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Accueil | Par Loïc Le Clerc | 15 décembre 2018

Le référendum d’initiative citoyenne : la solution à la crise démocratique ?

Au-delà des demandes économiques et sociales, les gilets jaunes formulent une profonde critique de la démocratie représentative. Le "RIC" est désormais avancé comme la priorité pour remédier aux faillites institutionnelles.

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C’est vrai, les gilets jaunes se sont dans un premier temps mobilisés et révoltés sur une histoire de hausse des prix du carburant. Et le "pouvoir d’achat" fut, par ricochet, l’une de leurs principales demandes. Ainsi se sont-ils adressés directement à Emmanuel Macron en attendant une réponse de l’Etat – tout en demandant la démission du Président.

Qui aurait cru après tout ça qu’émergerait de cette mobilisation inédite, teintée de jaune fluo, une demande aussi institutionnelle que le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). La macronie n’imaginait pas une seconde que le peuple français puisse être autant politisé, autant soucieux de ses institutions. Nous même ne l’avions- nous pas oublié ? C’est que, comme le souligne la responsable du programme de La France insoumise Charlotte Girard à Regards, « il y a une culture démocratique profondément inscrite dans la population et elle se manifeste d’autant plus dans les moments de crise ».

 

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Force est de constater que depuis plusieurs jours, les gilets jaunes n’ont plus que ce mot à la bouche : RIC. C’était d’ailleurs le cœur du propos de François Verger, récemment converti au mouvement des gilets jaunes, qui était l’invité de #LaMidinale le 13 décembre dernier. Tous, ou presque, évoquent le RIC, parfois à l’excès, comme la bonne solution pour sortir de la crise démocratique dans laquelle nous nous trouvons en France, et plus particulièrement la crise de la démocratie représentative.

Dégagisme 2.0

Les élus ne représentent plus les électeurs. Voilà pour le constat. Les citoyens veulent « reprendre la parole pour décider de ce qui les regarde ». Voilà pour le leitmotiv. Et le RIC porte en lui une force purement politique d’autant plus grande qu’elle est partagée quasi unanimement par les gilets jaunes, et bien au-delà.

Contacté par Regards, le député communiste Pierre Dharréville voit d’un bon œil cette proposition : « Que le peuple lui-même puisse se saisir d’une question et demander à ce qu’une décision soit prise, c’est plutôt une bonne idée ». Il faut dire que cette idée-là a déjà été portée par plusieurs partis, dont le PCF, mais aussi La France insoumise, l’UPR ou encore le RN (ex-FN). Mais le RIC version gilets jaunes repose sur plusieurs volets, que voici :

  • un volet législatif : pour que les citoyens fassent des propositions de loi
  • un volet révocatoire : pour que les citoyens puissent « obtenir, à tout moment, la destitution d’un représentant, d’un élu, d’un ministre, d’un haut fonctionnaire »
  • un volet abrogatoire : pour que les citoyens se prononcent sur « l’abrogation, totale ou partielle, d’un traité, d’une loi »
  • un volet constituant : pour que les citoyens puissent « réviser eux-mêmes leur constitution »

Concrètement, il faudrait réunir un certain nombre de signatures – 700.000 est souvent évoqué – afin de déclencher le processus. Le référendum serait alors organisé à l’échelle nationale dans un délai d’un an, après débats et amendements du Parlement (tous ne s’accordent pas sur ce dernier point).

Sur le site "giletsjaunes.e-monsite.com", le RIC est décrit comme un outil substituant les élus par le peuple « en vue de mettre fin à un système de démocratie représentative et laisser place à un système de démocratie participative ». De même, sur le site Article 3 (qui milite en faveur du RIC), il est clairement affirmé que « cette procédure fait du peuple le législateur en dernier ressort ». Certains poussent même l’idée qu’on pourrait se passer des députés, parce qu’« avec Internet, on peut tous voter par référendum ».

