles privées et coûter excessivement cher aux communes.

De fait, on annonce aujourd’hui que les écoles catholiques toucheront bientôt 150 à 200 millions d’euros annuels (chiffres annoncés par Le Figaro). Comment cela est-il possible ? Il faut remonter pour comprendre à la succession de lois en faveur de l’enseignement privé, et, particulièrement à la loi Carle qui, en 2009, au nom de la parité de financement public-privé, impose aux communes de financer les écoles élémentaires privées (sous contrat avec l’État) lorsqu’elles n’ont pas de possibilité de scolariser les enfants dans l’école publique. Cette dernière n’étant elle-même que la suite logique de la loi Debré (1959) qui crée le statut d’écoles privées sous contrat avec l’État.

La République n’est pas à vendre

Avec le nouvel article de la loi Blanquer, l’obligation s’étend désormais aux écoles maternelles. On a souvent objecté que la plupart des enfants de trois ans étaient déjà scolarisés et que cette décision ne changerait pas grand-chose à l’affaire ; la réalité est toute autre. Dans les territoires ultra-marins par exemple, près de 25% des petits de trois ans ne sont pas scolarisés ; le coût pour des communes déjà très appauvries sera énorme. Outre l’accentuation des inégalités territoriales, cet article est donc un énorme cadeau à l’enseignement privé, comme prévu. On ne pourra que noter le fossé énorme entre un discours qui brandit les valeurs de la République comme un mantra et des décisions qui démantèlent sans complexe l’école publique. Cette question est essentielle pour penser la démocratisation scolaire et la place qu’y occupe la laïcité scolaire. On rappellera qu’il ne peut y avoir démocratisation si l’école n’est pas gratuite. Toute « alternative » payante est vouée à accentuer la ségrégation scolaire, y compris quand elle émane d’écoles prônant des pédagogies radicalement différentes et soucieuse de tous les élèves. Le droit à l’instruction ne se paye pas, sauf en milieu néo-libéral où il est conçu comme un outil au service de la réussite individuelle.

Mais ce n’est pas la philosophie d’une « Éducation nationale » telle qu’elle a été théorisée par la Révolution française et qui, comme l’indique son nom, repose sur la responsabilité collective et publique de l’élévation intellectuelle d’un peuple, condition de son émancipation. Il n’est plus possible de continuer à se prétendre défenseur d’une « école de la République » en oubliant ces fondations, pire, en œuvrant en coulisses pour les détruire. Dans ce dispositif public, la laïcité scolaire doit donc retrouver sa boussole : celle d’une séparation radicale des églises et de l’État, de l’accueil généreux et désintéressé de l’ensemble des enfants vivant sur le territoire ; et l’État doit cesser ses hypocrisies sur fond de Marseillaise et de drapeau bleu-blanc-rouge pour se concentrer sur une politique scolaire guidée par le principe de démocratisation. La gauche a un rôle à tenir dans ce projet, et c’est tout à l’honneur du programme électoral de La France insoumise de l’avoir affirmé : aucun financement pour le privé. Voilà une base sur laquelle faire front, urgemment.

 

Laurence De Cock, enseignante, chercheuse en histoire et sciences de l’éducation, auteure de École (Anamosa, 2019)

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  • il y a quelque chose de burlesque ds cette gauche perfusée à la moraline, persuadée de sa hauteur morale, qui se regarde le nombril et ne parle finalement qu’à elle même. Cette tribune semble tout droit sortie des grandes heures du mitterrandisme, ce conformisme lénifiant porté par ces dames de la gauche poudrée est hilarant. C’est ce qui le rend finalement attachant, cette sensation d’être en 1983 avec des jeunes collégiennes distribuant tracts et pétitions à la sortie de leur établissement.

    nounouille Le 2 octobre à 20:38
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