Le plus étonnant – et sans doute faut-il s’en réjouir – dans cette proposition et ce retour de la question démocratique par les gilets jaunes, c’est cette volonté de "repolitisation" du citoyen. Et l’on ne peut que s’incliner devant leur lucidité : la crise économique et sociale ne trouvera pas d’issue sans que soit réglée la crise démocratique et institutionnelle.

Très "Vème République compatible"

Un peuple souverain, seul face à lui-même… ou presque. A lire les différents argumentaires en faveur du RIC, quelque chose saute aux yeux par son absence. C’est que les partisans du RIC ne semblent pas s’inscrire en dehors du cadre de la Vème République. Car s’ils se passent volontiers de tout représentant, le gouvernement et le président de la République restent quant à eux en bonne place.

Pas question donc de changer de République. D’ailleurs, une pétition en faveur du RIC propose d’amender l’article 3 de la Constitution de 1958, qui donnerait alors : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum [d’initiative citoyenne, en toutes matières y compris constitutionnelle et de ratification des traités ; cet article ne peut être modifié que par voie référendaire]. »

Charlotte Girard rappelle qu’il faut « contextualiser cette revendication. Elle est brandie dans un face-à-face entre le peuple et le Président. Il y a une compatibilité extrême avec le césarisme de la Vème république. C’est donc une proposition de circonstance pour répondre à une situation immédiate. »

Doit-on y voir une victoire de l’antiparlementarisme alors que l’Assemblée nationale et le Sénat voient chaque jour leurs maigres pouvoirs se faire raboter par l’exécutif ? Au point que lorsque le chef de l’Etat propose de renforcer encore et toujours ses pouvoirs par le truchement de la diminution du nombre de parlementaires, nombreux sont ceux qui n’y ont rien trouvé à redire. Comme si on s’était collectivement habitué à ce que le Parlement ne soit plus la voix du peuple.

Antiparlementarisme triomphant

Pour Pierre Dharréville, le constat est limpide :

« Il faut voir où est le pouvoir en France : institutionnellement, entre les mains du Président ; dans le réel, entre les mains des grands propriétaires. Si l’on veut s’attaquer aux problèmes de notre démocratie, il faut s’attaquer au pouvoir exorbitant, personnel, monarchique du président de la République, peut-être même discuter le fait d’avoir un Président. Car le cœur du problème, c’est ce pouvoir. »

Et Charlotte Girard d’ajouter que le RIC « est une mesure de démocratie directe qui, prise toute seule, est un antiparlementarisme ». Elle propose de « l’inclure dans un bouquet de mesures institutionnelles qui pondère la démocratie représentative et la démocratie directe. Il faut à la fois rendre plus directe la démocratie – ouvrir des possibilités d’intervention directe du peuple dans la décision – et rendre les élus plus responsables. C’est l’idée du référendum révocatoire. »

Si l’idée même du RIC n’a pas encore convaincu tout le monde, c’est bien le référendum révocatoire qui affiche le plus de réticence. Ainsi, là où le communiste Pierre Dharréville y voit « une démarche plébiscitaire à l’envers », l’insoumise Charlotte Girard juge « primordial » de « réintroduire une responsabilité politique en échange du lien de représentation ». Et cette dernière de développer :

« S’il faut mettre une dose d’impérativité dans le mandat, le référendum révocatoire doit avoir des conditions, par exemple en ne le rendant possible qu’à mi-mandat, en requérant un nombre de pétition assez important comme 20% du corps électoral, etc. »

Dictature du "50% + 1" ?

Sur le site Article 3, on assure que le RIC « relancera l’intérêt des Français pour la politique, les incitera à s’inscrire sur les listes électorales et fera reculer l’abstention ». Mais l’on peut s’interroger : le RIC ne change-t-il pas seulement la périodicité du vote ? Le RIC ne rend-il pas les choses binaires ? Que faire de la proposition des gilets jaunes selon laquelle une loi « avalisée » par le RIC ne peut plus être « remise en cause ». Imaginez maintenant un référendum national "pour ou contre la GPA, la peine de mort, l’avortement, le voile, etc. ?"

Pierre Dharréville tempère quelque peu l’enthousiasme giletjaunien : « Le référendum n’est pas toujours le bon outil, toutes les questions ne se tranchent pas par "oui" ou par "non" », rappelant aussi qu’« on peut avoir les meilleures institutions du monde et prendre les pires décisions ». (Coucou la Suisse !)

« Le RIC n’est pas la panacée, lance Charlotte Girard. La démocratie directe pure ne doit pas être le seul moyen de gouverner. » Magie populaire, parmi les diverses propositions des gilets jaunes, on trouve également la « création d’une Assemblée citoyenne ». Preuve que l’antiparlementarisme n’a peut-être pas complètement gagné la partie, finalement.

En articulant le RIC avec une démocratie réellement représentative, avec une République où les pouvoirs seraient équilibrés, alors peut-être trouverons-nous un système politique s’approchant de l’idéal. Comme le dit Pierre Dharréville : « La politique, ça n’est pas la dictature de la majorité, c’est le respect d’une diversité ». Il n’y a plus qu’à faire la révolution !

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  • Je vois que l’on commence à brandir la peur de la dictature de la majorité... D’autres trouveront le moyen de s’en référer bientôt à une dictature des minorités.
    Si le risque n’est factuellement en fait pas plus élevé dans le cadre d’une démocratie représentative telle que la notre que dans celle qui s’adjoindrait l’option d’un "contre-pouvoir référendaire populaire", il n’est pas interdit d’en discuter les limites à condition de les replacer non pas en terme d’opposition entre pouvoir des ELUs et pouvoir du Peuple, car enfin, les premiers sont censés agir au nom du second ( ce n’est que lorsque cette condition n’est pas remplie que l’opposition existe... et uniquement dans ce cas là... et la destitution de l’élu s’impose alors comme une évidence), mais dans le cadre de l’opposition entre citoyen, qui préside à l’intérêt général, et individu propre, qui réfléchit en terme d’intérêts particuliers ou communautaires ! Autrement dit, le RIC, en tant qu’outil citoyen, n’est cohérent en tant que tel, que s’il n’est pas utilisé par la majorité pour bafouer les droits humains, les droits civils, les droits politiques ainsi que les droits sociaux d’une "minorité" citoyenne ou non d’ailleurs... Or, cette difficulté, lorsqu’elle se pose lors d’un RIC, a au moins toujours le mérite d’être contenue par l’hétérogénéité des forces populaires appelées à se prononcer ! Ce qui n’est pas le cas avec une Assemblée Nationale fait de godillots aux ordres d’un exécutif jupiterien... L’Histoire récente nous montre à fortiori que les risques pour la démocratie sont donc moindre dans la consultation du Peuple, que dans le fait de s’en remettre aux quelques uns qui s’accaparent le pouvoir législatif ou exécutif (fusse par le vote). A partir du moment ou le RIC respecte son exigence citoyenne (et de fait démocratique), je ne vois pas pourquoi lui imposer d’autres "limites" que ce soit temporelles ou autres...

    Quoiqu’il en soit, le Référendum d’Initiative Populaire a le mérite d’arborer 2 caractéristiques majeures :
    1) il constitue un outil "couteau suisse" en mesure de conduire à une 6ème république,
    2) il provient d’une volonté populaire.

    Par contre, je n’ai pas vu, dans les remontées de l’article, un problème que soulève à mon sens d’autant plus ce type démocratie directe : c’est celui de l’éclairage des consciences des citoyens ! Voter en conscience, c’est à minima garantir que les citoyens exerçant leur droit de vote soient en mesure de disposer de toutes les informations utiles pour décider... Or, qu’en est-il de la concentration des médias dans les mains de "quelques uns" et de leur propension à utiliser tous les moyens à leur disposition et notamment celui d’influencer l’opinion pour assoir leur position de pouvoir ?

    La démocratie directe impose d’autant plus de compter sur un tissus médiatique "libre" ainsi que sur une instance de déontologie indépendante ... Cependant, compte tenue de l’imbrication notable des sphères médiatiques, politiques et économiques, on n’est pas prêt d’y arriver... A moins de peut-être en passer par le RIC pour changer cela ! :)
    Ce RIC, c’est l’outil de tous les "possibles" ! Je suis pour ma part optimiste à son sujet.

    carlos Le 15 décembre 2018 à 11:10
  •  
  • Le référendum d’initiative populaire présente les mêmes défauts que le référendum d’initiative gouvernementale : il fait se heurter la logique binaire du plébiscite avec la logique marginaliste de l’élection.

    Une question binaire tranchée par un référendum accordera le gain total, une victoire à 100 % en somme, à ceux qui à la limite auront obtenu 50 % des voix plus une. Mieux vaut, pour amortir les effets pervers d’un résultat serré sur une question binaire s’en remettre au vote du parlement. Celui-ci est élu en respectant la logique marginaliste propre au suffrage universel : le détenteur de la majorité des voix a la majorité des sièges au parlement, mais il n’a pas tout le parlement. Le perdant des élections législatives détient la minorité des sièges et peut donc jouer un rôle dans les débats.

    Que le référendum soit d’initiative populaire ou gouvernementale n’atténuera pas cet inconvénient. On voit d’ailleurs des démocraties indiscutables, comme le Royaume-Uni, archétype du régime parlementaire, ne recourir au référendum que très rarement. Le dernier exemple en date ne plaide d’ailleurs pas pour multiplier ce type de procédure.

    A contrario une démocratie non moins solide comme la Suisse recourt volontiers à la votation, au niveau national comme au niveau cantonal, sans que cela semble perturber les citoyens. Ils la pratiquent sur bien des questions, allant des relations avec l’Union Européenne à l’ablation des cornes des vaches.

    Glycère Benoît Le 15 décembre 2018 à 14:40
  •  
  • Erratum : au lieu de : ’Que le référendum soit d’initiative populaire ou gouvernementale...’ lire : ’Que le référendum soit d’initiative populaire...’

    Glycère Benoît Le 15 décembre 2018 à 16:41
  •  
  • Bonjour. Cela semble une bonne idée ,mais il faut voir,les aspects pratiques,les modalités du vote,autrement on retombe dans les mêmes défauts que les autres mode d’élections .Un quorum existera t’il,le vote obligatoire,un maximum de participation exige,l’annulation du vote si la participation n’est pas suffisante,autant de questions ,qui rende un référendum viable .SInon,on tombe dans les mêmes travers électoralistes ,une minorité décidé pour les autres.POur l’instant je ne voie rien,on reste dans le flou.....

    bob Le 16 décembre 2018 à 09:51
       
    • favorable a cette initiative

      BALMES Le 16 décembre 2018 à 20:08
    •  
    • Il est clair que le diable se cachant toujours dans les détails, une bonne idée peut vite devenir insipide et inutile lors de sa mise en place...

      carlos Le 17 décembre 2018 à 09:22
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  • Bonjour. J’ai oublier de préciser ,le vote obligatoire avec reconnaissance du vote blanc.il me semble que c’est dans le programme de FI. LE référendum peut être un gadget electorale ,récupère par les demago populiste style extrême droite......on devrait plus alerter

    bob Le 17 décembre 2018 à 10:28
  •  
  • Voilà une occasion de redonner un vrai sens à la démocratie !
    Les chantres du libéralisme qui nous expliquent que ce sont les urnes qui apportent la démocratie relève de la franche rigolade...(Voir le taux de participation à Evry il y a peu pour remplacer l’autre Manu, le Valls, un élu qui passe avec 83% d’abstention !).
    Ces mêmes chantres qui osent avancer que leurs salariés peuvent prendre la porte de leur entreprise dès lors que ces mêmes salariés ne respectent pas leur contrat de travail, (CDD-CDI), pour de justes raisons...

    En quoi il ne serait pas logique et juste de révoquer un élu qui ne respecte pas la charge qui lui a été confiée par les urnes ?
    Un élu avec un CDD de 5 ans qui se contrefiche de ses électeurs en appliquant les consignes jupitériennes et "pi c’est tout"...
    La révocation étant le moyen d’appliquer à ces élus les mêmes méthodes patronales appliquées aux salariés !

    Il y a du travail en perspective, même si certains commencent à comprendre que demain risque de ne plus être comme avant, à commencer par le Président...
    Un Président est élu pour présider, un Premier Ministre pour diriger un gouvernement, quand le premier susnommé cumule les deux, ça finit un jour par grincer...

    Jeff40 Le 17 décembre 2018 à 14:19
  •  
  • @jeff40. L’occasion n’est pas celle-là : la démocratie a déjà son vrai sens dans le suffrage universel. Ce ne sont pas les chantres du libéralisme qui défendent ce principe, mais les démocrates. Appelez-les par leur nom, votre raisonnement n’en sera que plus clair. Peut-être préconisez-vous de supprimer les urnes ? Si oui par quoi les remplacerez-vous pour former le parlement ? Si non ne rigolez pas.

    Méfiez-vous du référendum révocatoire. Qui peut juger qu’un élu fait mal son travail ? À partir de quel seuil est-il indigne de son mandat, sur quels critères ? S’il s’agit de critères politiques, ils apparaitront justifiés à une partie de l’opinion, fallacieux à une autre.

    Les parlementaires ne sont pas des salariés du secteur privé, or c’est à eux que s’appliquent les méthodes patronales qu’à juste titre vous critiquez quand elles sont abusives. Et encore : il y a le tribunal des prud’hommes pour défendre les employés injustement traités par leur patron. Il faudrait alors que les parlementaires en procédure de révocation puissent eux aussi y recourir, avec des juges élus à parité pour arbitrer le conflit.

    Glycère Benoît Le 17 décembre 2018 à 18:59
       
    • Qui peut juger qu’un élu fait mal son travail ?
      => Ceux qu’il est censé "représenter"... la nation, les administrés d’une commune... etc..

      À partir de quel seuil est-il indigne de son mandat, sur quels critères ? S’il s’agit de critères politiques, ils apparaitront justifiés à une partie de l’opinion, fallacieux à une autre.
      => Les modalités du RIC, c’est justement ce qui doit être discuté... mais sur le principe, à partir du moment ou la majorité de la population "représentée" se prononce pour une destitution justifiée, c’est qu’elle en a validé et le motif, et la sanction voulus par les initiateurs du RIC.

      En l’occurrence, je ne suis pas hostile à ce que 10% de la population concernée soit suffisante pour valider le référendum d’Initiative citoyenne (des inscrits dans la circonscription ayant votée dans l’élection cadre en somme) sans qu’il soit besoin de le valider par un quelconque élu. Quant à la possibilité de recours, et votre comparaison avec les tribunaux des prud’hommes, je dois vous rappeler qu’élu, ce n’est pas un métier, et que contrairement aux fonctionnaires ou aux salariés du privé, il ne peut pas faire l’objet d’un abus de pouvoir de son "employeur", puisqu’il n’en a pas justement ! En effet, il dispose d’un "mandat" et pas d’un contrat de travail... c’est justement à ceux qui le lui confient de valider si l’élu en est toujours digne, au moment ou cela leur apparaît opportun.

      En si vous estimez qu’il convient aux électeurs de motiver leur vote, je vous rappelle que le RIC n’est pas un tribunal et que la question de la motivation s’avère de fait évacuée (ça n’empêchera pas la presse d’opinion de faire comme à chaque élection et de sortir sa propre explication). De même, si vous croyez qu’un "recours" s’avère nécessaire pour rester dans un état de droit, alors laissez moi vous orienter vers l’article L2122-16 du Code général des collectivités territoriales qui précise déjà sure la destitution des maires que Le recours contentieux exercé contre l’arrêté de suspension ou le décret de révocation est dispensé du ministère d’avocat... Bien entendu, cet article s’avèrera de fait à modifier pour prévoir d’y intégrer le RIC dans les cas de révocation... Mais peut-être nous faut-il, selon votre logique, admettre n’être déjà plus dans un état de droit ?

      carlos Le 18 décembre 2018 à 11:51
  •  
  • Bonjour j’apprends que pour la plupart dès référendums fait en Suisse ,pays pris tant en exemple, 40 Pour cent des gens participent au vote !.......cela veut dire que 60 ,ne se déplacent pas,et seulement 20 pour cent décide pour les autres.

    bob Le 18 décembre 2018 à 08:54
       
    • @Bob - il me semble qu’il n’y a pas de révocation des élus dans le droit fédéral suisse... Mais bon, pour ce qui est des chiffres de l’abstention, il apparaît à priori que le constat soit le suivant :
       seuls 10% des votants s’abstiennent à chaque votation, les abstentionnistes ne sont donc jamais les mêmes,
       lorsqu’un parti exerce une place hégémonique dans un canton, l’abstention augmente,
       Il y a globalement plus d’abstentionnistes en milieu urbain qu’en milieu rural,
       les quartiers "riches" votent plus que les quartiers "populaires", probablement en lien avec un cadre social plus déstructuré,
      etc...
      Bref, la Suisse n’échappe pas à la tendance qui voit l’abstentionnisme augmenter. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut se priver d’un nouvel outil de démocratie directe.
      Je dirais pour ma part que la question est plus celle qui consiste à donner les moyens aux électeurs citoyens de se forger une opinion et de saisir les tenants et les aboutissants d’une question de la manière la moins "contrainte" possible (la question de la déontologie de l’information) que celle de les "obliger" à voter...

      carlos Le 18 décembre 2018 à 12:22
  •  
  • Nous avons toutes les raisons de trouver à un même élu autant de qualités ou autant de défauts qu’il nous plaît. Nous exprimons ces jugements de valeur informellement, ou alors lors du renouvellement du mandat, en votant ou non pour cet élu redevenu candidat. Décider d’exprimer son opinion par une procédure débouchant sur une sanction, avec des conséquences réelles, c’est cela qui est en soi problématique, non le contenu de telle ou telle critique. Par la révocation des élus, le citoyen sortirait du cadre de son arbitrage politique tel que la démocratie le définit. Elle s’égarerait sur des voies dangereuses. Le référendum d’initiative populaire révocatoire est abusif, parfaitement démagogique.

    Enfin rappelons qu’un élu, s’il n’est pas un professionnel au sens de salarié ou d’entrepreneur, puisqu’il ne touche ni salaire ni bénéfice mais des indemnités, et qu’on n’exige pas de lui un diplôme attestant de compétences spécifiques, cette différence est formelle : son revenu s’apparente à un traitement et, cotisant à un régime de retraite, il touchera une pension après la fin de sa carrière. Par ailleurs des compétences sont nécessaires comme pour tout métier. Revenu, carrière, retraite, compétence, tout assimile un politicien élu à un professionnel.

    Glycère Benoît Le 19 décembre 2018 à 10:53
       
    • ... et il est peut-être là le problème Glycère... c’est la professionnalisation de la vie politique qui affaiblit la démocratie.

      carlos Le 19 décembre 2018 à 13:57
  •  
  • La professionnalisation de la politique est certes un danger en l’absence des garanties de l’État de droit : ainsi les apparatchiks, censés agir au nom de l’intérêt général alors qu’ils ne font qu’obéir à leur patron pour le bien de leur carrière.

    D’un autre côté l’amateurisation de la politique est elle aussi dangereuse : arbitrer les grandes questions dont dépend le destin de la nation exige des compétences qu’il faut acquérir et une intelligence que tout le monde n’a pas. Le mécano fils du peuple qui pose sa clé à molette pour aller discuter une loi de finances d’égal à égal avec des X-Mines ou des HEC Paris est un mythe qui serait aussi ravageur que les désastres dus aux apparatchiks si on lui permettait de devenir une réalité.

    Il n’y a pas de sot métier mais personne n’est omniscient. On ne s’improvise pas politicien. Les compétences requises pour l’être, outre qu’elles ne garantissent en rien la valeur de l’homme, sont suffisamment difficiles à obtenir pour qu’on voie souvent des élus titulaires de postes trop hauts pour leur capacités.

    Glycère Benoît Le 20 décembre 2018 à 06:41
       
    • La démocratie moderne c’est justement la garantie que tous peuvent participer à la vie de la cité (la politique est-elle autre chose ?), y compris le petit mécano du coin...

      La question que cela pose n’est pas celle de la compétence, mais celle de la conscience ! Car il s’agit de décider humainement en vertu de l’Intérêt Général, et non à l’aune de connaissances théoriques qui finissent par organiser un état technocratique, voir bureaucratique, qui éloigne la décision du peuple au nom duquel certains décident de la manière la plus contestable qui soit (car les possesseurs de ces connaissances finissent par former une élite aliénée à la préservation de ses propres intérêts... et on sait ce que cela donne lorsque toutes les élites finissent par épouser une idéologie totalitaire mortifère à l’échelle mondiale) !

      En l’occurrence, toute démocratie devrait alors :
       promouvoir des canaux d’informations indépendants des pouvoirs économiques ou politiques (autrement dit, être attentive à une exigence déontologique importante éloignée des travers de la propagande). D’ailleurs on ne s’y est pas trompé lorsqu’on a qualifié les médias de 4ème pouvoir... après celui de l’éxecutif, du législatif et du judiciaire... Il lui faudrait être soumis à ce titre aux mêmes règles démocratiques strictes !

       favoriser à l’image des "forums antiques", les débats publics inclusifs,

       éclairer ces débats grâce à l’audition et au questionnement collectif des tenants des différents savoirs "particuliers" concernés par la question discutée,

       etc...

      Et ce pour permettre au citoyen lambda de s’imprégner du sujet et d’en tirer une opinion traduisible en terme politique.

      La "démocratie" a bon dos car elle sert aujourd’hui de bouclier à ceux qui souhaitent préserver leurs privilèges... A ce titre, elle doit gagner en cohérence pour offrir une véritable alternative à tous ceux qui ne croient plus en elle ! Le Référendum d’Initiative Citoyenne est un de ces outils qui donne au Peuple, et donc aux citoyens, le dernier mot. Mais était-il juste qu’une petite minorité se soit permis de décider à sa place ?

      carlos Le 20 décembre 2018 à 09:36
  •  
  • La démocratie, moderne ou non – il vaut d’ailleurs mieux ne pas lui coller d’adjectif – c’est le régime parlementaire : tout le monde vote librement, y compris le mécano du coin et tous les bulletins ont le même poids dans l’urne. Nous y sommes en France, sans que ce régime, défini par nos institutions, soit parfait. Comment l’améliorer ? Le référendum d’initiative populaire y aidera-t-il ? Pas sûr. Il ouvre largement la porte à la démagogie. La démagogie est le danger permanent qui guette la démocratie, mal armée pour la combattre. Et les modalités de ce type de référendum, difficiles à établir, seront l’objet de débats sans fin. Songeons à la procédure du référendum d’initiative partagée, qui existe en France depuis 2008.

    La question est bien celle de la compétence, à côté du sens moral et de l’intelligence. Il faut tout cela ensemble pour exercer un mandat, surtout un mandat exécutif. Ceux qui sont dépourvus de compétences faute de les avoir acquises ne peuvent espérer la moindre carrière politique, quel que soit leur parti. D’où la discordance entre la composition du parlement, représentant le peuple, et la répartition des différentes classes sociales : il n’y a pratiquement plus ni ouvrier ni employé parmi les parlementaires. Presque tous sont diplômés de filières longues, si possible d’une grande école. Mais discordance sociologique ou culturelle ne signifie pas discordance politique. Chaque électeur vote pour le candidat qu’il estime être le meilleur par les vertus nécessaires pour gouverner et dont l’appartenance partisane rejoint sa propre conception du progrès.

    Glycère Benoît Le 21 décembre 2018 à 06:13
       
    • Je pense au contraire que le qualificatif est important parce qu’il y eut des formes de démocratie qui toléraient l’esclavage. Mais peut-être avez-vous raison, compte tenu du fait que l’esclavage peut prendre bien des formes notamment de nos jours... Et il est fort possible que nos démocraties en acceptent le principe, car justifiées de la manière la plus acceptable qui soit au regard du paradigme majoritaire.

      Vous avez donc une vision bien particulière de la démocratie... Bien que lucide sur son imperfection, elle ne laisse pas de place à priori pour autre chose qu’un régime parlementaire dont vous érigez les travers en forces (oui, la sur-représentation des CSP + chez les parlementaires est la garantie absolue d’arriver à un pouvoir politique qui justifie les inégalités d’une société sans vouloir réellement les abolir puisqu’il en profite lui-même) tout en niant ses principales caractéristiques (l’abus de démagogie "chirurgicale" qu’est l’électoralisme... c’est bien cela qui a ruiné la valeur de la parole politique : "dites-leur ce que nous supposons qu’ils veulent entendre, on fera comme on voudra après !" Il a bon dos le droit de vote).

      De même, souffrez qu’il soit fort possible qu’au même titre que l’Education Nationale, si prompte à clamer que son moteur reste "l’égalité des chances", s’avère en réalité une formidable machine à reproduction sociale, notre organisation politique est elle-même susceptible de s’être construite autours de filtres et d’exclusions latentes des instances de décision d’une partie de ses citoyens (mais de la même manière, ceux qui sont susceptibles de s’en approprier les codes peuvent passer au travers des mailles du filet... comme dans l’Education Nationale... cependant ils restent une minorité) ! Une hypothèse ? Et bien je vous engage à prendre quelques lectures argumentées et critiques sur le sujet... Je vous fais toute confiance pour les retrouver. Il nous reste à admettre que c’est ce mensonge lié à l’absence de représentation réelle d’une majeure partie de la population qui rend cette organisation si précaire ! Or, une démocratie forte est une démocratie qui donne à chaque citoyen une prise sur son destin ! Car à partir de là, quel intérêt y a t’il pour les masses à se tourner vers les monstres totalitaristes ?

      Le RIC c’est la possibilité de laisser le dernier mot au Peuple, l’expression d’une démocratie directe en somme, qui exige peut être plus particulièrement du 4eme pouvoir, qu’ont déjà prouvé être les médias, qu’il organise sans chercher à l’influencer, le débat public afin d’éclairer la conscience des citoyens sur les enjeux réels de la question examinée... Il est peut être plus là qu’ailleurs le soucis avec le RIC : celui d’une propagande accrue, que celui de la démagogie, dont on voit bien que les deux sont déjà bien installés. Car jusqu’à l’adoption d’une législation qui...

      a) empêche la concentration des médias dans les mains de quelques uns,

      b) met en place un organe capable d’imposer l’exigence de déontologie sur le traitement de l’information (je ne parle donc pas des médias d’opinion),

      c) garantie l’indépendance des médias publics vis à vis du pouvoir de l’Etat,

      ...pour ne citer que quelques mesures évidentes, alors il faudra compter sur l’esprit critique, non pas des foules ( qui en sont dénuées), mais de chaque citoyen respectif... Car le vote reste un acte individuel. De fait, si ces médias ne remplissent pas le rôle qu’on attend d’eux, il y a un réel enjeu d’ici à ce qu’ils le fassent, à promouvoir autrement l’éducation populaire et le débat public pour ouvrir les consciences aux enjeux de l’Intérêt Général. Et cela passe peut-être probablement par le fait que beaucoup de gens se croisent et échangent quant à leurs conditions, serait-ce sur les ronds-points... ou pendant des manifestations !

      carlos Le 21 décembre 2018 à 09:51
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  • un système politique s’approchant de l’idéal.

    j’ai vomi. L’idéal, c’est ça qui guide votre ligne politique ? Bordel, vous n’avez donc rien appris depuis la Commune ? On ne vise pas l’idéal, on vise le renversement de la Bourgeoisie comme classe dominante prenant toutes les décisions dans l’appareil de production.

    pwetpwet Le 1er mars à 14:43
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